Coût du logement et revenus modestes (130991)
Neuchâtel, 13septembre(APIC) La montée inquiétante des prix des loyers
pose aujourd’hui de sérieux problèmes en Suisse. Associations de locataires, organisations d’Eglise et d’entraide montent aujourd’hui au créneau
pour exiger, à l’instar de l’Association suisse des locataires (ASLOCA),
une nouvelle politique du logement. L’enquête que publie aujourd’hui le
Centre social protestant neuchâtelois sur le coût du logement et son implication sur les revenus modestes prouve, si besoin était, qu’il est urgent
d’agir et que des mesures doivent être prises. Il y a urgence.
On admet généralement que le prix du loyer d’un appartement équivaut au
25% du revenu. Lorsque ce pourcentage est plus élevé, c’est tout l’équilibre d’un budget, particulièrement s’il est modeste, qui peut être mis en
péril. Confronté aux difficultés financières des personnes qui viennent le
consulter, le Centre social protestant (CSP) neuchâtelois a mené une enquête statistique sur deux ans. Au cours d’une conférence de presse donnée
jeudi 12 septembre, les collaborateurs du CSP ont livré les résultats de
leur recherche: 56,9 % des personnes interrogées consacrent plus de 25% de
leur revenu au loyer en disposant d’un revenu net inférieur à 2000 francs.
L’urgence du problème incite le Centre social protestant à tirer la sonnette d’alarme. Il propose d’instituer dans le canton de Neuchâtel une aide
directe aux locataires à revenus modestes.
Depuis la fin des années 80, de plus en plus de personnes consultent le
Centre social protestant neuchâtelois parce qu’elles sont en butte à des
difficultés financières liées à l’augmentation de leur loyer. Les collaborateurs du CSP ont décidé en 1988 de procéder à une évaluation statistique
de ce phénomène apparu de façon plus aiguë avec les hausses successives du
taux hypothécaire. Une partie des "clients" du CSP ont accepté de répondre
à un questionnaire: 211 en 1989 et 160 en 1990.
Des chiffres révélateurs
La population ainsi auscultée est tout à fait spécifique, a tenu à souligner Francis Berthoud, directeur du CSP neuchâtelois. Il s’agit dans la
plupart des cas de personnes vivant "sur le fil du rasoir". En raison de
l’échantillonnage réduit, il n’est pas possible non plus de tirer des conclusions valables pour l’ensemble de la population. Néanmoins, les chiffres
obtenus permettent de dégager des tendances.
40% des personnes interrogées en 1989 et 45% de celles qui ont répondu
au questionnaire en 1990 déclarent débourser plus du quart de leur revenu
pour leur logement. Cette augmentation indique bien que le poste loyer grève de manière toujours plus importante les budgets. Les nouvelles hausses
hypothécaires de cette année, qui n’ont pas déployé tous leurs effets, contribueront encore à accroître les problèmes financiers, prédisent les collaborateurs du CSP.
Autre constatation, les personnes interrogées ne vivent généralement pas
dans des appartements à loyers élevés, mais elles disposent de revenus
souvent plus que modestes. En 1990, 58,2% avaient un loyer de moins de 600
francs et 9,6% un loyer de plus de 1000 francs. Sur les 160 personnes interrogées en 1990, 72 consacraient plus de 25% de leur revenu au loyer,
parfois jusqu’à 50% et davantage, et 41 d’entre elles (56,9 %) disposaient
d’un revenu inférieur à 2’000 francs. Ces chiffres confirment encore, si
besoin était, la récente enquête réalisée par l’Université de Neuchâtel,
dont les conclusions font apparaître qu’un Neuchâtelois sur six vit au-dessous du seuil de pauvreté.
Urgence: des mesures doivent être prises
Pour le CSP, des mesures à court terme doivent être prises d’urgence. La
lutte contre la spéculation et les subsides à la construction ne seront
peut être en mesure de déployer leurs effets qu’à long terme. "Il faut imaginer la possibilité d’une aide directe aux locataires à revenus modestes",
estime le CSP. Dans cette optique, il propose l’introduction d’une disposition légale permettant une aide personnalisée aux locataires n’habitant pas
dans des logements subventionnés et ne bénéficiant pas de l’assistance des
pouvoirs publics. Des mesures similaires ont déjà été prises dans le canton
de Genève et à Bellinzone (TI). Malgré les réserves émises tant par les milieux politiques de droite que de gauche, cette disposition légale constituerait, selon le CSP, la seule manière d’intervenir rapidement pour soulager les familles et les personnes dont les budgets sont déséquilibrés par
les coûts du loyer. (apic/spp/pr)