Le cardinal Martini commente "Centesimus annus"
Davos, 31 janvier(APIC) Le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de Milan, a été un des premiers intervenants du 22e Forum économique mondial qui
a ouvert ses portes le 30 janvier à Davos. Cette rencontre, qui regroupe
2000 participants, dont 25 chefs d’Etats ou de gouvernements, se prolongera
jusqu’au 4 février. Mgr Martini, en se basant sur l’encyclique "Centesimus
annus", a rappelé que l’économie doit être au service de la dignité de
l’homme. Le cardinal a déclaré en outre ne pas vouloir chercher à rencontrer le premier ministre chinois Li Peng considéré comme l’un des responsables du massacre de Tien An Men en 1989 et participant lui aussi au Forum.
Le cardinal de Milan, invité à titre personnel et non pas en tant que
président du Conseil des conférences épiscopales européennes, a repris les
idées principales de l’encyclique papale "Centesimus annus", publiée le 1er
mai 1991. S’interrogeant d’abord sur la compétence de la foi chrétienne et
des Eglises en matière économique, il a souligné que toute solution de problèmes d’ordre économique implique également un choix éthico-anthropologique. La doctrine sociale de l’Eglise vise l’homme en tant qu’être inséré
dans un réseau complexe de relations et la foi chrétienne contribue à définir le juste horizon, la direction vers laquelle s’acheminer et par là la
position relatives des divers éléments sociaux et économiques. C’est à ce
titre que l’Eglise peut prétendre contribuer à l’analyse et à l’interprétation des faits économiques et sociaux.
Les limites de l’économie de marché
Contrairement à la pensée et à la pratique de certaines tendances libérales, l’Eglise estime que l’économie de marché a des limites évidentes.
Rappelant que le développement économique est non seulement quantitatif,
mais aussi qualitatif, Mgr Martini a parlé d’une écologie comportant l’environnement physique et l’environnement humain. Le phénomène de la consommation doit donc être régulé par une conception plus juste de l’homme et de
son vrai bien. En effet, le système économique ne possède pas de critères
qui permetttent de distinguer "qualitativement" les besoins de consommation.
L’intervention politique de l’Etat est un des remèdes à la dégradation
de l’environnement humain, mais cette voie est insuffisante. Il semblerait,
a affirmé le cardinal, que parfois l’individu existe uniquement en tant que
producteur et consommateur de marchandises ou en tant qu’objet de l’administration de l’Etat. C’est oublier que la vie en commun constitue en ellemême une valeur singulière que l’Etat et le marché doivent servir.
Cette vision des choses, remarque le cardinal Martini, ramène à la responsabilité de l’individu, en particulier celle de la connaissance de la
technique et du savoir. Le facteur décisif de l’économie semble être aujourd’hui non plus la terre ou le capital, mais bien l’homme lui-même dans
sa capacité à mettre en oeuvre les moyens de satisfaire les besoins des autres. C’est pour cette raison que la doctrine de l’Eglise insite sur le
principe de la participation du plus grand nombre, a expliqué Mgr Martini,
notamment celle des pauvres qui ne doivent pas être considérés comme un
fardeau, mais qui réclament à juste titre un monde plus juste et plus prospère. (apic/mp)