Séoul, 8octobre(APIC/CIP) Après un voyage d’environ 9’000 km, Jean Paul
II est arrivé samedi matin à Séoul, première étape d’un 44e voyage pastoral
hors d’Italie. Contrairement à son premier voyage en Corée du Sud (mai
1984), où il avait effectué un périple à travers le pays, le pape se rend
cette fois à Séoul uniquement afin de participer à la clôture du 44e Congrès eucharistique international.
Pour gagner la capitale de la Corée du Sud, l’avion du pape a survolé
l’URSS. Dans un salut adressé en français à Mikhaïl Gorbatchev, Jean Paul
II a tenu à faire part au leader soviétique "des voeux fervents" que le pape formule "pour le bonheur et la prosperité" de ses compatriotes.
Comme il a pris l’habitude de le faire à chacun de ses voyages, le pape
a, durant le survol de la Yougoslavie et de la Hongrie, répondu aux questions des journalistes qui l’accompagnent. Evoquant les récents changements survenus en URSS, il a fait deux observations. Il a constaté la permanence de la religion et de la religiosité chez le peuple russe et chez
les autres peuples qui appartiennent à l’Union Soviétique, ainsi qu’un intérêt croissant pour les droits de la personne et les communautés. Il a dit
voir dans la perestroïka "la volonté de changer un système qui, de par sa
nature, était plutôt, et même entièrement totalitaire". Un processus, a-til ajouté, qui apporte "une grande consolation et un grand espoir", où "la
lumière vient de l’Orient, et où la foi, la vie religieuse nous reviennent
en Europe de l’Orient européen".
Interrogé à propos d’une éventuelle visite pastorale en URSS, Jean Paul
II estime que "la situation peut mûrir". Pour la Corée du Nord, les conditions d’une visite ne sont pas encore réunies: le pape répond à l’invitation d’un épiscopat, et il n’y a pas d’évêque en Corée du Nord.
A la question d’un journaliste portugais lui demandant si sa visite à
Timor-Est ne risquait pas d’être interprétée comme une reconnaissance de
l’annexion par l’Indonésie de l’ancienne colonie portugaise, Jean Paul II a
répondu qu’il ne pouvait pas empêcher une telle interprétation. "Mais,
partout, le but de mon voyage est pastoral, a-t-il ajouté. Ce serait certainement une offense aux catholiques de Timor-Est si le pape ne leur rendait pas visite alors qu’il se rend dans l’île toute proche de Flores".
Le pape a en outre observé qu’il est appelé à se déplacer dans un monde
qui a ses structures politiques, et qu’"il faut laisser la politique aux
hommes politiques et laisser le pape parler de son message, qui est religieux".
Une tâche urgente
Dans le discours qu’il a prononcé à son arrivée à Séoul, Jean Paul II,
s’adressant au président Roh Tae Woo, a évoqué l’essor industriel et le développement économique de la Corée du Sud, soulignant le rôle important
qu’elle avait à jouer dans la communauté internationale. Il a dit son
espoir que la Corée continuera à être un exemple, non seulement de prospérité matérielle, mais aussi de vigueur spirituelle, "laquelle doit être à
la base de toute société mûre et tolérante".
Jean Paul II a aussi fait allusion aux luttes sociales dont le pays a
été le théâtre et aux efforts de "tous ceux qui se battent pour instaurer
une société caractérisée par l’harmonie sociale et la prospérité économique
pour tous". Il a expliqué que c’est avant tout la force spirituelle qui
permettra de "guérir les anciennes blessures et de surmonter de profondes
divisions".
Parlant ensuite des "tragiques divisions" qui continuent à séparer la
Corée, Jean Paul II a assigné aux Coréens une "tâche urgente, celle de montrer à un monde déchiré par la méfiance, les conflits et la haine, que
l’humanité possède vraiment les ressources pour mettre fin aux guerres et
aux divisions et pour construire une paix durable".
Aux jeunes: les conditions de la réconciliation
Dans l’après-midi, le pape a célébré une messe pour les jeunes dans la
salle de gymnastique construite pour les Jeux Olympiques, sur le thème
"Unité et Paix". Dans son homélie, Jean Paul II a relevé que la "réalité de
la discorde, de la rancune et de la haine, de l’envie et de la violence est
trop fréquente dans les expériences humaines". Il a évoqué la division de
la Corée à la suite de la guerre de 1950-1953, pour interpeller les jeunes.
"Vous avez vous-mêmes été les témoins des douloureuses séparations qui divisent votre peuple", leur a-t-il dit, avant de parler de la réconciliation
et du pardon, de la justice "fondée sur l’amour et exprimée dans une rencontre de vraie tolérance et de fraternité". Le pape a encore rappelé que
l’unité et la paix ne dépendent pas seulement de structures économiques et
politiques, mais sont fondamentalement le fruit "d’actes humains d’amour
sincère et de solidarité efficace entre les individus et les peuples".
(apic/jt/pr)