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    /cip/kung/le waterloo du pape/

    Conférence du Caire Le "Waterloo du pape Wojtyla", selon Hans Küng =

    Rome, 20 septembre 1994 (CIP)

    Le théologien suisse Hans Küng signe une article dans un l’un des plus gros

    quotidien italien "La Republica", datée du 20 septembre 1994 et diffusé à

    plus de 760.000 exemplaires, à propos de la position du Pape sur la

    Conférence sur la Population et le Développement qui s’est déroulée au

    Caire (Egypte) du 5 au 13 septembre 1994.

    Sous le titre "Le Waterloo du Pape Wojtyla", le théologien critique "le

    rigorisme et l’autoritarisme" du pape, qui ont conduit à "une défaite" du

    Saint-Siège lors de la Conférence du Caire, "défaite dissimulée par une

    approbation formelle par le Vatican" du document final.

    La conférence du Caire, organisée sous l’égide des Nations-Unies, avait

    pour objet de décider des moyens à adopter pour contenir l’augmentation de

    la population mondiale d’ici à l’an 2015. Dès le mois de mars 1994, le pape

    s’est ingénié à s’opposer, notamment par voie diplomatique, à ce qúil

    considérait comme une tentative de légaliser l’avortement à l’échelle

    mondiale, sous couvert de réguler la population mondiale.

    Selon Kung, cinq facteurs expliquent "l’isolement de l’Eglise catholique"

    qúil perçoit à l’issue de cette conférence. Le premier est le refus des

    Nations Unies et des Etats-Unis "céder au chantage". Le second vient de la

    "nécessaire précision" apportée par l’Union Européenne : "l’avortement

    n’est pas une méthode de planification nationale". L’attitude des Etats

    Islamiques constitue le troisième facteur : "l’alliance hypocrite entre le

    Vatican et les Etats Islamiques ne s’est pratiquement pas réalmisée, car

    les grandes nations islamiques comme l’Indonésie, le Pakistan, l’Iran et

    l’Egypte" n’ont pas suivi le Vatican.

    Quatrième élément, "les femmes catholiques, réunies en différentes

    délégations" ne se sont pas prononcées en faveur des positions du Pape.

    Kung avance un dernier facteur: le pape, "plus rigoureux que les

    fondamentalistes islamiques en matière de contraception", a déjà perdu

    "depuis longtemps" la bataille de la morale sexuelle "à l’intérieur de

    l’Eglise".

    Le théologien récuse ensuite deux raisons données, sur ce même dossier, par

    le "Times" de Londres et le "Washington Post" pour expliquer le fait que le

    Vatican "soit resté seul contre tous". Respectivement, les deux quotidiens

    pensent que "le Vatican s’est toujours opposé aux Etats nationaux depuis la

    paix de Westphalie" et "qúil s’agit du drame personnel d’un polonais de

    soixante treize ans qui a triomphé du communisme soviétique mais qui ne

    s’est pas résigné devant le monde moderne".

    Pour Kung, "la question est plus complexe: la cause du conflit tire ses

    racines d’un système catholique médiéval et absolutiste qui confère un

    monopole de pouvoir et de vérité à un seul homme à l’intérieur de

    l’Eglise". Ainsi, poursuit le théologien, l’Eglise "représente aujourd’hui

    l’unique système dictatorial du monde occidental après l’écroulement du

    communisme soviétique". Il énonce une série d’exemples pour étayer sa

    thèse: "l’imposition d’évêques non désirés par la communauté ecclésiale, la

    discrimination des femmes pour le sacerdoce, le refus du mariage des

    prêtres, etc."

    Pour lui, c’est "le système" plus que l’homme qui est en cause : "le

    système, malgré la bonne volonté d’un pape, représente un héritage

    insoutenable pour l’Eglise catholique et un poids pour l’oecumène (...)".

    Pour le théologien, les conséquences de cet état de fait sont multiples:

    "le rigorisme et l’autoritarisme ont miné la crédibilité morale du pape,

    notamment chez les jeunes générations. Le document du Caire est une pierre

    posée par la communauté internationale sur l’encyclique relative à la

    pilule anticonceptionnelle, ’Hunamae Vitaé. La situation juridique

    internationale particulière de ’l’Etat’ du Vatican à la conférence des

    Nations Unies est maintenant mise en cause par beaucoup".

    En conclusion Hans Kung estime que "le Caire a posé une exigence

    fondamentale : le renforcement de la position de la femme dans l’Eglise et

    dans la société".

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