Conférence de presse de la Conférence des évêques suisses (CES) (061290)
La balle est dans le camp de Coire, mais Zurich est appelé à faire un geste
Berne, 6décembre(APIC) Le "groupe de dialogue" de la Conférence des évêques suisses (CES), qui propose depuis septembre dernier ses bons offices
dans le conflit qui secoue le diocèse de Coire, a remis son rapport. La
balle est maintenant dans le camp de l’évêque de Coire, a souligné au cours
d’une conférence de presse jeudi à Berne Mgr Candolfi, président de la CES,
et des décisions de la part de Mgr Haas sont attendues "au plus tard au début 1991". Quant aux catholiques de Zurich, ils sont cependant appelés à
faire eux aussi des gestes significatifs, comme reconnaître la légitimité
de Mgr Haas ou verser leur contribution financière à l’évêché de Coire.
Une bonne partie des délibérations de la dernière assemblée ordinaire de
la CES, qui s’est déroulée du 3 au 5 décembre au centre de rencontres et de
formation "Le Cénacle" à Genève, a été consacrée à la situation du diocèse
de Coire. Depuis sa création, le "groupe de dialogue" - composé de Mgr Joseph Candolfi, évêque auxiliaire de Bâle, de Mgr Otmar Maeder, évêque de
St-Gall, et de Mgr Georg Holzherr, Abbé d’Einsiedeln - a travaillé intensément pour établir des ponts entre les parties en conflit. "L’affaire Haas"
a ainsi occupé depuis septembre trois évêques à raison de 2 à 3 jours par
semaine ! Le "groupe de dialogue" a maintenant accompli sa tâche et a cessé
d’exister.
Il a entrepris des négociations tous azimuts : notamment avec la Commission centrale catholique romaine de Zurich, les doyens zurichois, le Corpus
catholicum des Grisons, le mouvement conservateur "Pro Ecclesia", une délégation du séminaire de Coire et de la Faculté de théologie, les chanoines
de Schwyz, Uri et Unterwald, ainsi qu’avec Mgr Haas lui-même. Les médiateurs viennent de remettre leur rapport d’une vingtaine de pages à la CES,
à Mgr Haas et aux instances romaines. Il a été approuvé, souligne Mgr Candolfi, "par une grande majorité des évêques".
La situation en Suisse centrale est même plus sérieuse qu’à Zurich
Mgr Haas a déjà fait des concessions notamment pour les confirmations en
Suisse centrale et pour l’élection des doyens à Zurich. Mgr Haas devrait
renoncer à ce que ce soit l’abbé Casetti, qu’il a nommé vicaire général à
Zurich contre l’avis de la majorité de l’Eglise locale, qui préside les
élections des 5 doyens restant à élire à Zurich. Mgr Haas, qui souhaite
maintenant décider lui-même de la suite à donner aux propositions du rapport, a tenu à consulter son entourage avant de répondre positivement ou
négativement. Il semble que l’évêque de Coire se rende compte de la gravité
de la situation : il y a quelques mois encore, il estimait qu’elle n’était
pas si tragique, mais il a déclaré lui-même à ses confrères que la situation en Suisse centrale est même plus sérieuse qu’à Zurich !
La légitimité des bons offices du "groupe de dialogue" de la CES, mise
en cause par certains milieux en Suisse, a été confirmée par le Vatican le
19 octobre lors d’une visite de la délégation des évêques suisses au cardinal Gantin, préfet de la Congrégation pour les évêques et à Mgr Angelo Sodano à la Secrétairerie d’Etat. Le dialogue avec les instances romaines a
été "franc et loyal", a souligné Mgr Candolfi, qui pense que l’on comprend
mieux maintenant qu’il y a quelques mois encore la situation complexe de
l’Eglise catholique en Suisse, et que l’on en a une vision plus positive.
Crucifix : les évêques partagent l’indignation du peuple chrétien
Les évêques suisses, qui ont également abordé "l’affaire des crucifix"
au cours de leur assemblée, "regrettent très profondément" l’arrêt du Tribunal fédéral (TF) à ce propos et partagent "l’indignation de la très large
majorité du peuple chrétien". Ils notent que l’exposition publique de signes religieux s’inscrit dans le contexte de l’histoire et de la culture
d’un peuple. Par conséquent, il s’agit pour eux plutôt d’une question politique que juridique. La CES estime en outre que la notion de liberté de
conscience et de religion qu’a appliquée le TF "ne se situe pas nécessairement dans le contexte de l’ensemble du système juridique suisse et correspond davantage à la conception d’un Etat laïc plutôt que neutre".
La CES, si elle va continuer à suivre de près la nouvelle situation de
droit ainsi provoquée, ne va pas prendre elle-même l’initiative de déposer
plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. Elle ne verrait
cependant pas d’un mauvais oeil, si l’on en croit son secrétaire, le P. Roland Trauffer, que des personnes privées fassent recours à Strasbourg. S’il
ne veut pas qualifier nos juges suprêmes "d’iconoclastes", le P. Trauffer
souhaite que dans cette affaire "l’on fasse preuve de tolérance et qu’une
minorité ne terrorise pas la majorité".
Les Eglises espionnées : "La P-26 s’est disqualifiée elle-même"
Quant aux révélations de la Commission d’enquête parlementaire sur le
Département militaire fédéral (CEP2-DMF) selon lesquelles le Groupe de
renseignement et sécurité de l’armée (GRS) a surveillé le grand Rassemblement oecuménique européen "Paix et Justice" en mai 89 à Bâle, a laissé la
CES perplexe, voire "consternée". Mais, comme l’a souligné le P. Trauffer,
"nous ne pensons pas qu’il faille maintenant trop en faire, car l’action de
la P-26 se disqualifie tellement d’elle-même!" Notons encore que la CES a
nommé Mme Marlis Widmer (Herisau) à la tête de sa Commission des médias à
la place de l’abbé André Babel, qui reste cependant membre de ladite
Commission. (apic/be)