Delémont: réflexion sur l’autorité dans l’Eglise (100690)
Delémont, 10juin(APIC) Le Père Adrian Schenker, théologien et professeur
d’Ancien Testament à l’Université de Fribourg, a prononcé jeudi 7 juin au
Centre Saint-François à Delémont une conférence sur l’autorité dans l’Eglise, un sujet d’actualité au regard des événements qui secouent actuellement
le diocèse de Coire. Qui discerne et applique les pouvoirs à l’intérieur de
l’Eglise ? Qui les équilibre et les arbitre ? Autant de questions que l’exposé du Père Schenker a tenté de cerner en se basant sur les perspectives
théologiques et bibliques de l’autorité dans l’Eglise.
Le Père Schenker a commencé par préciser que l’Eglise détient des pouvoirs multiples et la capacité de rassembler et d’unifier. La source de ces
pouvoirs, de cette autorité est à la fois divine et humaine. Divine dans
l’appel de Dieu. Humaine dans les critères qui servent à discerner cet appel, a-t-il souligné.
Parlant des évêques, le Père Schenker a relevé que leur autorité pastorale est "grande". A tel point qu’il a qualifil la crise qui secoue l’évêché de Coire de "grave", car pour lui, "un évêque doit être un rassembleur,
quelqu’un qui sache atténuer les différences".
Dans toute situation polarisée, il faut trouver le chemin de la réconciliation. Car le but premier de l’autorité dans l’Eglise est celui de la
communion et de l’unité. Si Mgr Haas persiste dans sa détermination, il reviendra aux évêques suisses et au pape d’intervenir, estime le Père Schenker. Voilà qui pose clairement les pions sur l’échiquier de la toute prochaine Conférence des évêques suisses. Voilà qui donne l’enjeu de la partie. Une partie qui met en danger le principe du rassemblement et de la
coordination dans l’Eglise.
Equilibrer les pouvoirs
"Le rassemblement et la coordination sont, dans le contexte actuel, plus
difficiles qu’autrefois", a constaté le Père Schenker. Aux débuts du
christianisme, les Eglises se présentaient comme une communion d’Eglises.
Leur hospitalité les unes envers les autres constituait l’expression même
de cette unité, qui s’est imposée comme recherche de consensus.
Les premières ruptures sont apparues à l’époque du Nouveau Testament.
Elles ont nécessité la mise en place d’une autorité d’arbitrage, d’unité et
de réconciliation. La grandeur de l’Eglise a alors postulé un renfort d’autorité. Pour le Père Schenker, "cette évolution est légitime, pour autant
que la nature profonde de la communion reste le but suprême et la forme de
l’Eglise".
Depuis Vatican II, l’autorité s’exerce collégialement au sein de l’Eglise catholique. Pour qu’elle reste équilibrée, elle se doit d’entendre tous
les points de vue. Elle doit aussi accepter la critique et travailler à la
recherche du consensus. Ce n’est qu’alors que l’autorité sera l’expression
de la communion de l’Eglise dans ses diverses tendances, a souligné le Père
Schenker.
La source de l’autorité
Qu’est-ce donc que le pouvoir ou l’autorité dans l’Eglise ? Le Père
Schenker en donne la définition suivante: "C’est la compétence ou la capacité d’agir pour et au nom de la communauté ecclésiale qui, elle, reconnaît
cette autorité". En fait, l’autorité dans l’Eglise est multiple: autorité
des charismes (les dons que reçoit de Dieu chaque chrétien), autorité
sacramentelle, liée à la vie liturgique, et autorité pastorale (celle qui
rassemble et unit): tous ces pouvoirs sont de nature divine. Ils répondent
à des appels de Dieu subtils. Pour les percevoir et les discerner, l’Eglise
pose deux conditions: une formation solide qui doit conduire à des aptitudes professionnelles irréprochables (d’où les nombreuses année d’études
exigées des futurs prêtres); les qualités morales.
Qui est apte à juger dans l’Eglise ? Pour l’heure, c’est le combat de la
démocratie qui se joue, a relevé le conférencier. Ce n’est plus une seule
personne - à savoir le pape - qui détient le pouvoir d’arbitrer. Ce pouvoir
appartient à tous les groupes situés sur l’échelle de la hiérarchie. Le
premier et le plus proche des fidèles est la paroisse avec ses différents
conseils et mouvements, la paroisse qui a le droit et le devoir de rester
critique, a conclu le Père Schenker. (apic/sic/cor)