Bruxelles, 26février(APIC/CIP) "Communion et Libération" est un mouvement
catholique qui compte plus de 50.000 membres en Italie, ou ses débuts remontent à 1954. Il pourrait faire son apparition en Belgique. Et même si
les premiers sympatisants ne sont encore qu’une cinquantaine, les représentants du mouvement croient à sa percée dans le monde universitaire. Ils en
ont débattu devant les informateurs religieux à Bruxelles à la mi-février.
C’est dans le nord de l’Italie, à Milan, qu’est né le mouvement "Communion et Libération". Son inspirateur est un prêtre, Don Luigi Giussani. Né
le 15 octobre 1922, Don Giussani a d’abord été professeur de théologie au
Grand Séminaire de Milan, avant de se faire professeur de religion pour les
lycéens. Et c’est précisément parmi la Jeuness Etudiante Chrétienne des
lycées que se sont posés en 1954 les premiers jalons du mouvement, qui ne
s’appellera "Communione e Liberazione" que quinze ans plus tard.
Dans sa réflexion théologique, Don Giussani s’est beaucoup laissé
interpeller par la philosophie existentielle. Or, explique un représentant
italien du mouvement, Walter Maffenini, démographe à Milan, "Don Giussani
s’est rendu compte que l’Italie catholique n’était pas chrétienne en
profondeur. Que pouvait donc signifier vivre du Christ dans une société ou
Dieu perdait de sa signification ?"
Le défi de la modernité
Avec les lycéens d’abord, puis dans les universités, ou le mouvement a
pris racine dès 1968/69, Don Giussani s’est efforcé d’inspirer un style de
vie communautaire, ou les jeunes puissent faire une expérience concrète du
christianisme et se laisser "mettre en mouvement" par leur adhésion
personnelle à Jésus-Christ.
"Au fond, souligne Walter Manfenini, le grand défi posé aux chrétiens
d’aujourd’hui, c’est celui de la modernité. Seront-ils capables d’assumer
les questions nouvelles posées par cette modernité ? Ou bien seront-ils incapables d’y faire face et réduits au silence ?"
C’est sur ces questions que le mouvement "Communion et Libération" a
voulu être en prise. "Il s’agit, en effet, de témoigner dans l’expérience
quotidienne, que le Christ est le centre du cosmos et de l’histoire. Or
c’est en étant capable de vivre toutes les réalités du monde que l’on
pourra faire surgir le visage du Christ comme la vérité profonde de ces
réalités. Agir dans l’histoire, c’est participer à la révélation du Christ
comme Seigneur de l’histoire", explique encore Walter Maffenini.
"En quelque sorte, précise-t-il, nous faisons aujourd’hui ce qu’ont fait
les Bénédictins dès l’origine, après la chute de l’Empire Romain. Ils ont
créé de nouvelles formes, de nouveaux modèles de vie en société. Dans notre
mouvement aussi, lorsque des familles se tournent vers les handicapés ou
les orphelins, lorsque l’on tisse des réseaux de solidarité autour de personnes atteintes par le sida, etc., on offre des signes de la présence du
Christ dans l’histoire."
Dans les médias et la politique
"Communion et Libération" ne se cantonne plus aujourd’hui dans le monde
des étudiants, mais le mouvement s’est élargi à d’autres milieux. Une de
ses particularités est son attachement à une présence de ses membres sur le
terrain social, dans la politique et dans les médias.
C’est ainsi que des membres de "Communione e Liberazione" ont lancé en
Italie l’hebdomadaire "Il Sabato" (qui n’est pas l’organe officiel du
mouvement). C’est ainsi encore que le mouvement s’est doté, dès 1973, d’une
sorte de bras politique, le "Mouvement Populaire". Sans être un parti, ce
"Mouvement Populaire" a longtemps considéré la Démocratie Chrétienne en
Italie comme une interlocutrice privilégiée. Les espérances mises en la
D.C. ayant été déçues, le "Mouvement Populaire" reconnaît, depuis quelques
mois, que des alliances sont également possibles avec les socialistes.
"En fait, souligne Walter Maffenini, pour nous le changement le plus sûr
est celui qui part de la base pour remonter jusqu’au structures socio-politiques. Vouloir transformer les autres sans changer soi-même, ce serait idéologique et violent. Nous préférons, quant à nous, relever le défi de nous
transformer nous-mêmes pour changer la société. Parce que nous pensons que
la présence de Dieu dans l’histoire passe par le pouvoir des sans-pouvoir".
Jeunes et moins jeunes
Depuis 1980, "Communione e Liberazione" organise chaque été un grand
meeting à Rimini. Le prochain aura lieu du 20 au 27 août. Le professeur Julien Ries, qui dirige le Centre d’Hisotire des Religions à Louvain-la-Neuve, se souvient de sa première participation à Rimini, en 1982. "Je suis
devenu un enthousiaste à 100 pour cent de Communion et Libération, racontet-il. Quand on m’a invité à prendre la parole, au meeting de 1982, j’ai
fait un exposé de plus d’une heure sur l’expérience du sacré et dix mille
jeunes m’ont écouté avec intérêt. Ils m’ont demandé de poursuivre par des
séminaires sur le sacré et sur les religions. Cela m’a fort impressionné.
Et chaque année, c’est la même qualité de participation, avec des rencontres intenses et des expositions d’une rare beauté. C’est aussi cette
qualité que l’on retrouve dans les quelque 80 centre cultures du mouvement
en Italie. Ce qui me frappe, finalement, dans le mouvement, c’est la profondeur du dialogue des chrétiens avec la culture".
En Belgique, le mouvement est surtout présent à Bruxelles, à Liège et à
Louvain-la-Neuve. En Flandre, il ne compte que quelques membres et pas de
communauté. (apic/cip/bd)