Pékin laisse à l’Eglise "juste de quoi respirer"
Hong Kong, 23février(APIC/De notre correspondant à Hong Kong D. M.) "Le
gouvernement chinois contrôle l’Eglise catholique et lui laisse juste de
quoi respirer, mais ne la laisse pas se développer", a déclaré récemment un
évêque catholique "officiel" chinois au correspondant de l’Agence APIC à
Hong Kong. Membre de l’Association des catholiques patriotiques de Chine
(APCC), cet évêque d’une province côtière de la Chine préfère garder
l’anonymat pour des raisons de sécurité, car il est très surveillé dans son
diocèse par des responsables locaux de l’APCC.
"Je suis très suspect à leurs yeux de faire partie de la ’bande du pape’, affirme-t-il, car je n’ai jamais caché mes sentiments à son égard".
"Ici, poursuit l’évêque, l’Association patriotique est intraitable, car ses
membres veulent protéger leur position; ils ont peur de devenir inutiles si
la situation change; le gouvernement leur dit tous les jours ce qu’il faut
dire ou faire et ils obéissent. Mais je ne pense pas que ce soit la meilleure façon d’être citoyen. Les évêques de ce pays sont mis dans une position de concurrence avec l’Etat. Comment peut-on être vraiment évêque dans
cette situation ? Nous sommes en bas de l’échelle et en face de gens qui ne
comprennent rien. Impossible de leur faire comprendre quoi que ce soit, car
ils sont athées!"
Impressionné, puis déçu par les communistes
Pourtant, reconnaît l’évêque "patriotique", "j’ai été très impressionné
les premières années après l’arrivée des communistes au pouvoir en 1949 :
les soldats étaient propres, disciplinés, organisés... Comment notre Eglise
pourra-t-elle résister à cela, me suis-je demandé à l’époque, car de jeunes
chrétiens quittaient l’Eglise et rejoignaient les troupes communistes. Mais
leur intolérance, l’exclusion des autres, la corruption ont amené un mécontentement général au point que l’on peut se demander comment ils ont pu
être aussi efficaces!"
Concernant sa vie quotidienne, l’évêque révèle qu’il reçoit de l’argent
des fidèles à la fin de la messe, et que l’Association patriotique le lui
laisse. "Mais si l’argent vient d’ailleurs, on ne me laisse pas m’en servir
librement; certes, l’atmosphère générale a changé, mais le gouvernement
doute toujours de nous et place certaines personnes pour nous surveiller en
permanence. Pourquoi n’aurais-je pas le droit de recevoir de l’argent de
l’extérieur, par exemple de Rome, c’est le même argent que celui donné par
mes paroissiens." Et l’évêque d’affirmer qu’il se voit contraint à user de
stratagèmes pour échapper à la surveillance de l’Association patriotique :
"Je parle en latin avec certains interlocuteurs étrangers... Je n’ai jamais
voulu faire partie de l’Association patriotique en tant qu’évêque, mais on
m’y a contraint, et sur le papier, j’y suis inscrit".
L’Eglise du silence existe
A propos de "l’Eglise du silence" qui, contrairement à l’Eglise dite
"officielle" ou "patriotique" n’a pas d’existence visible, il estime qu’elle est peu présente dans son diocèse, "mais au-delà, oui". "Cette Eglise a
souvent été encouragée de l’extérieur; ils ont des prêtres et des séminaristes, et aussi des chrétiens de grande qualité. J’ai un ancien camarade
de classe qui dirige aujourd’hui l’Eglise du silence dans un autre diocèse". A ce propos, il reconnaît qu’il y a eu des erreurs des deux côtés.
Le gouvernement pris à son propre piège
D’une part, affirme-t-il, l’Eglise du silence s’imagine qu’elle est la
seule vraie Eglise et que l’Eglise officielle est incapable. "mais en fait,
nous sommes tous des partenaires du pape... Dans cette histoire, le gouvernement est pris à son propre piège : il a élu des évêques mariés pour discréditer l’Eglise, mais les chrétiens ont refusé ces évêques et cela a favorisé l’Eglise du silence. Alors aujourd’hui, le gouvernement fait volteface. Dans cette optique, il est urgent que les relations entre le Vatican
et Pékin se rétablissent". (apic/dm/be)