sur la vocation ecclésiale du théologien"
Par le Père Charles Morerod, OP, assistant en
théologie dogmatique à l’Université de Fribourg
Fribourg, 5juillet(APIC) Sous la houlette du cardinal Joseph Ratzinger,
la Congrégation pour la Doctrine de la Foi - organe chargé des questions
doctrinales - vient de publier un document intitulé "Instruction sur la vocation ecclésiale du théologien". L’Instruction ne dit rien de vraiment
nouveau: elle est essentiellement un tissu de citations du Concile Vatican
II. Son but est de rappeler ce qui est contesté et de préciser des modalités d’application.
Le travail du théologien consiste à réfléchir sur la foi. Le Magistère
(le pape et les évêques) est le gardien de cette foi; son rôle n’est donc
pas théologique à proprement parler, mais consiste à veiller à ce que les
théologiens restent dans le cadre de la foi.
Le problème réside dans l’application du cadre général aux cas particuliers. certes l’infaillibilité est reconnue à certains dogmes, mais quelle
attitude faut-il avoir par rapport aux autres déclarations du Magistère ?
L’Instruction rappelle ce qu’a dit à ce sujet le Concile Vatican II, à savoir que même lorsqu’un énoncé du Magistère n’est pas infaillible, les fidèles lui doivent un "assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence". Ce point restera toujours difficile à saisir et à vivre: on ne peut
le comprendre que dans une attitude spirituelle.
Il convient de situer un tel document dans son contexte. D’abord le
contexte de ces trente dernières années: dans l’Eglise, chacun cherche un
nouveau souffle, souvent un peu maladroitement. Le rapport entre les
théologiens et le Magistère a évolué. La rigueur longtemps maintenue en
matière doctrinale explique que, lorsque l’on a soulevé le couvercle,
certains théologiens aient mal interprété cette soudaine liberté.
L’application du Concile Vatican II demandera encore du temps et on assiste
maintenant à un réajustement.
L’intention de ce nouveau document est d’éviter que trop souvent les fidèles soient ébranlés dans leur foi par des assertions trop peu mûries et
trop peu humblement énoncées. Le cardinal Ratzinger expliquait au quotidien
"La Croix" du 28 juin que "si une personne prétend parler au nom de l’Eglise, sa liberté d’expression doit s’harmoniser avec la nécessité de dire réellement ce qu’est la foi de l’Eglise". On définit ainsi l’éthique professionnelle des théologiens. Parfois, il suffit d’attendre: il peut arriver
que ce qui a été jugé dangereux à un moment donné se révèle acceptable par
la suite. Le document reconnaît "qu’il est arrivé que des documents magistériels ne soient pas exempts de déficiences... seul le temps a permis
d’opérer le discernement et, à la suite d’études approfondies, d’aboutir à
un vrai progrès doctrinal". En théologie comme en toute science, un moratoire est parfois nécessaire.
Certes, d’une part quelques théologiens ont manqué de prudence; d’autres
sont peut-être même des imposteurs hypocrites dont l’appartenance à l’Eglise catholique n’est qu’un gagne-pain. Certes, d’autre part le spectre de
l’Inquisition contribue à jeter le soupçon sur toute reprise en mains par
le Magistère. Dépassons la mise en exergue caricaturale de ces cas limites
qui s’encouragent mutuellement pour voir l’enjeu crucial du rapport entre
la réflexion et la foi: l’Eglise a toujours besoin de l’une comme de
l’autre. Rien n’est plus ruineux que le divorce entre une vitalité
religieuse pieuse et peu réfléchie et une vitalité intellectuelle froide et
peu croyante. Le problème n’est pas que catholique: que l’on songe à la
méfiance réciproque entre les protestants évangéliques fondamentalistes et
leurs facultés de théologie. Dans cette recherche d’équilibre, tous peuvent
gagner à s’inspirer encore de saint Thomas d’Aquin, de son équilibre entre
foi et raison, entre prière et étude, entre conscience personnelle et
fidélité humble et totale à l’Eglise qu’il aimait.
Charles Morerod, OP, assistant en théologie dogmatique