Conférence du cardinal Danneels à Lausanne (221192)
"C’est l’affaire de l’Evangile. Non du traité de Maastricht"
Lausanne, 22novembre(APIC) A l’Europe économique et sociale, le cardinal
Godfried Danneels y croit. "Mais aucune de ces deux" ne tiendra le coup
s’il n’existe une Europe spirituelle, ancrée dans des valeurs judéo-chrétiennes". Invité à s’exprimer dans le cadre d’une conférence organisée à
Notre-Dame du Valentin, à Lausanne, par Pax Christi, mouvement dont il est
le président international, l’archevêque de Malines-Bruxelles, de passage
en Suisse pour marquer de sa présence le triennat de la famille qui s’est
achevé ce week-end à Martigny, a cerné samedi soir à Lausanne les enjeux de
l’Europe. Avec un thème: "L’Europe en construction, quels défis pour la
paix?"
L’Europe économique se fera! "C’est inévitable". L’Europe sociale? "Je
suis très optimiste". Le cardinal Danneels est cependant formel: Aucune de
ces deux ne tiendra le coup s’il n’existe une Europe spirituelle, ancrée
dans les valeurs judéo-chrétiennes". Selon l’archevêque de Malines-Bruxelles, nous vivons dans la culture du mépris, où le narcissisme est roi. "Et
si nous ne changeons rien, nous n’aurons jamais la paix en Europe".
Pour Mgr Danneels, de l’individualisme au nationalisme, il n’y a qu’un
tout petit pas. Et beaucoup d’égoïsme. "Or en raison de la mobilité des populations, il ne restera bientôt plus aucun territoire homogène: le monde
entier ne sera plus qu’une mixture de peuples". Et le cardinal d’ajouter:
"Nous serons donc amenés à partager le sol, les biens, les richesses... ou
à nous battre". Nous gagnerions certainement parce que nous sommes les plus
forts, "mais cette guerre serait une honte pour nous jusqu’à la fin des
siècles".
Les problèmes de l’Europe
Le cardinal Danneels comprend ainsi les malaises de notre temps: nous
avons rompu le cordon qui unissait les valeurs judéo-chrétiennes à Dieu, et
cela au XIXe siècle surtout. "Ces valeurs ont perdu leurs références et ont
commencé à sécréter des toxines". C’est ainsi que, du respect de la dignité
humaine, nous avons passé au culte de l’individu; d’une volonté de paix,
nous en sommes arrivés à un pacifisme lâche. De la responsabilité de la
communauté pour ses membres, "nous avons créé l’Etat Providence, de type
socialiste".
Selon le conférencier, toutes ces déviances sont à l’origine des maux
dont l’Europe souffre aujourd’hui: drogue, suicides et dépressions sont autant de signes de notre narcissisme. Mais non les seuls. "Nous sommes devenus incapables d’affronter le monde, et nous nous enfermons dans des paradis artificiels, que nous défendons à tout prix".
Tel est le paysage sombre de l’Europe, précise Mgr Danneels. "Si l’on
désire fonder une Europe autre que purement économique, il faudra alors
casser le cercle vicieux de l’égocentrisme, et entamer une réconciliation
de l’individu avec l’extérieur, avec son prochain". Et le cardinal de conclure: "Si on veut faire une Europe, il faudra convertir les coeurs. Et cela, c’est l’affaire de l’Evangile. Non du traité de Maastricht". (apic/fcrpr)