Colombie: Nouveau prêtre assassiné par les Escadrons de la Mort (140689)
Bogota/Fribourg, 14juin(APIC) La liste des prêtres assassinés en Colombie
dans l’exercice de leur ministère s’est encore allongée avec la mort du P.
Sergio Restrepo, 50 ans, survenue le 1er juin à Tierralta, dans le département de Cordoba, au nord de Bogota. Le prêtre, abattu par deux inconnus appartenant sans doute aux Escadrons de la Mort, travaillait en compagnie de
plusieurs autres prêtres dans le cadre du "Programme pour la Paix" de la
Compagnie de Jésus. Des menaces de plus en plus précises pèsent actuellement sur de nombreux prêtres en Colombie. L’un de ceux-ci, qui a dû fuir,
se trouve actuellement à Fribourg.
Le P. Restrepo avait notamment participé à la mise sur pied d’un musée
culturel qui abrite et sauvegarde l’héritage culturel de la communauté indigène Sinu ainsi que d’une bibliothèque publique. Il avait également contribué à l’amélioration de l’école. Des activités qui ne plaisent pas à
tout le monde puisque durant ces derniers mois, pour des raisons analogues,
plusieurs laïcs et prêtres ont reçu des menaces de mort. En un peu plus de
4 ans, une dizaine de prêtres ont ainsi payé de leur vie leur engagement
pastoral en faveur des plus démunis en Colombie.
"Ces assassinats et ces menaces ne représentent qu’un aspect de ce qui
se passe en Colombie", déclare à l’agence APIC Freddy Alvarez, prêtre
diocésain à Malaga Soata, dans le département colombien de Santander. Aujourd’hui réfugié à Fribourg, il révèle avoir quitté la Colombie il y a
deux mois à la suite de menaces verbales de mort de la part des militaires... ainsi que d’autres, écrites, mais anonymes cette fois. "La dernière
menace m’a été envoyée sous la forme d’une insulte me demandant de quitter
le pays; elle était formulée sur une des pages du document "Instruction sur
quelques aspects de la théologie de la libération", du cardinal Joseph Ratzinger.
"Pour l’armée, favoriser l’éducation est un crime"
Freddy Alvarez voit trois raisons à ces menaces: il avait dénoncé les
assassinats par l’armée de cinq "campesinos" auprès du procureur ainsi que
la déportation brutale de quelque 200 autres; sa participation active à la
lutte de revendication des paysans pour obtenir des professeurs dans les
écoles et pouvoir bénéficier de l’eau en suffisance, etc; enfin, l’orientation de son travail pastoral, qui ne se limite pas seulement à la célébration, mais qui touche également de près aux problèmes de la pauvreté et
de la misère du peuple. "Favoriser l’éducation populaire des
paysans, pour les militaires, ces activités relèvent du communisme",
lance encore Freddy Alvarez.
La plupart des assassinats en Colombie sont attribués par les autorités
elles-mêmes aux Escadrons de la Mort, ces groupes paramilitaires d’extrêmedroite. En 1988, le Procureur de la République, Horacio Serpa Uribe, avait
notamment déclaré que les "Escadrons de la Mort bénéficiaient certainement
de la protection et de l’accord des notables et de quelques membres des autorités gouvernementales étant donné la liberté avec laquelle ils opèrent".
Et en toute impunité.
Pour sa part, Amnesty International, sur la base de centaines de cas,
est arrivée à la conclusion que ces assassinats et menaces sont commis par
des unités composées par des personnes appartenant à la police et à l’armée, sous le commandement de hautes instances de l’armée et avec la collaboration de certaines couches civiles de la population. Les Escadrons de la
Mort et l’armée colombienne ne se sont en effet jamais affrontés jusqu’à ce
jour. (apic/pr)