Conférence au Centre catholique d’étude à Lausanne (050592)
Lausanne, 5mai(APIC) Sous le titre générique "Science et responsabilité",
le Centre catholique d’étude de Lausanne organise un cycle de trois conférences, toutes animées par le Père Christian Duquoc. Quelque cinquante personnes se sont déplacées lundi 4 mai au Centre universitaire catholique
afin d’y entendre le premier épisode de cette trilogie durant lequel le Père dominicain a posé les éléments d’une réflexion à partir du thème "Peur
et pouvoir scientifico-technique incontrôlé". Sa démarche? Réinsérer la
responsabilité de l’individu, à travers la conscience d’une peur.
De phénomène individuel, la peur est devenue réalité collective. Elle
règne en Occident depuis que la nature est perçue telle qu’elle est, fragile et limitée dans ses resssources. Cela depuis que la science ne paraît
plus à même de parer à chaque nouvel effet, irréversible souvent et toujours pervers de la technique. La peur apparaît ainsi comme "le symptôme
d’un disfonctionnement" entre la perspective euphorique d’un progrès technique et la prise de conscience du caractère irréversible de certaines pratiques. Cette idée, c’est, Hans Jonas qui la développe dans son dernier
livre, "Le principe responsabilité". Et c’est sur ce texte que le Père
Christian Duquoc construit sa réflexion. Une utopie réalisée.
Notre réflexion fonctionne sous le sceau du "toujours plus". Seule la
techno-science peut répondre à la double utopie qui en découle. Une abondance matérielle indéfinimnement croissante, tout d’abord; la possibilité
de s’approprier cette abondance, ensuite. La première établit un rapport
pervers avec la nature, bientôt susceptible de produire "un champ de blé
dans le creux de la main". La seconde tend à la disparition du travail au
profit des hobbies.
Dans cette démesure réside la contradiction. L’utopie promettait une vie
libérée de toute contrainte. Or, pour Hans Jonas, le loisir n’a de valeur
qu’en fonction d’un travail, dont il marquerait la rupture. Supprimer l’occupation professionnelle, c’est supprimer le contraste; c’est installer la
monotonie. Donc l’enfermement. Nous sommes loin de l’espoir de liberté. Il
importe aussi de pallier au "risque d’embouteillage" que produirait la libéralisation des loisirs. La nécessité d’une bureaucratie se dessine, dont
la mission serait de répartir les individus en fonction des possiblités, de
les assister, de leur ôter toute responsabilité.
La perversion de la techno-science est double. Sociale, elle entraîne
l’aliénation de l’individu: "un désir assouvi est un désir détruit". Economique, elle est mortifère, et engendre la destruction de l’humanité par
l’anéantissement de son cadre de vie. Afin de sortir de cette spirale utopiste et destructrice tout à la fois, il devient nécessaire, conclut le Père Christian Duquoc, d’utiliser notre peur dans la prise de conscience de
cette menace, d’établir un contrôle non plus scientifique, comme c’est toujours le cas, mais éthique. "Nous devons abandonner la politique du toujours plus pour celle du suffisant". (apic/fcr/pr)