Commémoration de l’assassinat des six jésuites de l’UCA en 1989 (151190)
Vienne, 15novembre(APIC) Le droit et la justice pour "les milliers de
persécutés et de sans-voix" du monde entier sont au premier plan des préoccupations de la Compagnie de Jésus lorsqu’elle commémore l’assassinat, qui
s’est produit le 16 novembre 1989, de six jésuites et de deux femmes à
l’Université centro-américaine UCA de San Salvador, a déclaré jeudi à
l’agence catholique autrichienne "Kathpress" le Père Gerwin Komma, provincial des jésuites d’Autriche. Les jésuites n’oublieront pas non plus à cette occasion tous les leurs assassinés dans le monde entier.
Le Père Komma, qui déplore le fait que les enquêtes entreprises au Salvador au sujet de ce massacre n’ont pas abouti, constate que la vérité,
loin d’être un jour connue, sera dissimulée. Il accuse à ce propos les
Etats-Unis: "Les députés au Congrès eux-mêmes n’ont pas eu accès aux documents des services secrets américains. Il est évident que les collaborateurs des services secrets ont joué un rôle pour le moins douteux dans cet
attentat". Le Père José Maria Tojeira, provincial des jésuites d’Amérique
centrale, est à bout: il a annoncé qu’il allait rendre public tout ce qu’il
sait sur cette affaire, a déclaré le Père Komma, qui va de son côté demander au gouvernement autrichien de faire pression sur les Etats-Unis.
Le ministre de la défense veut purger l’armée d’"éléments criminels"
La menace faite par le Père Toreija de rendre public tout ce qu’il sait
sur l’assassinat des jésuites pourrait mettre dans l’embarras le pouvoir et
l’armée au Salvador, estiment les observateurs. Dans une déclaration prononcée lundi à San Salvador, le colonel Emilio Ponce, nommé le 1er septembre ministre de la défense et que la revue "Carta a las Iglesias", éditée
par l’UCA, n’hésite pas à incriminer, a demandé que l’on purge l’armée salvadorienne d’"éléments criminels". Il a annoncé son intention de restructurer l’armée et de réduire ses effectifs à condition que le processus de
paix qui se met en place sous la surveillance des Nations Unies progresse
encore. Sa déclaration intervient après la décision des Etats-Unis de réduire de moitié leur aide militaire au Salvador.
Mgr Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire de San Salvador, a pour sa
part déploré qu’une partie de l’armée salvadorienne bloque les enquêtes en
cours sur l’assassinat des jésuites. Cependant le Salvador, a-t-il relevé,
est arrivé à un tournant en ce qui concerne les droits de l’homme, tournant
qui empêche l’armée elle-même de revenir en arrière. (apic/kpr/kna/cor)