Comme concilier spiritualité, culture et loisir? Pour cette période de vacances estivales, l’Apic propose jusqu’au début juillet sept sorties ou randonnées à caractère religieux dans différentes régions de la Suisse, que les journalistes de notre agence o
Romont: Découvrir à pieds les vitraux de la région de Romont
Une randonnée idéale pour amateurs d’art et bons marcheurs!
Bernard Bovigny, Apic
Romont, 20 juin 2008 (Apic) La petite ville de Romont, sa colline, son Vitromusée, sa collégiale, sa région vallonnée, les vitraux des églises environnantes: tout cela en une journée et à pieds. Le "sentier du vitrail" constitue une sortie idéale pour les amateurs d’art sacré, et surtout pour les marcheurs qui ne rechignent pas devant l’effort!
En quittant la gare de Romont pour se rendre à la Collégiale, première étape du parcours, le promeneur est averti. Les découvertes de vitraux, il faudra les mériter. Ca grimpe déjà sec dès le début du parcours. Pas étonnant que Romont ait été choisi pour accueillir la tradition des Pleureuses de la Passion. A côté de la colline sur laquelle est juchée la ville, la montée au Golgotha prend des allures de promenade de santé.
Mais le trajet constitue une bonne mise en jambes et le résultat en vaut la chandelle. La Collégiale de Notre-Dame de l’Assomption, du 13e siècle, est un véritable musée du vitrail à elle seule. Le contraste entre les oeuvres d’époques et styles très différents est saisissant. Deux vitraux du choeur latéral, et ceux du collatéral sud, proviennent même de l’époque savoyarde. Mais la série la plus remarquable est indéniablement celle de Sergio de Castro, dans le collatéral nord. Cinq figures de l’Ancien-Testament illustrent de façon symbolique le thème de l’Alliance avec Dieu. Le visiteur passera volontiers un bon moment de méditation, parfois entrecoupé par la visite d’une classe de catéchèse ou la présence d’un fidèle venu se recueillir. La collégiale a beau prendre des allures de musée, elle reste tout de même une église paroissiale.
L’abbaye de la Fille-Dieu, à Chavannes-sous-Romont, se trouve à un jet de pierre du centre ville. Le couvent dégage de l’extérieur une impression d’austérité: construction classique avec chapelle, maison d’accueil, parking et clôture. Mais l’entrée dans l’église surprend. Les vitraux de l’artiste anglais Brian Clarke sont résolument modernes. On ne les comprend pas, on les découvre. L’artiste lui-même, interrogé lors de l’inauguration sur le sens de son oeuvre aurait déclaré: "Je n’en sais rien. Je ne suis pas poète". Seul élément figuratif: le vitrail du fond du choeur illustre visiblement l’Esprit saint, sous la forme d’un vol de colombes qui passent du rouge au jaune.
Les deux chapelles de Berlens
Le trajet de la Fille-Dieu à Berlens emprunte le contrefort du Gibloux, une montagne qui déroule ses pentes sur trois districts fribourgeois. Le promeneur va quitter la rivière La Glâne pour longer une route, puis suivre un chemin menant à une ferme. Une piste d’herbe foulée indique alors qu’un autre randonneur a remonté le ruisseau sur la gauche. Un panneau placé quelques centaines de mètres plus haut confirme que l’itinéraire était le bon. Après une heure de marche, les premières maisons du village de Berlens apparaissent. Deux lieux de culte se présentent au centre du village: une bâtisse d’apparence abandonnée et une chapelle moderne, dans laquelle s’élance avec confiance le promeneur. Raté. C’est dans le vieux sanctuaire, un haut lieu de pèlerinage dans lequel les pèlerins viennent depuis le Moyen-Âge implorer la Vierge pour guérir de leurs yeux malades, que se trouvent les vitraux de Jean Bazaine. La série d’oeuvres est basée sur le thème des mystères du rosaire dans le choeur et sur les quatre saisons de l’Aubépine dans la nef. Elle s’adapte parfaitement au caractère de cette chapelle fort ancienne, restaurée de 1973 à 1980.
A la sortie de Berlens, l’église de Grangettes apparaît à hauteur des yeux, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau. Mais un panneau indiquant une forte déclivité en direction de la rivière La Neirigue annonce le topo: la remontée sera rude. Mais allégée par la présence d’un chemin creux ombragé, au terme duquel l’église réapparaît de façon majestueuse.
L’église de Grangettes domine le village du haut d’un monticule. L’effort consenti par le promeneur pour l’atteindre sera récompensé. Les vitraux expressionnistes d’Anselmo Francesconi représentent de façon criante des scènes de la Passion et de la mort du Christ. Celui du couronnement de Marie, au fond du choeur, apporte un espace de sérénité au milieu de ces scènes très expressives de flagellation, de couronnement d’épines ou de montée au Calvaire.
