"Je ferai ce que je pourrai et Dieu fera le reste!"
Hong Kong, 2avril(APIC/De notre correspondant à Hong Kong D. M.) "Je ferai ce que je pourrai et Dieu fera le reste!", déclare un jeune séminariste
catholique chinois de 24 ans, qui fréquente depuis 5 ans l’un des sept
séminaires nationaux de Chine populaire. Ce futur prêtre - il doit être ordonné dans deux ans - a accordé une interview à l’agence APIC à condition
de pouvoir garder l’anonymat. Il montre bien dans quelle disposition d’esprit - grand courage mêlé d’incertitude - se trouvent les futurs prêtres de
l’Eglise de Chine.
Evoquant sa vie dans l’un des plus grands séminaires du pays, il reconnaît qu’il y est bien et que les cours sont d’un bon niveau. Mais l’accès à
la bibliothèque n’est pas facile : "Nous ne pouvons pas tout lire, car certains livres sont encore classés comme tendancieux et donc interdits". Ces
livres sont enfermés et seuls certains professeurs y ont accès.
D’autre part, malgré une bonne ambiance générale, il existe une certaine
suspicion parmi les étudiants eux-mêmes. "Entre ceux qui sont d’origine
chrétienne et les autres, plus naïfs, et donc plus malléables par l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC, en rupture avec Rome
depuis 1957), il existe une méfiance très grande; également à l’égard des
séminaristes plus motivés par le prestige de faire des études et l’espoir
de pouvoir voyager plus tard, que par la dimension spirituelle de l’apostolat".
Même les Bibles sont rares
Les livres religieux sont "toujours très rares" et notre interlocuteur,
à l’instar de la majorité de ses camarades, n’a pas de Bible. Cela dit,
cela ne les empêche pas de discuter souvent entre eux de problèmes
religieux : "Entre nous, la question de la fidélité au pape reste centrale,
et il ne peut en être autrement, sinon nous ne serions plus catholiques.
Mais aujourd’hui, c’est sur un autre sujet que nous ne sommes pas tous
d’accord : celui du patriotisme. Certaines séminaristes avec moi viennent
de l’Eglise du silence, et nous discutons ensemble du degré d’amour que
nous devons à notre patrie. Pouvons-nous être patriotiques et bons
catholiques ? Cela n’est pas contradictoire pour beaucoup. Mais pour
certains, cela reste un sujet très sensible, car c’est sur ce thème que se
sont fondées les persécutions des catholiques dans les années 50..."
"Quant à l’Eglise du silence, je les admire beaucoup, ils ont davantage
la foi que moi, bien que certains soient obstinés et bornés. Ils ont leur
séminaires et font seulement quatre ans d’étude, ils influencent beaucoup
plus les chrétiens qui leur sont très fidèles dans de nombreux endroits de
Chine. D’ailleurs, les deux séminaristes de cette Eglise, ici, avec nous,
pourront certainement jouer le rôle d’intermédiaire dans l’avenir".
"J’ai fait ma première communion en 1983, poursuit-il, au moment ou les
Eglises commençaient à réouvrir leurs portes. Le prêtre dans mon village
était revenu des camps en 1982 et j’ai fait du catéchisme. Ma vie spirituelle s’est surtout déroulée en famille, grâce à mon père, qui nous a
appris, à moi et à mes deux frères, les prières et l’Evangile. Nous
n’avions cependant pas de livres, car ils avaient été brûlés durant la
Révolution culturelle et il a fallu attendre la rencontre avec ce prêtre
pour approfondir ma foi. Mes parents me soutiennent entièrement et pour
eux, c’est un cher désir que je devienne prêtre. Les copains de mon village
natal ont tendance à m’admirer, même s’ils ne comprennent pas tous pourquoi
je me donne tant de peine...". (apic/dm/be)