Lima, 24 aout (APIC) Le dialogue entre les Eglises protestantes et le gouvernement cubain a fait des progrès significatifs. Il est loin le temps des
relations tendues et meme antagoniques des années qui ont suivi la révolution de 1959. "En meme temps que se déroulait le processus révolutionnaire,
on a observé une ouverture à l’égard des thèmes religieux". C’est ce qu’a
déclaré à Buenos Aires Obed Gorrin, le directeur du Centre d’études oecuméniques de Cuba (CEC).
Dans une interview qu’il a accordée à l’agence Noticias Aliadas, Obed
Gorrin a ajouté : "Nous sommes sur le point d’achever trente années de
révolution. En un premier moment la rencontre chrétiens-marxistes fut un
choc. Les marxistes n’étaient pas préparés à dialoguer avec nous, et nous
n’étions pas préparés à parler avec eux. Je crois, en outre, que l’indifférence que manifestait l’Eglise devant les problèmes réels des personnes, a poussé les gens à devenir athées. Mais la vie est dynamique, en sorte que la critique marxiste de la religion a servi à ce que nous,
chrétiens, remettions notre foi en question. Souvenons-nous par exemple que
les prophètes étaient critiqués à l’égard de la religion en Israel car
lorsque la religion s’institutionnalise, se bureaucratise, et s’allie au
pouvoir, elle cesse d’etre efficace et utile à l’etre humain. Nous nous
penchons sur ce problème et nous cherchons le moyen de participer à la vie
de notre société".
Gorrin a également analysé l’ouverture des marxistes vis-à-vis de la religion. "Les marxistes se sont rendu compte de notre changement, de notre
ouverture, de notre attitude solidaire, de notre amour, de notre intéret
pour la justice, pour la paix. Ils ne nous considèrent plus comme des ennemis, comme des personnes qui restent les bras croisés, mais comme des etres
humains désireux de collaborer".
Dans le rapport d’une consultation tenue à Matanzas (Cuba) qui vient de
paraitre, la méthodiste nord-américaine Joyce Hill reconnait que les missionnaires de son pays, à peu d’exceptions près, identifiaient le message
de l’Evangile avec l’"American way of life". Les Eglises protestantes cubaines furent ainsi façonnées sur le modèle du Nord, à l’exclusion de formes d’expressions culturelles propres.
C’est seulement depuis la révolution de 1959 que les Eglises locales ont
rompu avec la dépendance culturelle et financière. En 1959, les Eglises
évangéliques ont connu une période d’euphorie en faveur de la révolution.
Puis, lorsque la révolution s’est radicalisée et déclarée socialiste, on a
assisté à un changement d’attitude au sein du CEC, qui adopta une position
anticommuniste. Aux environs de 1962, tous les exécutifs du CEC sont partis
du pays, à l’exception d’un seul. Ce départ massif a permis à cet organisme
de se réorganiser et d’adopter d’autres caractéristiques, a affirmé Gorrin.
La meilleure preuve de l’intéret de Cuba pour la religion est la publication du livre "Fidel et la religion". Dans celui-ci, le théologien brésilien Frei Betto publie un entretien avec Fidel Castro. Jusqu’à ce jour, environ deux millions de volumes ont déjà été vendus dans l’ile.
Les protestants cubains mettent en relief le role-clé qu’a joué le
président Fidel Castro dans l’ouverture du gouvernement à la religion. Gorrin indique que lors de sa visite au Chili, en 1970, Fidel Castro s’est
montré très intéressé par le mouvement "Chrétiens pour le socialisme" et a
été impressionné par le grand nombre de chrétiens qui participent activement à la révolution nicaraguayenne. (apic/spi/cor)