L’église de Mézières, oeuvre du mouvement Saint-Luc
Retour par le même chemin creux vers le hameau de La Neirigue. Puis, le parcours traverse une forêt. Après une bonne heure de marche, un quartier de villas indique la présence d’une commune de taille respectable. Voilà Mézières, avec son église construite en 1939 par Fernand Dumas, figure de proue du mouvement Saint-Luc. L’édifice constitue, avec le Vitromusée et la Collégiale de Romont, le point d’orgue du parcours. Le regard du visiteur est immédiatement attiré par l’immense peinture sous verre, la plus grande au monde paraît-il, qui occupe tout le fond du choeur. Cette oeuvre d’Emilio Beretta représente la délivrance de l’apôtre Pierre par un ange. Les deux rangées de 17 vitraux abstraits de Yoki Aebischer, natif de Romont, créent une atmosphère de recueillement dans cette église déjà richement décorée d’oeuvres figuratives, avec une série de tableaux sous verre du chemin de croix, également de Beretta, de chaque côté. L’ensemble de l’édifice dégage une magnifique impression d’équilibre entre le bois brun foncé de la tribune et des bancs, et le verre dont sont également constitués l’autel, la table de communion et l’ensemble du mobilier liturgique. Le visiteur se prend à envier les paroissiens de Mézières, qui ont chaque dimanche l’occasion de célébrer la messe dans un environnement si propice à la méditation.
Après plus de 5 heures de randonnée, le marcheur devra suer une dernière fois pour monter la longue série d’escaliers qui part de la Parqueterie, puis emprunter la route jusqu’au château de Romont, où se trouve le Vitromusée, ou "Musée suisse du Vitrail et des arts du verre". Sa journée de marche se conclura par la découverte de remarquables collections de vitraux et de peintures sous verre. Tout cela sur trois étages. Et, Dieu merci, avec ascenseur!
Encadré:
Le Vitromusée propose actuellement, et jusqu’au 2 novembre, une exposition "Légendes dorées / rondels des anciens Pays-Bas du XVe au XVIIe siècle". Plus de 70 pièces provenant de collections privées sont présentées sur fond de paysages actuels des Pays-Bas. Dans les expositions permanentes, il convient de noter un large éventail de vitraux du Moyen Âge à nos jours, et une remarquable collection de peintures sous verre. Toute une section est même consacrée aux outils du travail sur verre.
Encadré:
L’inauguration du Musée suisse du vitrail, en 1981, a donné une nouvelle impulsion à l’art du vitrail dans la région de Romont. La ville elle-même a vu naître Yoki Aebischer, et a connu le passage d’Alexandre Cingria et de l’architecte Fernand Dumas. Les paroisses environnantes qui ont rénové leur église ont alors fréquemment fait appel à des artistes contemporains pour orner leurs façades de vitraux. Mais pas seulement elles. La tradition du vitrail a même été reprise à Romont par le nouveau Centre Coop, par l’école secondaire et par le restaurant de La Poularde.
Encadré:
La région de Romont regorge d’églises et de chapelles ornées de vitraux modernes de styles très différents. Les amateurs d’art pourront également faire un crochet dans plusieurs autres églises paroissiales, citées dans l’ouvrage du chanoine Gérard Pfulg "Vitraux modernes Romont (FR) et environs" publié par la Société d’Histoire de l’Art en Suisse:
- Porsel: Vitraux de deux artistes fribourgeois: Jacques Cesa et Gaston Thévoz;
- Promasens: Vitraux de Jean de Castella, de Willy Jordan et de Yoki;
- Ursy: 19 fenêtres et deux oculi réalisés par le Fribourgeois Charles Cottet;
- Siviriez: Vitraux d’Alexandre Cingria, Gaston Favarel, Théodore Strawinsky (fils du célèbre compositeur) et Samuel Buri;
- Orsonnens: Vitraux d’Alexandre Cingria et de Willy Jordan;
- Autigny: Vitraux d’Alexandre Cingria;
- Cottens: Vitraux de Bernard Schorderet;
- Torny-le-Petit: Vitraux et vitrage coloré par le peintre Claude Sandoz.
Pratique:
Le sentier du vitrail n’est pas toujours facile à trouver. Il est recommandé de se munir d’une carte détaillant le parcours, comme:
- Carte au 50’000e de la région de Bulle (252 T);
- Carte pédestre La Gruyère au 50’000e;
- ou le "Guide pédestre du Pays de Fribourg"
Le Vitromusée est ouvert entre avril et octobre du mardi au dimanche, de 10h à 13h et de 14h à 18h. De novembre à mars: jeudi à dimanche de 10h à 13h et de 14h à 17h.
Sites internet:
www.romont.ch
www.vitromusee.ch
www.pays-du-vitrail.ch
www.region-romont.ch
Des photos illustrant le sentier du vitrail peuvent être commandées à l’Apic:
apic@kipa-apic.ch. Prix: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.
(apic/bb)