Colombie: seule une véritable réforme agraire apportera la paix (281088)
Fribourg, 28octobre(APIC) La terre appartient à ceux qui la travaillent.
En Colombie comme dans le reste de l’Amérique latine, ce slogan inlassablement répété par les "campesinos" - les paysans - est loin d’être réalité.
Gabriel Barrios, un "campesino" colombien en témoigne. Assesseur de l’Association nationale des agriculteurs (ANUC) qui groupe dans son pays plus de
400.000 agriculteurs sans terre, il est actuellement en tournée en Europe
dans le but de rencontrer des organisations paysannes, des mouvements de
solidarité et solliciter des appuis. De passage à Fribourg, il a expliqué à
l’agence APIC pourquoi la journée du jeudi 27 octobre avait été décrétée
journée de grève nationale en Colombie.
La situation se détériore de jour en jour, et la répression exercée par
le gouvernement par l’intermédiaire des Forces armées est de plus en plus
violente, témoigne Gabriel Barrios. Pour ce dernier, c’"est la guerre que
veut la classe dirigeante de Colombie". Car si cette dernière vouliat réellement un changement économique et social, c’est dans le sens des réformes
qu’elle agirait. Or c’est précisément le contraire qui se produit, affirme
le leader paysan. Convoquée par les organisations syndicales, estudiantines, populaires et agraires, la grève nationale de jeudi a été décrétée
afin de revendiquer des améliorations salariales, le blocage des prix pour
les produits de première nécessité et, en ce qui concerne le secteur agricole, une véritable réforme agraire.
1,5 million de paysans sans terre
Il faut savoir, dit Gabriel Barrios, que plus d’un million et demi de
paysans n’ont aujourd’hui même pas un lopin de terre à cultiver et que
moins de 10% de la population accapare quelque 90% des terres. Or, poursuit
le dirigent de l’ANUC, sur 30 millions de Colombiens, 9 millions "vivent"
dans les campagnes et donc de la terre. En 1986, les organisations paysannes avaient pourtant formulé un certain nombre de propositions...notamment
une meilleure répartition de la terre, des crédits à long terme pour
l’agriculture, une assistance technique, des meilleurs moyens de transports
et de communications, etc. Aujourd’hui, dit Gabriel Barrios, un paysan au
bénéfice d’un crédit doir rembourser un intérêt annuel de 23%.
Ces propositions, le gouvernement a refusé de les prendre en considération, relève Gabriel Barrios puisque peu de temps après, il approuvait une
loi sur une pseudo réforme agraire: "Cette loi balayait l’ensemble de nos
demandes". Ce qui prouve, affirme-t-il, que la classe dominante en Colombie
n’a aucune volonté de changement. Du reste, poursuit-il, "près de 80% des
membres du parlement sont de gros propriétaires fonciers. Deux ministres, à
eux seuls, accaparent 55.000 hectares de terre". En mai dernier, une marche
de protestation qui réunissait quelque 120.000 "campesinos" s’est terminée
dans le sang avec la mort de 57 agriculteurs tués par les Forces armées.
Demander la paix ne suffit pas
Les mouvements subversifs? "Eux veulent renverser le gouvernement. Pas
nous, car notre lutte se situe au niveau d’une réforme agraire démocratique". Toutefois, déclare Gabriel Barrios, la subversion n’est rien d’autre
que la conséquence des décisions prises par un gouvernement qui ne tient
aucunement compte des revendications populaires. Interrogé au sujet de
l’appel à la paix et à la réconciliation nationale récemment lancé par la
Conférence épiscopale colombienne, Gabriel Barrios est d’avis que le problème n’est pas d’appeler à la paix mais de s’attaquer aux racines du problème, c’est-à-dire notamment réaliser une véritable réforme agraire.
(apic/pr)