Coire: l’officialité diocésaine conteste (140693)
"Expertise scientifique peu sérieuse"
Coire, 14juin(APIC) Le diocèse de Coire, par l’intermédiaire de l’abbé
Joseph Bonnemain, official du diocèse, considère "comme scientifiquement
non sérieuse" l’expertise de Thomas Fleiner, professeur de droit constitutionnel à l’Université de Fribourg. Le professeur fribourgeois estimait
dans son rapport, commandé l’an dernier par les autorités grisonnes, que
les droits reconnus du canton des Grisons ont été manifestement violés en
1988 lors de la nomination de Mgr Haas comme évêque coadjuteur avec droit
de succession, car le canton des Grisons n’avait pas été consulté.
Lors de la nomination de Mgr Wolfgang Haas comme évêque de Coire, le
Saint-Siège a observé toutes les prescriptions internes de l’Eglise et respecté tous les aspects en rapport avec le droit des gens, affirme à nouveau
l’officialité diocésaine de Coire. Dans une prise de position publiée lundi, l’abbé Bonnemain considère "comme scientifiquement non sérieuse" l’expertise juridique du professeur Fleiner.
L’official du diocèse déclare qu’on ne peut pas éviter d’avoir l’impression que "l’auteur de cette expertise scientifique peu sérieuse est guidé
par une intention tendancieuse". Il n’en ressort aucun élément ayant force
de preuve à propos d’irrégularités lors de la nomination de Mgr Haas. Le
professeur Fleiner ignore les expertises qui confirment la conformité au
droit de la nomination de Mgr Haas et n’a pas utilisé les nombreux documents disponibles des diverses archives, estime Joseph Bonnemain.
L’argument principal pour le droit du canton des Grisons c’est-à-dire la
prolongation de la validité du concordat de Vienne de 1448 est réfuté par
une indication d’un discours du pape Benoît XV du 21 novembre 1921, au lendemain des bouleversements territoriaux provoqués par la première guerre
mondiale. Dans ce discours, le pape dit que les nouveaux Etats ne peuvent
revendiquer sous aucun titre de droit le maintien des anciens privilèges
garantis dans le passé par le Saint-Siège à d’autres Etats par le biais
d’accords ou de concordats. Il soulignait que le Saint-Siège était prêt si
nécessaire à conclure avec ces pays de nouveaux accords correspondant mieux
aux circonstances nouvelles.
D’autre part Joseph Bonnemain conteste également l’affirmation selon laquelle le canton des Grisons et le Saint-Siège, supposant que le concordat
de Vienne était encore valable, ne se sont pas occupés de conclure de nouveaux accords. Un projet définitif d’un nouvel accord diocésain daté du 6
février 1938 l’indique. Mais cet accord, pour diverses raisons dont l’éclatement de la deuxième guerre mondiale, n’est jamais entré en vigueur.
L’assertion plusieurs fois répétée selon laquelle le canton des Grisons
n’a appris la modification du mode d’élection des évêques seulement en 1988
est qualifié de "purement et simplement pas crédible". Joseph Bonnemain cite une lettre du Corpus catholicum, du 20 avril 1944, qui donne son accord
pour le nouveau mode d’élection. L’official ajoute que le gouvernement
schwytzois a en 1947 non seulement donné son approbation pour la limitation
du droit d’élection du chapitre cathédral, mais l’avait même salué parce
qu’ainsi "les candidats d’autres cantons auraient la possibilité de devenir
évêques".
Enfin l’official en vient à la proposition du professeur Fleiner d’ouvrir des négociations entre le canton des Grisons et le Saint-Siège. C’est
une possibilité digne d’examen. De telles négociations peuvent conduire à
qu’une "réelle reconnaissance de l’Eglise catholique dans le canton des
Grisons" qui permettrait à cette dernière de ne plus voir à nouveau sa liberté et son automonie mises en cause. Joseph Bonnemain poursuit: " Ainsi
les fidèles pourront verser des contributions financières qui seront vraiment destinées à couvrir les besoins matériels de l’Eglise. Cet argent sera
alors géré au sein de l’Eglise, comme cela est prévu dans le droit canon
sous l’autorité du pasteur du diocèse, par les divers organes, assemblées
et institutions prévus pour l’administration des biens de l’Eglise, avec la
participation et la coresponsabilité des fidèles".
Réaction du professeur Fleiner
Le professeur Thomas Fleiner se refuse à entrer dans le ton agressif et
dans les arguments blessants de la déclaration de Coire. Dans son premier
commentaire à l’agence APIC, le professeur relève qu’il n’a pas publié luimême cette expertise mais a établi celle-ci pour le gouvernement des Grisons. En outre, il relève qu’il n’existe pas de document dans lequel le
gouvernement des Grisons a formellement renoncé à ses droits envers le
Saint-Siège. (apic/oe/mp)