Débat à Genève à propos de l’Eglise face au monde (140690)
Genève, 14juin(APIC) "Radio Cité", la radio chrétienne de la région genevoise, présentait mardi soir 12 juin la 700e émission intitulée "Présence
au monde". L’occasion, pour la circonstance, d’organiser un débat en direct
dirigé par Dominique Huppi, de la Télévision romande, avec le Père Albert
Longchamp, rédacteur en chef de l’"Echo Illustré", Antoine Bosshard et Patrice Mugny, journalistes au "Journal de Genève" et au "Courrier", ainsi
que Théo Buss, attaché de presse au Conseil oecuménique des Eglises (COE).
Thème de cette 700e émission: "Les Eglises et l’ouverture au monde: quels
atouts et quelles limites?"
Le Père Albert Longchamp est entré d’emblée dans le vif du sujet en caractérisant la période actuelle comme "un tournant qui clôt la phase ouverte par Vatican II". Dans les années 1960/70 en effet, l’Eglise catholique a
regardé le monde avec optimisme et sans le condamner. Petit à petit, une
polarisation s’est fait jour entre ceux qui manifestaient des craintes face
à ces ouvertures et les autres. Et l’arrivée au pontificat de Jean Paul II
a symbolisé ce tournant, cette reprise en main.
Ce repli sur soi, ce recentrage, on ne le constate pas seulement dans
l’Eglise catholique, ou au sein des Eglises de la Réforme, mais aussi au
niveau politique. C’est aussi le cas pour divers mouvements nationalistes,
cela au moment même où l’élargissement de l’Europe est à l’ordre du jour.
Pour le Père Longchamp, cette recherche d’une identité de la part des
Eglises ne signifie aucunement "un retour à la sacristie". Au contraire, on
assiste plutôt, de la part de Rome, à une volonté d’affirmation de l’identité chrétienne de l’Europe, et même à la tentative de reconquête d’un certain pouvoir temporel. C’est là le sens de la nouvelle évangélisation de
l’Europe, chère à Jean Paul II.
Théo Buss s’est quant à lui inscrit fermement en faux contre une telle
version de la christianisation du monde qui, a-t-il dit, lui rappelle les
Croisades et l’Inquisition. Et de citer l’exemple de la Pologne, où
"l’Eglise catholique et Solidarité exercent "un monopole pire que celui
qu’exerçait le Parti communiste".
Quant à Antoine Bosshard, il a présenté le cas de l’Allemagne de l’Est,
où l’Eglise luthérienne a su, tout à la fois, se faire reconnaître à partir
des années 70 en tant qu’interlocuteur privilégié et garder ses distances
critiques à propos notamment des questions liées à l’armée, à la paix et à
l’écologie.
"Eglise antigonienne"
Abordant des questions plus proches de nous, les participants au débat
ont souligné le rôle des Eglises dans la défense de l’environnement et des
requérants d’asile. Tous ont mis en évidence le fait que les Eglises ont
défendu le droit des requérants d’asile au nom de l’éthique et des droits
de l’homme qui sont plus importants que la raison d’Etat. D’où la caractérisation d’"Eglise antigonienne", en référence au mythe grec, utilisée par
Antoine Bosshard. Autre élément important par rapport à l’esprit d’ouverture des Eglises en la matière souligné par Albert Longchamp: les autorités
des Eglises se sont trouvées en pointe et parfois contre leur "base", notamment à propos des réfugiés.
A propos du discours social de l’Eglise, Patrice Mugny a noté que si on
ne connaît pas trop de problèmes quant à son contenu "théorique", il n’en
est pas de même pour son application. La crise que connaissent les divers
mouvements d’Action catholique rend, selon lui, très difficile la mise en
pratique d’un tel discours.
A la question de savoir quelle devrait être l’attitude des Eglises dans
le monde contemporain, Albert Longchamp a dit souhaiter une "Eglise confessante" au service de l’autre, une Eglise rejetant tout pouvoir. "Une telle
Eglise devrait agir pour réenchanter le monde en lui offrant des perspectives". (apic/pp/pr)