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    Le cardinal Miguel Angel Ayuso Guixot est décédé le 25 novembre 2024 © IMEDIA Images

    Décès du cardinal Ayuso Guixot

    Le cardinal Miguel Ángel Ayuso Guixot, préfet du dicastère pour le Dialogue interreligieux depuis 2019 et grand acteur du dialogue avec les autres religions, notamment avec l’islam dont il était un spécialiste, est décédé ce 25 novembre 2024, a appris I.MEDIA de plusieurs sources vaticanes. Dans la matinée, le pape François avait annoncé lors d’une audience avec des représentants de la religion jaïniste que l’Espagnol de 72 ans était « très malade » et « en fin de vie ».

    La santé du cardinal s’était détériorée depuis 2016, comme l’indique sa biographie sur le site du Vatican. Mais cela n’avait pas empêché le responsable de dicastère – comme secrétaire à partir de 2012, auprès du cardinal français Jean-Louis Tauran (1943-2018), puis président et cardinal à partir de 2019 – de continuer à voyager aux quatre coins du monde dans le cadre de sa mission de dialogue avec les religions.

    Cet intellectuel discret mais très actif avait également accompagné le pape François dans ses récents voyages dans des pays aux enjeux interreligieux – République démocratique du Congo et Soudan du Sud en février 2023, ou encore Lisbonne en août 2023. Dernièrement cependant, le préfet n’avait pu se joindre à la suite papale lors de la tournée en Asie en septembre dernier. La visite de certains pays – Indonésie, Singapour – comportait pourtant une thématique interreligieuse importante.

    Dans un télégramme adressé le 26 novembre au supérieur de sa congrégation religieuse – les comboniens –, le pape fait mémoire « avec affection et admiration » du prélat qui a « servi l’Évangile et l’Église avec un dévouement exemplaire et une délicatesse d’âme ».

    Le pontife argentin exprime sa reconnaissance pour l’œuvre « inlassable » du cardinal Ayuso, « d’abord en tant que missionnaire dévoué en Égypte et au Soudan, puis en tant que doyen de l’Institut pontifical d’études arabes et islamiques, et enfin au service de la Curie romaine ». Il salue son « désir de témoigner, avec douceur et sagesse, de l’amour de Dieu pour l’humanité, en travaillant pour la fraternité entre les peuples et les religions ».

    Dans un tweet, le Conseil musulman des sages, présidé par le juge Mohamed Abdelsalam, a rendu un vibrant hommage à la figure du cardinal défunt, évoquant « ses contributions inestimables et ses initiatives pionnières qui ont fait progresser de manière significative le dialogue interreligieux et interculturel, en particulier dans les relations entre chrétiens et musulmans ». Le conseil voit dans sa « vie remarquable » une « incarnation du dévouement et de l’engagement à promouvoir le dialogue et à renforcer les valeurs de fraternité ».

    Les funérailles du préfet seront célébrées ce 27 novembre, à 14h, dans la basilique Saint-Pierre par le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Collège des cardinaux. À la fin de la célébration, le pape François présidera les derniers rites funèbres.

    Ancien missionnaire en Égypte et au Soudan

    Né en 1952 à Séville, Miguel Ángel Ayuso Guixot était le cinquième d’une famille de neuf enfants. Après une vocation précoce, il avait décidé de rejoindre le séminaire mineur de Séville mais un an plus tard, ses parents l’avaient désinscrit pour qu’il finisse sa formation scolaire avant de se décider. Après avoir obtenu son « bachillerato », il avait commencé des études de droit, continuant dans le même temps à fréquenter sa paroisse et suivant des retraites spirituelles pour jeunes. C’est à cette époque qu’il avait découvert des publications et revues des missionnaires comboniens, qui l’avaient décidé à intégrer cet ordre en 1973. Il prononce ses vœux perpétuels en 1980.

    Après une longue formation, il avait obtenu une licence en arabe et études islamiques au PISAI, l’institut pontifical spécialisé dans le domaine de l’Islam, en 1982. La même année, il avait été ordonné à Séville, puis envoyé en Égypte et au Soudan comme missionnaire de 1982 à 2002.

    Outre son activité pastorale, il était devenu professeur en études islamiques à Khartoum puis au Caire à partir de 1989. En 2005, il avait pris la tête du PISAI. Une charge qui l’avait amené à diriger d’importantes discussions interreligieuses avec l’Égypte, le Soudan, le Kenya, l’Éthiopie et le Mozambique. En 2010, il avait été nommé auditeur spécial par Benoît XVI lors du Synode pour le Moyen-Orient.

    Réconciliation après le discours de Ratisbonne

    Cinq ans après le scandale provoqué par le discours du pontife allemand à Ratisbonne en 2006, qui avait provoqué une grande colère dans le monde musulman, le grand imam d’Al Azhar (Le Caire), Ahmed el-Tayeb avait rompu tout dialogue avec le Vatican. Mgr Ayuso fut alors chargé par le pape de travailler à la reprise du dialogue avec l’éminente autorité musulmane égyptienne.

    Nommé secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux en 2012, il est un des grands artisans de la reconstruction de cette nouvelle relation, fondée sur la défense d’initiatives communes pour la promotion de la paix, le droit à l’éducation religieuse, le droit à la citoyenneté et la défense de la liberté religieuse.

    Peu à peu, il avait accompagné l’émergence d’une nouvelle relation d’amitié et de collaboration qui eut pour point d’orgue la signature historique de la Déclaration pour la fraternité humaine par le pape François et le grand imam égyptien en 2019, à Abou Dhabi. Il avait aussi participé à l’établissement d’un dialogue avec l’Arabie saoudite.

    Un artisan important du pontificat

    En 2014, un an après l’élection du pape François, il avait été confirmé à son poste, puis, en 2016, avait été ordonné évêque par le pontife argentin. Pendant tout le début du pontificat, Mgr Ayuso fut le principal adjoint du cardinal Jean-Louis Tauran, qui finit par mourir de la maladie de Parkinson en 2018.

    L’année suivante, le pape François avait nommé Mgr Ayuso président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, quelques mois avant de le créer cardinal. L’organisme qu’il dirige est devenu le dicastère pour le Dialogue interreligieux en 2022 avec la Constitution apostolique Praedicate Evangelium.

    Fort de son expertise sur l’islam, le cardinal Ayuso a œuvré non seulement au rapprochement avec l’islam sunnite, mais aussi avec l’islam chiite (notamment avec la rencontre entre le pape et l’ayatollah irakien al-Sistani en 2021). Il a joué un rôle important dans le dialogue avec le bouddhisme (accompagnant le pape pendant son voyage en Thaïlande et au Japon en 2019) ou encore avec l’hindouisme. Il a fait partie des proches collaborateurs qui aideront le pape François à la rédaction de Fratelli tutti en 2020, un texte qui comporte une importante dimension interreligieuse.

    Après ce décès, le collège des cardinaux compte 120 cardinaux électeurs et 112 cardinaux non électeurs (qui ont plus de 80 ans). Le consistoire du 8 décembre prochain portera ces nombres à 140 cardinaux électeurs et 113 cardinaux non électeurs. (cath.ch/imedia/ak/rz)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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