des militaires qui l’ont ensuite "aidé" à mourir
Bruxelles, 11octobre(APIC/CIP) Grièvement blessé à la tête par une patrouille militaire le 10 avril 1986 à Cali, en Colombie, le Père Hubert
Gillard, un religieux assomptionniste limbourgeois, mourait six mois plus
tard. Version officielle: sa jeep avait été mitraillée "par erreur" lors
d’une opération menée contre la guérilla. Une version aujourd’hui démentie
par un agent de la surêté colombienne dans un long document qui fait l’objet d’un numéro spécial de "La Gazette Colombienne", une publication de la
section bruxelloise du Comité des Droits de l’Homme en Colombie.
Dans son témoignage, remis au mois d’août au Procureur de la République
colombienne et qui porte sa signature authentifiée davant notaire, Ricardo
Gamez Mazuera dit avoir, au cours de douze années de travail dans les services de la Sûreté, "acquis peu à peu la conviction que les méthodes qui y
sont utilisées violent les lois mêmes de la République" et que s’y commettent "de véritables crimes qui m’ont placé devant un cas de conscience toujours plus insupportable". Malgré les risques énormes que cela comporte
pour sa sécurité personnelle et celle de sa famille, Gamez a décidé de renoncer à son travail et de demander aux autorités compétentes de mener une
enquête sur les méthodes utilisées par la Sûreté colombienne.
Tortures, enlèvements, assassinats, etc. sont décrits avec précision.
Gamez n’hésitant pas à citer des noms. Dans le cas du Père Gillard, il confirme ce que soupçonnaient, depuis le début, les amis du missionnaire belge, à savoir qu’il était "aussi" dans le collimateur du B-2 (le service
d’information de l’armée), "parce qu’on considérait que son travail de
conscientisation amenait les gens à devenir trop exigeants vis-à-vis du
gouvernement". Le Père Gillard avait en effet créé, dans un quartier pauvre
de Cali, une "Association pour les problèmes civils et pastoraux". L’Association avait elle-même mis sur pied un centre médical, une chapelle, une
école et, pour couronner le tout, un centre de formation professionnelle
pour les jeunes.
C’est alors qu’il rentrait d’une réunion consacrée à la gestion de ce
centre que le P. Gillard a été la cible des militaires. "Cette nuit-là, raconte Ricardo Gamez, ils l’ont attendu près de la paroisse. Ils l’ont laissé passer en voiture et, à dix mètres, ils lui ont crié l’ordre "Alto"
alors qu’il ne pouvait plus l’entendre, avant d’ouvrir le feu sur lui. Un
des agents qui est participé à l’attentat est l’agent Mendez, surnommé "La
Yegua", qui avait été envoyé spécialement de Bogota pour ce travail".
Le Père Gillard a été hospitalisé à la clinique El Seguros et, disent
des amis, laissé sans soins adéquats. La vérité est plus cruelle encore.
"Plus tard, raconte Gamez, le capitaine Rodriguez, du S-2 du Bataillon de
Cali, ordonna de lui retirer l’oxygène "pour l’aider à bien mourir".(apic/cip/pe)