Le chrétien préfère les menus à la carte
Lausanne, 16octobre(APIC) "On ne pratique plus!" "La religion est une affaire privée." "Toutes les confessions chrétiennes se valent." Ce genre
d’affirmations toutes faites circulent dans les Eglises, les médias est la
société. Cinq chercheurs suisses de l’Institut d’éthique sociale de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), de Lausanne et de
L’Institut catholique de sociologie pastorale de St-Gall ont voulu en savoir plus. Ils ont mené une vaste enquête auprès de 2’000 personnes dans
toute la Suisse pour tenter de cerner les rapports des Suisses avec leur
religion et leur Eglise. "On ne peut pas analyser la question religieuse en
termes de pertes ou de gains, il apparaît plus pertinent de parler de ’recomposition’ du champ religieux", a estimé le professeur Roland Campiche
lors de la présentation de l’étude jeudi à Lausanne.
Les tiroirs qui illustrent la couverture de l’ouvrage rendent bien compte du phénomène d’individualisation de la question religieuse, expliquent
les auteurs, en soulignant que c’est la première fois qu’une étude de ce
genre est effectuée en Suisse. "Notre enquête n’est pas un sondage d’opinion", précise Roland Campiche. Les 1947 personnes interrogées, âgées de 16
à 75 ans, résident dans toute la Suisse, chacune a passé 45 minutes en moyenne à répondre aux questions. Les chercheurs entendent rendre la réflexion
sur l’héritage chrétien en Suisse plus juste et plus sereine. L’étude concerne les systèmes de croyance des Suisses, leurs rapports avec les Eglises, l’influence de la religion dans la société suisse ainsi que les liens
entre la religion et la culture."
Les gens qui ne prient jamais sont l’exception
Si l’étude rappelle sans surprise que la société suisse peut se diviser
grosso modo en un tiers de pratiquants réguliers (1 fois par mois au
moins), un tiers de pratiquants occasionnels et un tiers de non-pratiquants, d’autres aspects jettent un éclairage plus neuf. Ainsi seuls 4,6%
des gens se déclarent athées ou sans religion, alors que plus de 90% affirment appartenir aux deux Eglises principales catholique et réformée. Les
gens qui ne prient jamais restent l’exception.
Si la religion est considérée et vécue comme une affaire individuelle,
la grande majorité des Suisses reconnaissent son utilité dans la société
dans le domaine caritatif, dans celui de la quête du sens de la vie, dans
l’aide au tiers monde et dans l’intégration en général.
L’étude souligne aussi l’effacement des enceintes confessionnelles. Si
les catholiques sont en général un peu plus pratiquants que les protestants, les comportements par rapport à la croyance, aux liens avec les
Eglises, et dans la société sont sensiblement identiques. La formation religieuse suivie pendant la période scolaire a marqué les Suisses dont les
notions de foi apparaissent plus claires et plus précises que celles d’autres peuples européens.
Si l’on considère la question sous l’angle linguistique ou régional, Roland Campiche s’avance avec prudence pour dire que la Suisse alémanique est
plus libérale dans ses croyances, tandis que la Suisse romande est davantage marquée par un enseignement chrétien et que le Tessin reste plus profondément influencé par la tradition catholique.
Le fait que la religion ne constitue pas ou plus le principe unitaire à
partir duquel s’organise la société dans son ensemble ne l’empêche pas de
s’adapter aux conditions propres de la modernité et de jouer le rôle de
structure partielle de la société, remarquent les auteurs.
Gageons que cette ouvrage fera désormais référence pour toutes les personnes qui s’intéressent à l’analyse de la situation religieuse en Suisse.
La Fédération des Eglises protestantes de la Suisse, comme l’Eglise catholique se sont d’ailleurs déjà informées des résultats de l’enquête pour
leur réflexion pastorale. (apic/mp)
Roland J. Campiche, Alfred Dubach, Claude Bovay, Michael Krüggeler, Peter
Voll: "Croire en Suisse(s)" Lausanne, 1992, 322 p., Editions L’Age d’Homme