"Rerum Novarum" à l’Université de Fribourg
Nouvel élan pour l’enseignement social chrétien
Fribourg, 28avril(APIC) A la veille de la publication le 2 mai de la nouvelle encyclique sociale de Jean Paul II "Centesimus annus" consacrée au
centenaire de la célèbre encyclique de Léon XIII "Rerum novarum", l’Université de Fribourg a clôturé solennellement samedi 27 avril son Colloque international "Rerum novarum" en présence du président de la Confédération
Flavio Cotti et du cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical "Justice et Paix". Les deux hôtes de marque ont souligné le regain
d’intérêt que rencontre l’enseignement social chrétien et sa pertinence à
la veille du 3e millénaire de l’ère chrétienne.
Le Colloque "Rerum novarum", qui s’est déroulé du 24 au 27 avril, a connu un grand succès, puisque plus de 300 personnes - représentants des milieux syndicaux et patronaux, professeurs, étudiants, hommes d’Eglise, etc.
- ont participé aux nombreuses conférences et discussions. Cette manifestation, qui ne se voulait pas une commémoration nostalgique, a montré que
l’enseignement social chrétien n’est pas une doctrine figée, mais qu’il
peut aider à construire une société plus juste et plus humaine au niveau
national et international.
Comment "opérer la révolution sociale" ?
Au cours d’une messe très fréquentée en l’église St-Michel à Fribourg,
en présence des autorités politiques et religieuses, l’évêque du diocèse,
Mgr Pierre Mamie, a relevé l’actualité du message de "Rerum novarum". "Léon
XIII dénonce l’accumulation de la richesse dans les mains d’un petit nombre
et l’indigence de la multitude. Cent ans après, on peut dire que presque
rien n’a changé : il suffit de traverser les grandes villes, et pas seulement celles du Tiers-Monde, pour voir d’un côté de la rue des gratte-ciel
et les vitrine luxueuses ou luxuriantes, face aux bidonvilles et aux favelas...", a-t-il lancé.
Mgr Mamie a constaté effectivement qu’une petite part des hommes possède
aujourd’hui la plus grande part des richesses et que la majorité est condamnée à la pauvreté, à la misère ou à la mort. Il a cité le cardinal Journet, "encore un prophète pour notre temps", qui se demandait comment changer une économie telle que la nôtre, centrée sur la possession temporelle
du monde comme sa fin dernière, comment opérer la révolution sociale, comment la renverser pour lui substituer une économie de caractère pérégrinal,
centrée sur la dignité de la personne spirituelle et finalement sur le service de Dieu... L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a relevé que
l’Eglise, si elle dénonce, "elle annonce toujours et préalablement Jésus,
son évangile, sa Parole et sa vie".
Dans son allocution, Flavio Cotti a rappelé combien depuis ses études à
l’Université de Fribourg, l’encyclique "Rerum novarum" a constitué pour lui
un point de repère essentiel. Le président de la Confédération a souligné
que cette encyclique représente "le témoignage saisissant" de la découverte
- certes tardive - de la part du monde catholique des responsabilités économiques et sociales. Cette découverte, estime-t-il, "permit enfin de réaliser le relais entre la culture catholique et les sensibilités les plus
ouvertes de l’Eglise d’une part, et le monde moderne et son économie, ses
crises sociales, surtout ses démocraties naissantes que la papauté avait
aveuglément condamnées encore quelques décennies auparavant, d’autre part."
Le conseiller fédéral démocrate-chrétien a encore relevé que "Rerum novarum" continue de nous interpeller. Et de se demander si nous parvenons
réellement, dans nos systèmes économiques, sociaux et politiques, à incarner ses principes, et si les partis qui s’inspirent des valeurs chrétiennes
ont toujours su réaliser avec authenticité l’esprit de l’encyclique. "Saurons-nous donc faire une place aux valeurs que nous a transmises ’Rerum novarum’, a-t-il conclu, et restituer à l’enseignement social chrétien cet
élément créateur de culture qui le rend tellement apte à contribuer à la
construction de la cité de l’homme ?".
La doctrine sociale de l’Eglise "n’est pas facultative"
Le cardinal Etchegaray, avec un savoureux accent trahissant ses origines
basques, a tenu à souligner que la doctrine sociale de l’Eglise n’est pas
"facultative" : "Des principes comme ceux de transcendance de la personne
humaine, de destination universelle des biens, de solidarité, de subsidiarité, si généraux soient-ils, sont créateurs de normes de jugement et de
directives d’action". Ainsi, on ne saurait les prendre à la légère ou comme
des options d’école : "Souvent très proches des sources mêmes de la foi,
ils nous parlent tantôt à l’impératif, tantôt à l’optatif, jamais au facultatif".
Pour avoir sous-estimé la doctrine sociale de l’Eglise et faute d’avoir
une pensée structurée qui les tienne en éveil, des chrétiens se sont rendus
perméables à toutes sortes d’idéologies, souvent à leur insu. Rappelant
l’affirmation solennelle de "Mater et Magistra", selon laquelle la doctrine
sociale de l’Eglise "fait partie intégrante de la conception chrétienne de
la vie", le cardinal Etchegaray a invité les participants à se rendre aux
côtés de Jean Paul II aux "avant-postes des combats pour l’homme". "Pour
une fois, a-t-il conclu, que l’Eglise non seulement ne manque pas son rendez-vous avec les hommes mais le fixe elle-même, serons-nous encore craintifs ou hésitants pour nous y rendre ?" (apic/be)