Colombie: un Indien paez incarne à (120990)
Bogota, 12septembre(APIC) S’il est un souvenir qui reste gravé dans la
mémoire des Colombiens plus de quatre ans après la visite du pape dans leur
pays, c’est celui de l’intervention de Jean Paul II, s’interposant pour que
Guillermo Tenorio, un Indien Paez, puisse lui livrer son message qui dénonçait l’assassinat d’un prêtre. Le premier rôle qu’il tenait alors, Guillermo Tenorio le retrouvera. Mais dans un film cette fois où il incarne à
l’écran le prêtre indigène assassiné.
Des millions de personnes avaient sursauté au moment où le chef de protocole du diocèse de Popayan avait brusquement interrompu Guillermo Tenorio, alors qu’il essayait de lire au pape une lettre dans laquelle il dénonçait l’assassinat d’un prêtre indigène de sa communauté. Le pape ordonna
que l’on permette à Tenorio d’en poursuivre la lecture. Les Colombiens et
le monde entier avaient ainsi été mis au courant de l’existence engagée et
de la mort violente d’Alvaro Ulcue Chocue, le prêtre indigène assassiné
dont la vie est aujourd’hui portée à l’écran.
La liste est longue des défenseurs des droits de l’homme, leaders de
mouvements populaires et de groupes ethniques, syndicalistes, représentants
de communautés ecclésiales de base à avoir été assassinés en Colombie ces
dernières années. Parmi les principales victimes des violations des droits
de l’homme - enlèvements, séquestrations, tortures, assassinats - figurent
les représentants des quelque 75 groupes ethniques qui subsistent dans ce
pays. L’Eglise populaire a elle aussi payé un lourd tribut à la répression:
des catéchistes, des animateurs de communautés de base, des agents pastoraux, des prêtres au nombre desquels figurent notamment Alvaro Ulcue Chocue
et Ime Garcia (1984), le belge Daniel Gillard (1985), Bernardo Lopez Arroyave (1987), Jaime Restrepo Lopez (1989).
Une primeur pour le regard "blanc"
Les producteurs du film ont dû vaincre la réticence de Guillermo Tenorio
à paraître en scène pour le persuader à accepter le premier rôle d’un film
consacré à la vie, au combat et à la mort violente d’Alvaro Ulcue Chocue,
prêtre paez et sociologue du Conseil régional indien de Colombie.
Le Principal intérêt du film est la place qu’il donne aux indigènes et à
leur culture. Le scénario a été révisé en permanence avec les Indiens Paez,
de manière à respecter le contexte culturel. Cette façon de procéder a permis de mettre en valeur, pour la première fois, et parfois de récupérer des
rites et traditions jusqu’ici refusés au regard "blanc". Il va sans dire
que les principaux protagonistes du film sont des Indiens. La maman ellemême du Père Ulcue Chocue a accepté de jouer la scène dans laquelle il
vient prendre congé d’elle, sachant qu’il sera assassiné.
Le réalisateur et son équipe technique ont voulu se mettre au service de
l’histoire et de la langue paez, qui ne sont pas les leurs. Non seulement
le titre du film, "Na Mantey Yuwe", mais les dialogues mis dans la bouche
des indigènes sont en paez, ce qui signifie aussi qu’il a fallu, pour de
nombreuses séquences, recourir au sous-titrage. (apic/cip/pr)