Chrétiens et musulmans en Asie: dialogue et relations difficiles (170792)
Paris, 17juillet(APIC) Chrétiens et musulmans en Asie: dialogue et relations difficiles (170792). Une
étude du Père Thomas Michel, que publie le dernier bulletin "Chrétiens de
l’Est", édité par L’Eglise en détresse dans le monde, l’affirme: les musulmans sont environ huit fois plus nombreux que les chrétiens dans cette partie du monde. Cela ne va pas sans poser un certain nombre de problèmes qui
affectent souvent les relations entre chrétiens et musulmans, y compris
dans les pays respectueux de la liberté de religion. Le dialogue entrevu
dans les années soixante n’a pas été porteur des espoirs mis en lui.
L’image d’un islam rayonnant à partir d’un centre arabe vers des périphéries censément moins islamisées correspondent de moins en moins à la réalité: l’Indonésie, le Bangladesh, l’Inde et le Pakistan ont chacun à peu
près autant de citoyens musulmans que tous les pays arabes du Moyen-Orient.
L’islam s’est répandu en Asie dès le milieu du 7e siècle par trois canaux principaux: le commerce, la conquête militaire et la conversion des
peuples asiatiques. Plus qu’ailleurs, les soufis (mystiques musulmans) ont
joué un rôle important dans cette expansion de l’islam, en mettant l’accent
sur la relation immanente à Dieu plutôt que sur les dogmes.
Depuis le 19e siècle, les tentatives de réforme spirituelle et de rénovation politique ont généralement coïncidé, du Pakistan à l’Indonésie. Aujourd’hui, les partisans du retour à la sharia animent divers mouvements
islamistes. Mais ils ne constituent qu’une des facettes d’un islam asiatique bigarré et fluctuant.
Trois grands pôles
Les trois grands pôles de l’islam en Asie sont la péninsule indienne, le
Sud-Est et l’Asie centrale, avec une population musulmane de l’ordre de
275, 170 et 80 millions de musulmans. L’éclatement de l’ex-URSS et l’apparition de nouveaux états musulmans au coeur de l’Asie vont sans doute modifier cet équilibre: bien que deux fois moins nombreux que leurs frères de
l’autre côté de la frontière, les musulmans de Chine resteront-ils longtemps sans vouloir désirer la même indépendance?
Une des parties de l’étude du Père Michel concerne "le défi" que pose
l’islam aux chrétiens de l’Asie, région où les musulmans sont environ huit
fois plus nombreux que les chrétiens. Tous les cas de figure existent: majorité chrétienne et minorité musulmane (Philippines), ou l’inverse (Indonésie, Malaisie, Bangladesh, Pakistan, nouvelles Républiques d’Asie centrale, mais aussi statut commun de minorité, comme en Inde, au Sri Lanka, en
Birmanie ou en Thaïlande.
Les problèmes majeurs des relations islamo-chrétiennes en Asie concernent d’abord la vision différente des relations Etat/religion qu’ont les
uns par rapport aux autres. Les évêques d’Asie s’inquiétaient récemment de
la tendance des réformateurs musulmans à réclamer l’instauration d’Etats
islamiques. "La situation du Pakistan, du Bangladesh et de la Malaisie justifient ces craintes". Les évêques d’Asie ne sont pas pour autant en faveur
de la sécularisation ou du laïcisme. Ils prônent plutôt un pluralisme respectueux des diverses religions en favorisant leur coexistence. L’appel de
certains chefs islamiques à la restauration du statut de "dhimmitude" pour
les minorités non musulmanes pourrait amener, s’il était suivi, à des tensions similaires à celles du Moyen-Orient, estiment ces mêmes évêques.
Tensions et conflits...
Un certains nombre de problèmes très concrets affectent souvent les relations entre chrétiens et musulmans, même dans les régimes respectueux de
la liberté religieuse. Un peu partout, l’urbanisation favorise les contacts. Et les mariages mixtes qui augmentent sont souvent source de tensions, voire de conflits: la législation islamique ne permet pas le mariage
entre une musulmane et un chrétien; elle interdit en outre le baptême des
enfants nés de mariages mixtes.
Autre source fréquente de tensions: les missionnaires. Contrairement à
l’idée reçue, ceux de l’islam ne sont pas moins actifs que ceux du Christ,
et "ne sont pas inhibés par la pseudo-culpabilité de l’Occident quant à la
mission".
L’étude du Père Michel s’achève par une évaluation réaliste des chances
du dialogue islamo-chrétien en Asie. Après les grands espoirs des années
soixante, "la désillusion domine un peu partout". Beaucoup n’ont vu dans le
dialogue qu’une affaire concernant la hiérarchie religieuse. Aujourd’hui,
des actions plus modestes, principalement aux Philippines, en Indonésie et
au Pakistan, offrent une alternative timide à la "radicalisation qui menace
partout sous la poussée du fondamentalisme musulman", conclut l’étude.
(apic/cde/pr)