Colombie : huit prêtres assassinés en quatre ans (070488)
Fribourg, 7 avril (APIC) "Nous vivons en Colombie dans une situation pire
que celle du Chili", affirme Gloria Flores, membre du Comité de solidarité
avec les prisonniers politiques de Colombie (CSPP). De passage à Fribourg,
la militante des droits de l’homme colombienne a analysé pour l’agence APIC
l’attitude de l’Eglise en Colombie face à la violence politique qui a coûté
la vie l’année dernière à près d’un millier de personnes, dont celle de
trois prêtres.
L’armée se serait donné 15 ans pour "nettoyer le pays", rapporte Gloria
Flores. Elle ajoute : "La guerre sale est sélective, elle touche surtout
les personnes de gauche et les membres d’autres partis (notamment libéral
et conservateur) qui défendent les droits de l’homme". 140 groupes paramilitaires existent aujourd’hui dans le pays, de l’aveu même du gouvernement.
Ils assassinent et font disparaître les personnes engagées politiquement ou
socialement. On a compté pour 1987 quelque 1000 assassinats dans le pays.
Parmi les victimes, des dirigeants ouvriers, des militants syndicaux et
paysans liés aux organisations populaires, des chrétiens, des prêtres.
Gloria Flores a transmis à l’agence APIC le nom de 8 prêtres assassinés
durant ces quatre dernières années. Les groupes paramilitaires ont assassiné 6 d’entre eux : Alvaro Urcue Chocue en 84, Irne Garcia Diaz (prêtre de
l’Eglise vieille catholique) en 85, Javier Alvarez Vergas, Bernardo Lopez
Arroyave et Alfonso Burbano en 87, et Jaime Restrepo en janvier dernier.
Daniel Hubert Guillard, un prêtre belge, a été victime d’un attentat
organisé par l’armée régulière en 85. Il est décédé après 6 mois de coma.
C’est la mafia de la drogue qui a assassiné en 87 Luis Angel Gutierrez
Ochoa.
Interrogée sur la façon dont l’Eglise réagissait face à la violence exercée par l’armée et les groupes paramilitaires, Gloria Flores affirme :
"L’Eglise n’a pas pris position très clairement. Elle a appuyé plutôt le
gouvernement". La militante colombienne estime que l’Eglise présente deux
visages. Il y a l’Eglise populaire, soucieuse d’aider la population et
l’"autre Eglise", "qui n’a pas pris parti ou qui ne s’est pas distancée de
la classe dirigeante". Pour Gloria Flores, il ne suffit pas de dénoncer la
violence de manière générale, "il faut parler aussi des causes qui engendrent la violence" : l’inégalité sociale, le chômage et la pauvreté absolue. Il y a à Bogota même, souligne-t-elle, un million de personnes qui vivent dans la misère la plus totale. (apic/ym)