Corée du Nord: violation des droits de l’homme (170289)
Hong Kong, 17février(APICDe notre correspondant à Hong Kong, DM) Au "Paradis du socialisme sur terre", tous les gens sont égaux, mais il y en a de
plus égaux que d’autres. Un épais rapport sur les abus des droits de l’homme en Corée du Nord, publié par deux organisations américaines des droits
de l’homme (Asia Watche, de Washington, et le Comité international des avocats du Minnessota) révèle l’existence de milliers de prisonniers politiques et d’un système de classification de la population qui détermine toute
la vie quotidienne des gens; le niveau de rationnement de la nourriture,
l’emploi, la santé, le logement et la sévérité des punitions pour "crimes"...
Dans cette savante classification (plus de 64 niveaux hiérarchisés ont
été recensés), les catholiques - à peine plus d’un millier, selon les dernières estimations -, se situent au bas de l’échelle, dans la troisième et
dernière "classe" de la population: "la classe hostile". Elle représente,
en fait, près de 4 millions d’habitants, sur 20 millions au total, et porte
derrière elle un lourd passé, "compromettant" au yeux du régime dictatorial
de Kim Il Sung, au pouvoir en Corée du Nord depuis 1948: ils sont descendants de propriétaires terriens, capitalistes, intellectuels occidentalisés, officiels ayant travaillé pour les Japonnais, d’éminents catholiques
ou des catholiques dont certains membres de leur famille ont fui la Corée
du Nord pour le Sud à la fin de la guerre de Corée en 1953.
Comme dès 1945, plus de la moitié des 50.000 fidèles de l’époque (dans
les trois diocèses et 40 paroisses du pays) rejoignirent le Sud, suivis par
plusieurs milliers entre 1950 et 1953, les catholiques restés au Nord, "Nation athée" par définition, se sont retrouvés au bas de l’échelle. Diocèse
et paroisses ont été officiellement supprimés en 1950. Arrêtés pendant cette période, 5 évêques, 82 prêtres, 25 moines, 34 religieuses et 4 séminaristes sont tenus pour mort. Ceux qui ont survécu, selon le rapport américain, ont été envoyé dans des camps de concentration, camps de travail,
prisons, centres de détention ou de réhabilitation de haute sécurité. Selon
certains témoignages de familles nord-coréennes émigrées au Japon, recueillis dans ce rapport, la "classe hostile" est privée de minimum vital de
nourriture, de vêtements et de logement, sujet aux travaux forcés et
maltraités. Certains se sont suicidés, précise encore le rapport, et ceux
qui se sont plaints ou qui ont tenté de fuir ont été enfermés dans des
centres de détentions ou ont été exécutés publiquement par une équipe
spéciale chargée des exécutions.
La mort sous la torture, la malnutrition et les maladies sont choses
courantes, selon le témoignage d’anciens prisonniers. Un Nord Coréen, aujourd’hui au Japon, a dévoilé aux chercheurs américains que la plupart de
ses compagnons au bas de l’échelle de la "classe hostile" sont morts de
faim dans les camps en deux ans.
Qualifié par l’ambassadeur nord-coréen aux Nations Unies de "tissu de
mensonges", ce rapport est basé sur des témoignages renvoyant aux années 70
et début 80. Cela dit, a expliqué le directeur d’Asia Watch, Eric Schwartz,
"nous avons des raisons de penser que la situation des droits de l’homme en
Corée du Nord n’a pas changé de façon significative ces quinze dernières
années". (apic/dm/pr)