Crise du Golfe: sévère mise en garde de Mgr Sayegh (Jordanie) (030191)
Rome, 3janvier(APIC) "La guerre éclatera si Bush n’est pas assez fort
pour résister au lobby juif américain. C’est Israël qui veut la guerre à
tout prix". Mgr Selim Sayegh, 55 ans, l’un des deux évêques auxiliaires de
Mgr Michel Sabbah, le patriarche latin de Jérusalem, ne mâche pas ses mots
dans l’analyse qu’il fait de la crise du Golfe. Dans une interview accordée
au quotidien italien ’"Avvenire", il relève que si l’irréparable se produit, ce ne sont en tout cas pas les Arabes qui l’auront voulu.
Mgr Sayegh, auxiliaire de Mgr Sabbah pour la Transjordanie avec résidence à Amman (Jordanie) admet d’emblée que Saddam Hussein a commis "une faute" en envahissant le Koweït. Mais le monde arabe ne veut pas la guerre,
explique-t-il: "Il (réd. le monde arabe) voit seulement dans le président
irakien l’homme capable de hâter une solution pour la Palestine et pour le
Liban, le seul aussi à avoir dénoncé l’injustice des Koweïtiens, qui ne savaient plus que faire de leur argent, dans une région aussi pauvre".
L’invasion d’un pays souverain est sans aucun doute une violation du
droit international, déclare Mgr Sayegh, mais il faut aussi reconnaître
qu’un vieux contentieux opposait l’Irak au Koweït et qu’il y a là un problème qu’on peut comprendre du point de vue de l’histoire. Or, ajoute-t-il,
"il me semble que l’Europe ne veut pas comprendre. Probablement aussi en
raison d’intérêts économiques".
Quant à la présence des troupes américaines stationnées en Arabie Saoudite, Mgr Sayegh n’hésite pas à parler d’"une autre invasion". "C’est ainsi
que le monde arabe a ressenti l’arrivée des soldats américains. On a méprisé le sentiment religieux de tout un peuple. L’Occident s’alarme de la montée du fondamentalisme. Celui-ci augmentera jusqu’à ce qu’on trouve une solution pour le Liban et pour les Palestiniens, jusqu’à ce qu’on fasse enfin
quelque chose", avertit l’évêque.
Deux poids, deux mesures
Mgr Selim Sayegh s’insurge en outre contre l’hypocrisie de ceux qui montrent du doigt le président irakien: "Il n’a fallu que quelque jours pour
que tout le monde se ligue contre Saddam Hussein. Combien l’ONU a-t-elle
adopté de résolutions depuis 1967 (guerre des Six jours)? Et combien ont
été appliquées? Dans les Territoires occupés, on fusille les enfants qui
lancent des pierres. Les droits de l’homme n’existeraient-ils qu’au Koweït?"
Quant aux résultats escomptés d’une intervention armée contre l’Irak,
l’évêque est catégorique: "D’un point de vue militaire, il est possible que
Hussein perde la guerre. Mais d’un point de vue politique, le monde arabe
témoignera sa solidarité à Saddam Hussein". (apic/cip/jt/pr)