De la Suède à Rome à pied chez le pape (100890)
Lausanne, 10août(APIC) "Libérez-vous de la folie de l’argent!" Un étrange
prophète aux cheveux blancs sillonne nos vallons avec une poussette de bébé. Boudewijn Wegerif, 54 ans, né aux Pays-Bas, journaliste économique et
homme d’affaires expulsé d’Afrique du Sud en 1971, devenu citoyen britannique et vivant en Suède. Itinéraire aussi original que celui qui l’amènera
en octobre à Rome: 3’400 kilomètres depuis Uppsala, à travers la Pologne,
les deux Allemagnes, la Suisse, la France et l’Italie. Il va demander au
pape de prendre la tête d’une croisade des pauvres pour annuler la "dette
cruelle du tiers monde". Il est arrivé à Lausanne vendredi soir, et débarquera lundi à Genève, accueilli par le conseil oecuménique des Eglises.
Pas trop crevé, après 40 ou 50 km chaque jour ? "Pas du tout, c’est beaucoup plus facile que je ne le pensais", répond, le regard clair et malicieux, le marcheur. Sa poussette est un bureau ambulant d’où il extrait
ouvrages théologiques, coupures de presse, correspondance avec le Vatican,
cartes routières, photographies de sa femme et de ses cinq enfants. "J’ai
aussi une tente, mais il y a toujours quelqu’un qui m’arrête pour m’inviter. Comme à Fribourg, cette dame à vélo qui m’a fait passer une soirée
passionnante avec son mari. Et la plupart des gens rencontrés sentent que
notre système qui fabrique de l’argent avec l’argent prêté mène à quelque
chose de démentiel: il faut produire toujours plus pour rembourser et l’environnement va craquer".
Ce qui nous manque encore, ajoute-t-il, c’est un leader moral: "Si les
Eglises l’assumaient, elles seraient étonnées de la réponse du public". Le
marcheur va demander à Jean Paul II pourquoi la doctrine interdisant
l’usure n’est plus appliquée. Il rappellera la pensée économique de Jésus,
qui préconisait le pardon des dettes tous les sept ans et proposera une
campagne mondiale de "Jubilé pour l’annulation des créances et la
redistribution des terres", en s’appuyant notamment sur des textes
bibliques du Deutéronome, d’Esaïe et de Luc.
"J’ai calculé que 500 banques détiennent des créances qui équivalent,
précisément, à ce que le tiers monde a perdu par la baisse de ses matières
premières, la hausse des taux d’intérêts et des produits qu’il achète au
Nord".
Par son voyage, Boudewijn prétend "semer les graines" d’un système économique régional basé sur les relations communautaires. "La Suisse, grâce à
son expérience décentralisée, aura moins de difficultés à s’ajuster".
En revanche, la Pologne l’a très déçu: "Les prêtres ne parlent que de la
victoire contre le communisme et tout le monde se réjouit de la révolution
consommatrice".
Boudewijn n’a rien contre l’argent en soi. D’ailleurs il en gagne (peu)
en donnant des cours sur l’histoire de l’argent à l’université populaire!
"Tout dépend de la relation qu’on a avec."
Son pélerinage, c’est l’"économie de l’amour" appliquée. "Il m’a suffit
de 20 marks pour traverser l’Allemagne. A Bâle, un Suisse m’a offert 100
francs. C’est trop, beaucoup trop", soupire-t-il, en exhibant le billet
intact. (apic/ifs/gar)