Débat sur la Déclaration de Cologne à l’Université de Fribourg (020389)
Fribourg, 2mars(APIC) Plus de 300 personnes ont assisté mercredi soir à
l’Université de Fribourg à un débat sur la Déclaration de Cologne "contre
la mise sous tutelle et pour une catholicité ouverte". Une déclaration signée par 15 professeurs de la Faculté de Théologie de Fribourg. Organisé
par des étudiants de cette Faculté, un podium réunissait deux Pères dominicains - le Prof. Richard Frieldi, signataire de la déclaration et le Prof.
Jean-Pierre Torrell, non signataire - qui ont tous deux motivé leur point
de vue au cours d’un échange au ton plutôt modéré.
Directeur de l’Institut de Missiologie et de Science des religions,
c’est du point de vue de la théologie de la mission et de manière plus large de la théologie interculturelle que le P. Friedli a justifié la signature de ce document, qui signale non pas un malaise local, mais mondial. Pour
lui, cette déclaration marque un désaccord sérieux et les signataires mettent en pratique le droit et le devoir canoniquement affirmé de signaler
aux autorités les points ou le bien de l’Eglise leur semble être en jeu.
Mais poursuit-il, ce n’est pas un mouvement anarchique : il s’agit d’un
désaccord sur des points précis, mais le principe de l’autorité et le droit
de l’autorité d’émettre des lois, des règlements, des prescriptions ne sont
aucunement mis en question. Ainsi, affirme le P. Friedli, la communion ecclésiale n’est pas brisée par cette déclaration. Et de signaler que désaccord porte sur trois points : la nomination des évêques par le pape, qui a
engendré des contestations non seulement en Europe, mais également dans le
tiers-monde et qui se fait selon une orientation théologique et politique
unilatérale; l’attribution des chaires de théologie et l’interprétation
trop restrictive de l’encyclique "Humanae vitae". La Déclaration de Cologne, qui n’est pas un traité théologique, a-t-il tenu à souligner, est un
"cri" lancé, après avoir utilisé les autres moyens à disposition, "dans une
situation d’urgence", c’est-à-dire la nomination contestée par le chapitre
de la cathédrale, du nouvel archevêque de Cologne. Ce qui explique son manque de nuance et de pondération.
Nécessité pour le théologien de la communion ecclésiale
Pour le P. Torrell, professeur de théologie dogmatique, les signataires
ont une façon de se situer en théologiens face au magistère perçu comme une
autorité extérieure. C’est cette position qu’il conteste : "Le théologien
est d’abord un fidèle parmi d’autre, un croyant... Un théologien, c’est
quelqu’un qui accueille et pratique la Parole de Dieu dans la foi... Cela
doit donc se traduire par la primauté absolue de la Parole de Dieu exprimée
dans l’Ecriture et véhiculée jusqu’à nous par la Tradition dans l’Eglise".
De l’avis du P. Torrell, cela est de nos jours de plus en plus souvent
perdu de vue : "Malgré le label universitaire qui range la théologie parmi
les sciences humaines, nous sommes là en pleine équivoque. Aussi importante
que soit l’attention donnée à d’autres problèmes, il n’y a aucun doute que
la théologie proprement dite reste finalisée par sa relation à la Parole de
Dieu. Hors de cette référence, la théologie est proprement désaxée; elle
n’est plus théologie". La notion chrétienne de théologie implique pour celui qui la pratique la communion de l’Eglise du Christ. Aussi, l’Eglise, la
communion ecclésiale, est-elle l’endroit ou il faut se situer pour pratiquer la théologie : elle est non seulement le lieu, mais la norme de la recherche théologique. "Hors du sol ecclésial, la théologie est proprement
déracinée", a-t-il affirmé.
Le P. Torrell, détaillant la nomination du cardinal Meisner sur le siège
archiépiscopal de Cologne, événement qui est à l’origine de la "Déclaration
de Cologne", a déclaré que le Saint-Siège, contrairement à ce qu’en avaient
rapporté les médias, avait respecté les dispositions prévues et le droit
existant, comme dans le cas de la nomination de Mgr Wolfgang Haas comme
évêque coadjuteur de Coire. Evoquant les remous provoqués par ces nominations, le professeur de dogmatique a relevé qu’il ne fallait pas confondre
"sensus fidelium" - l’opinion des croyants - avec l’opinion publique.
(apic/be)