Conférence mondiale des religions pour la paix (140992)
Louvain, Belgique 14septembre(APIC) Le sommet international des religions
pour la paix, ouvert dimanche à Louvain, s’est poursuivi lundi sous forme
de 17 tables rondes organisées dans la ville universitaire belge. Une des
tables rondes de la matinée rassemblait exclusivement des évêques d’Amérique du Nord et du Sud, 500 ans après la "découverte" de leur continent par
Christophe Colomb. Ils ont dégagé quelques leçons pour un renouveau des
rapports avec l’Europe.
Très applaudi, Dom Helder Camara, l’ancien archevêque d’Olinda et Recife
(Brésil), salue le fait majeur de 500 ans d’évangélisation en Amérique latine: "Aujourd’hui de nombreuses communautés chrétiennes sont témoins dans
notre continent du salut et de la libération, bien que le signe de la croix
ait souvent été marqué par l’autoritarisme".
Mais celui qui est salué par ses collègues, comme "l’évêque des pauvres"
s’interroge: "Alors que quantité de Latino-Américains manquent du minimum
indispensable, comment annoncer à tous le règne de vie et de justice?. Impossible, souligne Dom Helder, sans un changement de structures et une conversion du coeur pour une nouvelle redistribution des richesses. Il lance
ce défi: "Faisons en sorte que pour l’an 2000, c’est-à-dire pour célébrer
les 2’000 ans de la naissance de Jésus, nous ayons un monde sans misère.
Car si nous voulons la paix, nous devons déclarer la guerre à la misère".
Une Eglise missionnaire et martyre
Mgr Arturo Rivera Damas, archevêque de San Salvador, épingle quelques
traits de la "rencontre entre l’Europe et l’Amérique latine, spécialement
avec le monde des indigènes. Les missionnaires venus de l’Espagne des Rois
Catholiques, explique-t-il, ont éprouvé de grandes difficultés à dialoguer
avec les indigènes du Nouveau Monde. Ils ont pourtant perçu dans leurs cultures d’authentiques dimensions religieuses, mais la visée économique des
Espagnols n’était pas faite pour consolider un projet évangélisateur. Les
Espagnols ont débarqué non en colonisateurs, mais en conquérants. Intéressés seulement par l’accaparement de richesses, ils n’avaient pas l’intention de s’installer et d’établir des relations commerciales. Résultat: une
dépendance accrue pour l’Amérique latine et un apprauvissement tous azimuts.
Après la Révolution française, continue l’archevêque salvadorien,
l’Eglise a aussi été dépouillée de son rôle de modératrice. L’Amérique latine a été directement démambrée, tandis que le clergé, par réflexe, s’est
davantage identifié à une Eglise nationale. Par la suite, l’industrialisation n’a pas apporté à temps les techniques en Amérique latine et les marchés ne se sont pas développés. La doctrine Monroe, du côté nord-américain,
n’est pas venue arranger les choses: L’Amérique aux seuls Américains du
Nord!
Référence à Mgr Romero applaudie
Aujourd’hui, conclut Mgr Rivera Damas, on est heureusement à la recherche d’une économie de la solidarité. L’Eglise s’est beaucoup engagée pour
la justice. Mgr Romero, son prédécesseur à San Salvador, ainsi que quantité
de prêtres, de religieuses et de catéchistes ont payé cet engagement de
leur vie". L’assistance a alors applaudi cette référence à la vie et à la
mort de Mgr Romero. Et l’archevêque a conclu: "Notre Eglise d’Amérique latine peut offrir le témoignage d’une Eglise missionnaire et martyre".
Pour Mgr Gerardo Humberto Flores Reyes, évêque de Vera Paz et président
de la Conférence épiscopale du Guatémala, l’avenir de l’Eglise passe par
une ouverture beaucoup plus décisive aux cultures indigènes. Il est temps,
explique l’archevêque guatémaltèque, "que la parole et la sensibilté des
Indiens marquent aussi les documents et la pastorale de l’Eglise. Cela ne
se fera sans doute pas sans heurts ni sans crises", dit-il. Mais il est
convaincu que le chemin de la nouvelle évangélisation passe par là.
Amérique du Nord: "une usure de la compassion?"
Seul représentant des 350 évêques d’Amérique du Nord, Mgr Daniel Patrick
Reilly, évêque de Norwich, dans le Connecticut, se dit d’abord frappé par
la parenté des problèmes vécus aux Etats-Unis et en Europe. Les aléas de
l’économie de marché, l’afflux des migrants, les bouleversements qui agitent une société en phase de transition.
C’est pourquoi Mgr Reilly se réjouit d’une Eglise davantage soucieuse de
la solidarité avec les plus pauvres, de la promotion d’un développement intégral et de la défense des droits de l’homme. Mais, ajoute-t-il en réponse
à une question, "le coeur de l’Eglise catholique des Etats-Unis ne bat pas
toujours là où bat le coeur du gouvernement". Il craint cependant qu’il y
ait aujourd’hui une "usure de la compassion". "Depuis la chute du mur de
Berlin, précise-t-il, le peuple américain n’a plus d’énergie à investir
dans une croisade anti-communiste. Alors beaucoup ont tendance à dire:
’Tout va bien. Occupons-nous donc de nos affaires. Mgr Reilly s’inquiète de
voir cette mentalité gagner du terrain dans la jeunesse. "Comment peut-on
vivre aujourd’hui, demande-t-il, sans percevoir une interaction entre nos
affaires et celles des autres?"(apic/cip/ba)