Conférence de presse des évêques suisses de retour du Synode (171291)
Des pas concrets "dans un très bref délai" dans l’"affaire Haas"
Berne, 17décembre(APIC) Les évêques suisses qui ont participé à l’assemblée spéciale du Synode pour l’Europe - le cardinal Schwery, Mgr Candolfi
et Mgr Mamie - ont dressé mardi à Berne un bilan positif de cette importante rencontre qui devait permettre à l’Eglise de faire le point après la
l’effondrement du communisme en Europe de l’Est. Les évêques suisses présents à Rome ont, en marge du Synode, rencontré à plusieurs reprises le pape et les cardinaux Sodano et Gantin pour parler de l’"affaire Haas" et annoncent des mesures "très concrètes dans un très bref délai" pour tenter de
résoudre la crise du diocèse de Coire.
Le cardinal Schwery a expliqué que les évêques ont, lors de ces rencontres - qu’il a lui-même sollicitées au nom de la Conférence des évêques
suisses (CES) - présenté leur analyse et suggéré des moyens de calmer les
tensions à Coire. "Ce que nous pouvons dire clairement, a-t-il déclaré,
c’est que nous avons reçu la promesse des deux cardinaux et du pape que des
mesures vraiment concrètes vont être prises dans un très bref délai par le
Vatican; nous sommes en effet d’avis que cela suffit avec ces tensions et
que nous devons maintenant travailler ensemble pour prendre en main les
problèmes qui nous concernent, comme l’oecuménisme ou les différents problèmes de l’évangélisation dans le monde d’aujourd’hui".
"Je crois que le pape nous a compris"
Le cardinal Schwery a estimé qu’il serait vraiment dommage, "c’est même
un vrai scandale", que les évêques n’aient plus le moyen d’investir du
temps et des forces pour traiter de problèmes plus importants. Mais, seule,
a-t-il relevé, la CES ne peut rien faire. "Nous sommes prêts à aider notre
confrère évêque de Coire, Mgr Wolfgang Haas, mais nous ne pouvons pas prendre des décisions à sa place dans son diocèse". Les évêques estiment que la
solution de nombreux problèmes ne dépend pas d’eux seuls.
Mais, a tenu à souligner Mgr Candolfi, l’actuel président de la CES, "je
crois que le pape nous a compris; il nous a dit que la visite de Mgr Rauber
(envoyé du pape pour faire un rapport sur la situation de Coire ndr) est un
premier pas et qu’il s’agit maintenant de faire d’autres pas concrets". Le
cardinal Schwery espère également que la Suisse a été comprise. Les évêques
suisses se sont faits les porte-parole d’une certaine déception. Ils ont
parlé en parfaite unanimité "un langage on ne peut plus clair". Mgr Mamie a
expliqué au pape et à ses proches collaborateurs le sérieux et la gravité
de la situation provoquée par l’"affaire Haas": "ce n’est pas la question
d’être pour ou contre, mais que les catholiques et les non-catholiques
souffrent grandement de cette situation".
Pas de nouvelle évangélisation sans oecuménisme
Commentant la déclaration finale du Synode, le cardinal Schwery a admis
que ce texte n’est certes pas un chef d’oeuvre, mais il est grosso modo représentatif de l’ensemble de ce qui a été dit. Il a été voté par paragraphes et les scores, la plupart du temps, approchaient l’unanimité des 131
évêques habilités à voter "placet" ou "non placet" (oui ou non). Il a souligné que cette déclaration n’est pas, comme c’est le cas dans d’autres
synodes, une exhortation apostolique rédigée par le pape et ses collaborateurs et publiée des mois après. Cette déclaration devra donc être adaptée
et concrétisée en fonction des réalités locales.
Et pour la réalité suisse, l’oecuménisme est sans conteste une priorité
majeure. Mais pas seulement pour la Suisse, comme l’a souligné avec force
Mgr Mamie, qui a estimé que l’évangélisation de l’Europe est certainement
empêchée par les divisions entre chrétiens. L’assemblée synodale l’a d’ailleurs explicitement affirmé en disant que "la nouvelle évangélisation de
l’Europe est un devoir commun de tous les chétiens et que de celui-ci dépend la crédibilité des Eglises dans la nouvelle Europe".
"Si l’on veut que le monde croie, il faut que l’on soit un entre évêques, entre évêques et prêtres, entre évêques et laïcs, entre catholiques
et protestants, c’est là notre priorité, et je ne tiens pas du tout à passer beaucoup de temps à parler de nos tensions, c’est en parlant d’autres
problèmes que nous les résoudrons", a encore déclaré Mgr Mamie, à deux semaines de son entrée en fonction comme nouveau président de la CES. Cet engagement oecuménique, le Synode l’a marqué en invitant des représentants
d’autres confessions chrétiennes qui ont eu le statut non pas d’observateurs, mais de "délégués fraternels" disposant du droit de prendre la parole durant le plénum et dans les groupes de travail.
Délégué de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS),
le pasteur Frank Jehle, de St-Gall, a remercié l’Eglise catholique pour
avoir invité des délégués oecuméniques, "auxquels le pape Jean Paul II tenait beaucoup". Le pasteur réformé s’est dit profondément touché d’avoir pu
participer, avec les autres "délégués fraternels" rassemblés autour du pape, à la célébration oecuménique le 7 décembre dans la basilique St-Pierre,
et d’avoir pu exprimer les préoccupations qui sont celles de son Eglise à
propos de la place de la femme dans l’Eglise, la protection de
l’environnement, les couples mixtes ou l’hospitalité eucharistique. Pour
lui, l’expérience a été très positive, notamment grâce à des rencontres
avec des personnalités de premier plan et de grand format comme le cardinal
Martini, archevêque de Milan, qui l’ont amené à abandonner quelques clichés
et préjugés. (apic/be)