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    Colloque "Rerum Novarum" à l’Université de Fribourg (260491)

    La Suisse malade elle aussi de sa pauvreté

    Fribourg, 26avril(APIC) On savait le monde malade de sa pauvreté, on a

    découvert une Suisse discrètement mais sûrement atteinte par ce phénomène

    qui touche les personnes âgées, les femmes seules, les familles, les jeunes

    et les enfants. La troisième journée consacrée à l’encyclique "Rerum Novarum" à l’Université de Fribourg a soumis vendredi matin le public au choc

    des réalités. Quatre orateurs pour quatre thèmes: la pauvreté dans le monde, la pauvreté en Suisse, les problèmes liés à ce phénomène que rencontrent les femmes, mais aussi les familles monoparentales, de plus en plus

    nombreuses.

    En 1980, on recensait en Suisse près de 124’000 personnes seules avec

    charge de famille. Combien sont-elles aujourd’hui? Pour Lucrezia MeierSchatz, secrétaire centrale suisse de Pro-Familia, les familles monoparentales, compte tenu d’un taux de divorcialité croissant, sont de plus en

    plus nombreuses. La société et son évolution n’y sont pas pour rien: la société toujours plus tolérante à l’égard du divorce et la dévalorisation de

    l’institution matrimoniale, considérée il y a 40 ans encore pour la majorité comme un instrument indispensable à la survie et à la reproduction sociale, ont conduit à un manque d’harmonie entre la société et la famille.

    Ces changements, a constaté l’oratrice, sont souvent synonymes de difficultés qui conduisent de plus en plus fréquemment à la séparation, voire au

    divorce. Conséquences: dans plus de 90% des situations, la charge des enfants est confiée à la mère et les femmes se retrouvent ainsi seules avec

    pour unique sécurité financière parfois le versement mensuel des pensions

    alimentaires. Leur condition de femmes mariées et au foyer n’a pas permis

    pour nombre d’entre elles d’acquérir une formation. De nombreuses études

    attestent du reste qu’aujourd’hui, en Suisse notamment, la proportion de

    femmes au bénéfice d’un faible revenu est anormalement élevée. La politique

    familiale, déplore la conférencière, repose encore largement sur le concept

    traditionnel de la famille. Un concept qui ne répond plus aux impératifs

    d’une société en mutation.

    Pauvreté dans le monde, mais pauvreté en Suisse aussi

    La famille aussi était au centre des préoccupations de Geneviève de

    Gaulle-Anthonioz, présidente du Mouvement ATD Quart-Monde France. La famille des sans-voix dans le monde confrontée à la misère et à la détresse;

    celle en faveur de laquelle le Père Joseph Wrésinski (1917-1988), fondateur

    d’ATD Quart-Monde, a consacré le meilleur de sa vie. C’est de lui, de son

    combat surtout qu’a témoigné l’ancienne résistante Geneviève de Gaulle-Anthonioz, en retraçant l’histoire du Père Joseph, faite de solidarité et

    d’amour.

    "Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de

    l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré",

    a écrit le Père Wrésinski. Dans ce sens, et parce qu’elle ne parvient plus

    à dissimuler ses pauvres, la Suisse viole elle aussi les droits de l’homme.

    Un paradoxe que le professeur Jean-Pierre Fragnière a soulevé dans sa conférence "Pauvreté dans un pays nanti".

    En Suisse, si l’on se réfère à la plupart des travaux disponibles, on

    peut estimer qu’en retenant les seuils choisis par des organismes internationaux officiels, le nombre de pauvres peut représenter une proportion

    estimée entre 8 et 15%. C’est ainsi que 8% de pauvres représentent quelque

    500’000 personnes. Pour le professeur Fragnière, certains groupes sociaux

    sont cependant plus exposés à la pauvreté que d’autres. Il s’agit essentiellement des personnes âgées, des femmes, des jeunes, des chômeurs, des

    travailleurs immigrés et les clandestins en particulier, des malades, des

    prisonniers et ex-détenus, des analphabètes...

    Des pauvres discrets dans une Suisse "propre en ordre"

    Dans une Suisse "propre en ordre", les stigmates de la pauvreté ne sont

    plus là pour désigner cette insupportable réalité: cent ans d’efforts et

    l’abondance des biens ont éliminé le plus souvent les haillons et la saleté. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que le pauvre soit discret,

    relève Jean-Pierre Fragnière à l’attention de ceux qui pourraient s’étonner

    qu’en Suisse la pauvreté soit bien réelle, dans "notre système social,

    notre système marchand profondément monétarisé" où tout s’achète, tout se

    paie, même l’eau. Une réalité sur laquelle est encore revenue Rösy Blöchliger-Scherer, présidente de la Ligue suisse de femmes catholiques dans sa

    conférence consacrée à la nouvelle pauvreté qui touche plus particulièrement les femmes. (apic/pr)

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