Craintes au sujet de la visite du pape à Timor-Est (110989)
Grogne au sein de la population timoraise
Bruxelles, 11septembre(APIC) Le 12 octobre prochain, au cours de son
voyage en Asie, le pape Jean Paul II rendra visite à la moitié Est de l’île
de Timor, annexée par l’Indonésie depuis 1976. Le gouvernement indonésien
pourrait utiliser cette visite à son profit. Cette crainte, Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, administrateur apostolique timorais de Dili l’exprime.
Elle est du reste partagée par des organisations chrétiennes européennes.
Dont une trentaine de représentations chrétiennes d’Allemagne, d’Angleterre, de Belgique, de France, des Pays-Bas, du Portugal et de Suisse, qui
viennent de tenir du 5 au 7 septembre à Bruxelles leur 5e Consultation
chrétienne sur le Timor Oriental.
Cette consultation sur l’ancienne colonie portugaise était placée sous
le thème "Justice et développement pour le Timor-Oriental: un défi moral".
Les estimations les plus prudentes des organisations des droits de l’homme
font en effet apparaître que, depuis 1975, plus de 200.000 personnes,
c’est-à-dire le tiers de la population timoraise, essentiellement catholiques, ont péri dans les combats, la répression et la famine presque généralisée.
En 1984, en recevant au Vatican le nouvel ambassadeur indonésien, le pape lui avait publiquement exprimé son espoir de voir l’identité ethnique,
religieuse et culturelle du peuple timorais mériter une attention spéciale.
Le gouvernement indonésien n’a pas oublié cette parole: depuis plusieurs
mois, les arrestations des opposants timorais à la visite du pape se multiplient.
Les conditions dans lesquelles cette visite a été officiellement préparée ne sont peut-être pas étrangères aux préoccupations qu’elle soulève à
Timor-Est, font aujourd’hui remarquer les participants de la 5e Consultation. Le 5 avril dernier, le Père Tucci, grand organisateur des voyages
pontificaux, s’est rendu à Dili en compagnie du nonce à Djakarta, et tous
deux ont annoncé à Mgr Belo que le pape s’arrêtera à Timor-Est pour y célébrer l’eucharistie en indonésien sur la place de Taci-Tolu. Ce contre quoi
Mgr Belo avait protesté en arguant que l’indonésien est la langue de l’occupant et Toci-Tolu la place où des milliers de Timorais ont été exécutés
par des soldats indonésiens. Il avait ajouté: "Ce serait un désastre si la
visite du pape donnait l’impression d’appuyer l’intégration forcée de Timor
à l’Indonésie".
Que dira le pape? En quelle langue?
Un représentant du FRETELIN, Parti timorais indépendantiste, a eu récemment des contacts au Vatican, où on lui a confirmé qu’à l’origine, le nonce
à Djakarta et le Père Tucci voulaient que la visite du pape à Timor-Est
soit intégrée dans celle de l’Indonésie. Mais, a-t-on ajouté, le Vatican a
fait une annonce officielle tout autre selon laquelle la visite à Timor est
présentée de manière bien distincte, et dans le cadre d’un voyage... en
Asie. Jean Paul II sera en Indonésie du 9 au 14 octobre.
Réfugié au Portugal depuis fin avril, Antonio de Araujo, a encore assisté, avant de quitter Timor, à de nombreuses arrestations. Lui-même a été
arrêté et torturé plusieurs fois. Il vient d’en témoigner à Bruxelle, précisant que tous les secteurs de la population timoraise sont aujourd’hui
engagés dans la résistance face à l’occupant. Reste la question que la 5e
Consultation chrétienne sur Timor-Est a posé: que pourra dire le pape dans
un voyage organisé depuis Djakarta? Et dans quelle langue le fera-t-il?
Toujours à propos du voyage du pape, et plus spécialement au sujet des
récentes déclarations faites par Mgr Belo, le porte-parole des forces armées indonésiennes, le brigadier-général Nurhadi a déclaré que Mgr Belo ne
pouvait en aucun cas parler de politique au nom de Timor-Oriental. Dans
différentes interviews, l’administrateur apostolique de Dili s’était en effet fait l’avocat d’un référendum pour décider du futur de Timor Est, et
avait demandé l’organisation d’un tel référendum dans une lettre adressée
au secrétaire général de l’ONU, Javier Perez de Cuellar. Mgr Belo s’était
exprimé au nom des habitants de Timor Est "Si les gens le font eux-mêmes,
avait-il déclaré, ils devront faire face à des interrogatoires ou à la torture". A l’instar de la majorité des pays membres de l’ONU, le Vatican n’a
pas reconnu l’annexion de Timor Est par l’Indonésie. (apic/cip/pr)