Colloque international à Genève: les Eglises face aux (010989)
Genève, 1erseptembre(APIC) La Commission hélvétique de la Commission internationale d’histoire ecclésiastique comparée a organisée du 28 au 30
août dernier à l’Université de Genève un colloque sur deux thèmes bien
distincts: "Les Eglises face aux sciences" et "les finances ecclésiastiques". Olivier Fatio, professeur à la Faculté de théologie de Genève et
président du comité d’organisation, a présenté, pour l’agence Apic, les
principaux résultats des travaux réalisés durant ce colloque.
Dans un premier temps, le professeur Fatio a rappelé quelques points importants à propos de la Commission internationale d’histoire ecclésiastique
comparée. Fondée il y a 35 ans, elle réunit des professeurs et des chercheurs en théologie ou en lettres intéressés par l’histoire religieuse. Elle groupe des personnes des trois confessions chrétiennes (catholique, protestante et orthodoxe) d’une vingtaine de pays d’Europe, des Etats-Unis,
d’Australie et d’Amérique Latine. Lors des rencontres, qui ont lieu tous
les deux ans, la Commission aborde des thèmes qui sont à la pointe de la
recherche et qui touchent à la fois l’histoire des idées et l’histoire institutionnelle.
Eglise et sciences
Cette année, la partie du colloque concernant l’histoire des idées
portait sur les Eglises face aux sciences. Selon Olivier Fatio, les XVIIe
et XVIIIe siècles sont des périodes capitales pour la mutation que les
hommes ont de la vie du monde. Ce sont les siècles de Galilée, Descartes et
Newton. "L’ancienne vision du monde, considéré comme une cloche à fromage,
le ciel étant une cloche à fromage qui dominait la terre, éclate", affirme
l’historien genevois. Et ceci a posé un problème dramatique pour la
prédiction chrétienne qui était liée à la cosmologie aristotélicienne.
C’est dans ce contexte qu’à lieu le procès contre Galilée.
Toujours selon Olivier Fatio, ces siècles sont marqués par un dialogue
mais aussi par des affrontements entre la théologie et les sciences. "Ainsi, en schématisant, on peut dire que l’Eglise catholique romaine oscille
entre le refus de ces nouvelles théories scientifiques et une position plus
nuancée qui se manifeste notamment par des travaux importants réalisés à
Rome dans des académies tenues par des prêtres", avance-t-il. Et parallèlement à ce refus, se manifeste la volonté de récupération pour continuer à
pouvoir montrer que l’existence de Dieu peut se prouver par la science et
la nature. ""C’est ce qu’on appelle la preuve cosmologique. On passe de la
nature à son auteur qui est Dieu et c’est ainsi que preuve de l’existence
de Dieu", ajoute Olivier Fatio.
Alors que Maria-Cristina Pitassi a présenté la situation de l’Eglise
catholique, Michael Heyd a analysé les positions du protestantisme qui est
moins méfiant à l’égard des nouvelles sciences, notamment en Grande-Bretagne. "Ceci a eu comme conséquence la modification de la théologie protestante sous l’influence de la science, notamment de la théorie naturelle", note
le professeur Fatio. Finalement la science a modifié la vision protestante
sur des questions importantes telles que la prédestination, le pêché originel, cela afin que la théologie protestante puisse tenir compte des découvertes scientifiques.
Notre siècle marque une rupture dans les rapports entre les Eglises et
la science. Selon Olivier Fatio, les Eglises laissent au moins en principe
une entière liberté à la recherche scientifique. Elles tentent de nouer un
dialogue non pas sur des questions de recherche fondamentale, mais plutôt
sur des questions d’éthique, c’est-à-dire sur l’utilisation de la science.
Finances ecclésiastiques
Les exposés sur les finances ecclésiastiques présentés au colloque ont
traversé toute la période du Moyen-Age au XXe siècle. C’est l’historien
français Philippe Levillain qui a abordé la situation contemporaine. Il a
d’abord montré que si l’Eglise avait été confrontée, à la suite de la Révolution française, à des spoliations, elle avait su suppler à cette situation grâce au "denier de Saint-Pierre", qui lui a permis de survivre.
Abordant la situation actuelle, Olivier Fatio souligne que l’Eglise se
pose des questions, qu’elle se demande si elle doit devenir une entreprise,
vendre ses services, sponsoriser ses actions. "Philippe Levillain remarquait de manière très astutieuse, ajoute le professeur genevois, que les
biens de l’Eglise sontgérés soit par des ecclésiastiques dont la méconnaissance de la gestion moderne fait partie de ’leur hâbit idéologique’, soit
par des laïcs dévoués, qui ont été des hommes d’affaires avisés, mais qui
arrivant à la retraite, ne voient plus la gestion que sous l’angle de la
prudence". Ces deux phénomènes cumulés font que souvent les biens ecclésiastiques sont mal ou trop prudemment gérés.
D’où la question: qu’est-ce que c’est la gestion financière pour une
Eglise? Une question qui reste ouverte, estime Olivier Fatio, car l’Eglise
ne peut devenir une entreprise sans réfléchir aux conséquences.
(apic/pp/pr)