Coopération au développement et intérêts économiques de la Suisse (290889)
dans le collimateur de la Commission Justice et Paix
Berne, 29août(APIC) Il faut réviser la Garantie contre les risques à
l’exportation (GRE), afin de mieux tenir compte des objectifs de la politique de développement de la Suisse, demande la Commission nationale suisse
"Justice et Paix" dans un document publié mardi. Intitulé "Coopération au
développement et intérêts économiques de la Suisse", cette étude estime que
c’est à cette seule condition que serait justifiée une prise en charge par
la collectivité des pertes financières subies par la GRE, une sorte d’assurance contre certains risques pris par les exportateurs suisses et ne pouvant être couverts par des assurances privées.
Ainsi, déclare la commission de la Conférence des évêques suisses, il
convient de rejeter l’amortissement des pertes de la garantie des risques
monétaires telle qu’elle a été proposée par le Conseil fédéral en avril
dernier. En effet, si la Confédération renonce aux avances consenties à la
GRE depuis 1982 (alors qu’elle devrait en principe s’autofinancer depuis
1981) sans procéder à une réforme en profondeur, "cela reviendrait à subventionner une partie de l’économie suisse sans que cela profite aux pays
en développement". D’autre part, demande encore "Justice et Paix", les intérêts en matière de politique de développement doivent être davantage représentés dans la Commission de la GRE afin que ce point de vue puisse être
mieux défendu au sein de ladite Commission.
L’étude de "Justice et Paix", qui analyse les intérêts en jeu lorsque la
vente de produits ou de services suisses à des pays du tiers-monde bénéficie d’un soutien public, montre que des conflits peuvent surgir entre la
politique de développement officielle et le commerce extérieur de la Suisse. Trois instruments sont examinés à la lumière des objectifs de politique
de développement définis par la loi : les crédits mixtes et l’aide à la balance des paiements qui relèvent de la Coopération au développement, et la
GRE, utilisée dans le cadre de la politique économique extérieure. Tous
trois sont mis en oeuvre par l’Office fédéral des affaires économiques extérieures (OFAEE). "Justice et Paix" évalue également la mise en oeuvre de
ces instruments à partir de critères socio-éthiques.
L’étude évalue notamment quelques exemples de projets contestables ayant
bénéficié de la GRE. Ainsi, le barrage brésilien d’Itaipu, qui a permis à
BBC de conclure son plus gros contrat en Amérique latine, est pour le Brésil une formidable hypothèque. L’usine de mélasse de Kisumu, au Kenya, jamais achevée et réduite à l’état de ferraille rouillée, doit pourtant être
remboursée aux banques suisses à raison de 12 millions de francs par semestre. Le projet de production d’eau lourde en Argentine, dont les frères
Sulzer ont emporté le contrat, qui aggrave l’endettement du pays et le met
sur la voie du développement nucléaire. Le projet de barrage de Manantali,
mené conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, qui menace la
survie de 16’000 petits agriculteurs devant être déplacés, la production
vivrière locale remplacée par des cultures d’exportation dans de grandes
exploitations... L’exemple de la centrale hydroélectrique Atatürk en Turquie est tout aussi parlant et tout aussi équivoque du point de vue de
l’esprit sinon de la lettre de la politique officielle en matière de développement. (apic/com/be)