"Oui je me sens seul au sein de l’épiscopat"
Fribourg, 18septembre(APIC) Non, Mgr Willy Romélus, évêque de Jérémie,
petite ville à l’ouest d’Haïti, ne porte pas le gouvernement Bush dans son
coeur. Il l’accuse d’être à la base du putsch militaire du 30 septembre
1991 qui a renversé le président élu, le Père Aristide. Oui, Mgr Romélus se
sent bien seul au sein de la Conférence des évêques d’Haïti lorsqu’il
s’agit d’élever la voix - ce qu’il ne cesse de faire - contre l’assassinat
de la démocratie en Haïti et les meurtres de milliers de gens favorables au
président déchu. Il l’a dit jeudi soir à Fribourg, au cours d’une conférence publique donnée dans une salle comble du centre Sainte-Ursule.
L’élection du Père Aristide avait fait naître l’espoir dans les coeurs
du peuple haïtien, dans le coeur des défavorisés, des marginalisés et des
délaissés de cette île. "On pouvait sortir à nouveau librement la nuit comme le jour, sans craindre de se faire assassiner. L’économie reprenait,
l’argent commençait à rentrer. On combattait la corruption, la drogue et la
contrebande". Les pendules sont aujourd’hui remises à l’heure, à l’heure de
l’histoire la plus sombre du pays, à l’heure des magouilles, des assassinats, de la torture qu’Haïti connaissait sous le triste régime des Duvaliers.
Mgr Romélus ne mâche pas ses mots. Pas amère, parce qu’il croit que tout
peut encore changer. Parce que le courage de s’exprimer face à l’injustice,
de dénoncer la répression et de lutter pour plus de justice sociale, d’être
aux côté de ceux qui en ont le plus besoin l’emporte toujours sur l’amertume. Il dénonce, explique... et essaie de comprendre. De comprendre pourquoi
le nonce apostolique, Mgr Lorenzo Baldisseri, a présenté ses lettres de
créance au gouvernement militaire en avril dernier, un acte qui équivalait
à une reconnaissance de facto du régime né du putsch, de comprendre pourquoi le Vatican a permis cela... De comprendre le silence de Rome alors que
le clergé, comme de nombreux citoyens, sont pourchassés, persécutés, assassinés par le régime en place. Par les militaires qui détiennent le véritable pouvoir. De comprendre enfin le silence de la Conférence épiscopale de
son pays.
L’évêque de Jérémie n’hésite pas non plus à désigner des coupables. Le
coupable: "Ce coup d’Etat a été voulu par le gouvernement Bush et exécuté
par les militaires haïtiens, avec la participation d’une partie de la bourgeoisie du pays". Belle hypocrisie que celle qui consiste à condamner ensuite publiquement et pour la galerie le coup d’Etat, tout en fournissant
en sous-main les armes aux militaires haïtiens. Mgr Romélus ne voit pas encore la perspective d’un retour au pays du président Aristide, "bien que ce
soit seulement cela qui redonnera la paix à Haïti". D’un retour du président qui pourrait se faire..., notamment grâce aux marques de solidarité et
aux pressions du monde extérieur à l’ìle qui prendraient le pas sur l’indifférence. Mais c’est là une autre histoire. (apic/pr)