Délégation du Saint-Siège au Vietnam: résultats mitigés (220293)
Non au Comité d’union du catholicisme
Hô Chi Minh-Ville, 22février(APIC) Mgr Claudio Maria Celli, envoyé spécial du Saint-Siège au Vietnam, a confirmé, au terme d’une visite d’une semaine dans ce pays et peu avant de s’envoler le 6 février pour le Laos, les
directives du Vatican contenues dans une lettre du cardinal Angelo Sodano
adressée en mai 1992 au président de la Conférence épiscopale vietnamienne.
Celles-ci invitaient les prêtres à ne pas adhérer au Comité d’union du catholicisme, association fondée en 1983 à l’intention des milieux catholiques et dépendant directement du Front patriotique. "Le Saint-Siège, a déclaré le prélat, continue de rappeler les principes de Vatican II demandant
aux prêtres de ne pas se mêler de politique".
Lors de leur voyage à Rome en juin 1992, les membres d’une délégation du
gouvernement vietnamien avaient déjà été personnellement informés du contenu de cette lettre et, au mois d’aoùt de la même année, le Bureau des Affaires religieuses du gouvernement de Hanoí avait élevé contre elle une vigoureuse protestation. Jusqu’à la veille de l’arrivée de Mgr Celli à Hanoí,
Vu Quang, directeur du Bureau des Affaires religieuses, espérait encore
convaincre le Vatican de lever cette interdiction. "Le Vatican pense que
nous voulons créer une Eglise dirigée par l’Etat. Mais c’est tout à fait
inexact", aurait pour sa part déclaré un membre du Comité d’union. Les déclarations de Mgr Celli à son départ du Vietnam donnent à penser que le
Saint-Siège n’a pas été convaincu par les arguments de Hanoí et n’a pas
changé d’attitude à l’égard du Comité d’union.
Le cas de Mgr Nguyen Van Thuan évoqué?
Même si l’envoyé du Saint-Siège n’en fait pas mention, il est probable
que le cas actuel de Mgr Nguyen Van Thuan a aussi été abordé lors des négociations, estiment les observateurs. Nommé coadjuteur du diocèse de Saïgon
en 1975, empêché d’occuper ce poste par les autorités, puis détenu pendant
plus de treize ans, l’archevêque réside aujourd’hui à Rome sans pouvoir regagner son pays.
Dans une déclaration faite peu avant l’arrivée de Mgr Celli, Vu Quang
exposait ainsi la façon dont le gouvernement vietnamien considère le cas de
Mgr Nguyen Van Thuan: "Il n’a pas été expulsé, mais après son départ (pour
Rome), nous lui avons dit qu’il ne convenait pas qu’il revienne au Vietnam
sans un accord entre le Vatican et le Vietnam". Rien pour l’instant n’indique que cet accord soit intervenu, du moins aucune des deux parties n’en a
informé le public.
Un certain nombre d’autres problèmes ont en outre été discutés entre Mgr
Celli et ses interlocuteurs vietnamiens, parmi lesquels celui des diocèses
sans titulaire, dont plusieurs dans le nord du pays. Au Sud, le diocèse de
Huê n’a plus d’archevêque depuis la mort de Mgr Dien. A Hô Chi Minh-Ville,
Mgr Nguyen Van Binh âgé et malade, attend depuis de nombreuses années de
pouvoir être remplacé. Mais le gouvernement s’oppose à ce que le successeur
nommé, Mgr Nguyen Van Thuan, rejoigne son poste.
Dans l’attente d’un geste de bonne volonté
Avant de procéder à des nominations et de les soumettre à l’approbation
du gouvernement vietnamien, le Vatican semble attendre de ce dernier un
geste de bonne volonté pour débloquer la situation de Mgr Nguyen Van Thuan.
Cela ne l’a cependant pas empêché de nommer récemment, avec l’approbation
des autorités du Vietnam, trois évêques coadjuteurs pour les diocèses de Da
Lat, Xuan Loc et Vinh. Le dernier d’entre eux, Mgr Paul-Marie Cao Dinh
Thuyen a été ordonné évêque le 19 novembre dans l’église de Xa Doai, cathédrale du diocèse de Vinh.
La formation des prêtres constitue pour l’Eglise du Vietnam un autre
grave problème. Dans une pétition envoyée au gouvernement vietnamien à
l’occasion de leur dernière réunion annuelle, les évêques avaient demandé
que soit levé le contrôle exercé sur le recrutement des séminaires, l’ordination, la nomination et le déplacement des prêtres et qu’un corps enseignant compétent puisse être formé. Lors de sa visite au séminaire de Vinh,
la délégation du Vatican a pu se rendre compte de la situation concrète
dans cette maison qui vient d’être rouverte depuis deux ans,
Problèmes également évoqués par Mgr Celli? Malgré les réserves émises,
l’envoyé du Saint-Siège a quitté le Vietnam en exprimant un certain optimisme. "Nous sommes arrivés à des conclusions qui peuvent être considérées
au premier abord comme positives". Mais "j’en attendais davantage", a-t-il
ajouté. (apic/eda/pr)