Déclaration de Cologne : Mgr Karl Lehmann (040989)
Varsovie, 4septembre(APIC/CIP) "Je redoute que Rome ait la tentation de
sanctionner les théologiens signataires de la Déclaration de Cologne. J’ai
adressé une lettre à ce sujet au cardinal Ratzinger. Il faut comprendre. Et
je suis disposé à me rendre à Rome pour prévenir cela". C’est ce qu’a déclaré Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence et président de la Conférence
épiscopale allemande, dans une interview accordée au quotidien italien socialiste romain "La Repubblica".
Dans cet entretien, recueilli à Varsovie, où Mgr Lehmann participe à la
rencontre interreligieuse de prière pour la paix, le prélat allemand évoque
la "Déclaration de Cologne", signée en janvier dernier par 163 thélogiens
allemands, suisses, autrichiens et néerlandais. Il affirme que la situation
est plus calme en Allemagne qu’en Suisse et en Autriche, attribuant cela au
fait que l’épiscopat allemand est parvenu à établir le dialogue avec
différents théologiens. Un groupe de travail a été constitué qui réunit des
représentants de la conférence épiscopale et des théologiens. Mgr Lehmann
fait aussi état d’une rencontre "importante" qui lui a permis d’entrer en
contact avec vingt représentants des facultés de théologie de langue
allemande (y compris de Suisse et d’Autriche), parmi lesquels sept
signataires de la "Déclaration de Cologne".
"Le colloque a été très franc et sincère, précise Mgr Lehmann. Nous
aurons une nouvelle rencontre dans le mois de décembre. Je vous dis la
vérité : j’ai été quelque peu surpris, car je croyais devoir affronter
l’hostilité. Nous avons parlé librement. Chacun a dit ce qu’il avait sur le
coeur. Ce fut une belle expérience de communication. C’est ainsi que nous
voulons parler, en toute sincérité, et également avec Rome."
Des problèmes réels
Quant au contentieux qui oppose Rome à certains théologiens, le
président de la Conférence épiscopale allemande estime qu’il porte sur des
problèmes réels", entre autres celui des rapports entre Rome et les Eglises
particulières.
"La crainte existe que puisse naître un nouveau centralisme, explique
Mgr Lehmann, car Rome a voulu, au cours des dernières années, prendre la
responsabilité de tant de problèmes et de tant de choses. Est-il vraiment
nécessaire que Rome décide de tout ? Ne peut-elle accorder une plus grande
liberté aux Eglises particulières ?"
Des difficultés ont surgi également dans le domaine de la morale
sexuelle et conjugale, auxquelles on a apparemment pu mettre une sourdine,
du moins jusqu’à présent. "Mais aujourd’hui que l’attention portée à ces
problèmes se fait plus vive, toutes ces difficultés émergent au grand jour.
Une discussion s’est engagée à ce propos entre le magistère de l’Eglise et
les moralistes."
De même, de nouvelles voies se sont ouvertes aux moralistes, à la
lumière de nouveaux présupposés philosophiques dont les conséquences n’ont
sans doute pas été suffisamment évaluées. Mais, sur tout cela, un vrai
dialogue entre les moralistes et la Congrégation pour la doctrine de la foi
fait défaut, explique Mgr Lehmann, disant faire écho, sur toutes ces
difficultés, à la substance de la "Déclaration de Cologne".
Cela signifie-t-il que les théologiens ont raison ? Il y a en Allemagne,
répond Mgr Lehmann, 650 théologiens titulaires d’une chaire de théologie,
dont 160 seulement ont signé la "Déclaration de Cologne". "Si la
déclaration avait été plus modérée, ajoute-t-il, comme l’a été par exemple
celle des 63 théologiens italiens, elle aurait probablement été souscrite
par plus de 400 signataires." (apic/jt/mg)