Débat sur la pauvreté avec l’abbé Pierre (181091)
Fribourg, 18octobre(APIC) "Je n’ai jamais été étudiant, je ne suis expert
en rien", c’est ainsi que l’abbé Pierre, s’est adressé à son auditoire composé d’étudiants et de professeurs lors d’un débat qui a eu lieu vendredi
18 octobre à l’Université de Fribourg. Pourtant, le fondateur des communautés d’Emmaüs connaît son sujet: la pauvreté et la misère aujourd’hui. Il a
donné sa vision du monde à travers les yeux du pauvre qu’on ne regarde plus
quand on le croise dans la rue. Le déshérité, avec ses angoisses, ses
espérances, le chômeur dans sa cité de béton.
Pour l’abbé Pierre, la pauvreté n’est pas un problème intellectuel. "Du
fait même de vos études, vous ne serez jamais intelligents de la souffrance
dont les pauvres souffrent"; avoir souffert de la pauvreté est une expérience; quand on ne l’a pas vécue soi-même, c’est irremplaçable".
Condamnés à partager
Ce manque d’expérience de la pauvreté dans nos sociétés nanties va pourtant de pair avec une surinformation. Lorsqu’à l’autre bout du monde ou
dans nos villes le pauvre meurt de faim, "nous sommes condamnés à savoir,
nous oublions, mais nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas". Ceux
qui ont les moyens, le pouvoir, "vont être acculés au partage, sur le plan
social et international". Pour l’abbé Pierre, les hommes doivent réaliser
que le partage est devenu une nécessité.
Le chômage est la misère la plus terrible, "la misère absolue", "celle
qui atteint la source de notre être: quand un homme est au chômage, il a le
sentiment d’être de trop". Il dépend de l’aumône gouvernementale alors
qu’il ne donne rien. La société prétend qu’elle n’a pas de travail à donner, l’abbé Pierre répond: "Qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a pas de travail et qu’il n’y a pas d’argent!". Dans un pays il y a toujours des tâches
à accomplir. Et en ce qui concerne l’argent: "Pour la guerre du Golfe,
c’est en quelques jours que nos Etats ont trouvé du fric!". Et l’abbé Pierre d’ajouter: "On n’a jamais entendu un Etat dire à la veille d’une guerre:
il faut arrêter, on n’a plus d’argent!".
L’égalitarisme ça n’existe pas
Le combat contre la pauvreté concerne tout le monde mais il ne réside
pas dans l’égalitarisme: "L’égalitarisme, ça n’existe pas!. Les pauvres ne
demandent pas l’égalité, ils demandent l’honnêteté. On a toujours quelquechose que l’autre n’a pas, la santé, une famille, des moyens...". Il faut
oeuvrer pour que "les privilèges se multiplient au service de ceux qui n’en
n’ont pas". "On peut être ministre ou directeur et pauvre si chaque jour on
se demande ce que l’on a fait pour l’autre."
La société d’aujourd’hui connaît un essor des temps libres. Mais
"qu’est-ce-que le temps libre pour ceux qui vivent dans le béton? C’est infernal!". Ces cités où tant de jeunes grandissent, les HLM où les vieillards finissent leurs jours "sont une des grandes pauvretés d’aujourd’hui".
Pour l’abbé Pierre, ce qui peut redonner espoir, c’est l’amour: "Tout
acte d’amour a une valeur d’efficacité absolue". Celui qui a donné sa vie
aux pauvres prend l’exemple de mère Teresa: "Elle n’a pas changé le cours
du monde, elle n’a pas fait de Calcutta une ville de confort et de bienêtre, elle a donné de l’amour". Chacun sait que sur le terrain de l’amour
et de l’efficacité, ils se retrouvent. (apic/ap)