Chine: témoignage d’un missionnaire jésuite chinois (310792)
Rome, 31juillet(APIC) Le Père Georges Wong, jésuite, qui a passé de longues années dans les prisons en Chine, a pu assisté récemment à Rome à la
canonisation du Père Claude la Colombière. Il a eu la joie de célébrer la
messe aux côtés de Jean Paul II. Au terme de ses études dans la compagnie
de Jésus, il fut ordonné prêtre en 1931, à Sanghaï. Le Père Wong âgé aujourd’hui de 74 ans, fut arrêté en 1955 et condamné en 1962 à 15 ans de
prison. Il a accepté, après quelque résistance, mais avec une grande sérénité, de répondre aux questions du Père Ignazio Arequi, de Radio Vatican.
Q. Vous rappelez-vous encore le jour de votre procès, et le moment où
fut prononcé la sentence à votre égard?
R. Oui, c’était le 2 août 1962 que fut prononcée la sentence me condamnant à 15 ans de prison. Et je suis convaincu que la raison était ma foi,
mon credo, ma religion. Mais, avant ce procès, j’avais déjà été en prison
pendant sept ans.
Q. Quelles étaient vos activités auparavant?
R. J’étais vicaire dans la paroisse du Christ Roi de Shanghaï et j’enseignais l’anglais aux séminaristes du petit et du grand séminaire. J’ai eu
ces fonctions pendant deux ans.
Q. Quand avez-vous pu sortir de prison?
R. Après avoir purgé ma peine. En 1970, j’ai dû rester dans la ferme
pour des travaux manuels. C’était un ancien internat, où j’ai pu avoir un
peu plus de liberté; je pouvais aller chez moi une fois par an pour deux
semaines, et ceci jusqu’en 1983. A l’époque, j’avais plus de 60 ans, et le
gouvernement m’a permis de retourner chez moi. A cette date j’ai obtenu ma
retraite et je suis allé vivre avec mon frère à Shanghaï.
Q. Quelles ont été vos sentiments quand, ici, à Rome, vous avez pu voir
pour la première fois le Saint Père?
R. Je suis certain d’avoir obtenu une grande grâce et un grand privilège
de pouvoir concélébrer la messe avec le Pape. Je sentais que je n’étais pas
seul: avec moi, il y avait, virtuellement, tous les jésuites de Chine et
toute la compagnie de Jésus avec eux. Je remercie Dieu pour cet honneur
particulier. Le Saint Père m’a dit qu’il avait prié pour la Chine chaque
jour, et de cet amour pour la Chine je lui suis très reconnaissant.
Q. Vous avez maintenant 74 ans. Quinze d’entre elles ont été passées en
prison. Que signifie pour vous la foi aujourd’hui?
R. La foi en Notre Seigneur Jésus Christ est toujours plus enracinée en
moi. On pourrait me poser la question: "Si on devait vous arrêtez de nouveau, quelles serait votre réaction?"; je répondrai: "Comme humain, bien
sûr, cela ne me plairait pas; mais comme chrétien et comme jésuite, je considèrerais cette expérience comme l’expression de la volonté de Dieu, et je
le ferais de nouveau".
Q. Quand vous étiez enfant, vous étiez boudhiste, puis, vous vous êtes
converti au christianisme. Aujourd’hui, que représente pour vous le boudhisme?
R. La religion boudhiste va bien pour ceux qui ne connaissent rien d’autre. Les boudhistes ont grandi dans cette foi, comme ce fut le cas pour
moi. Nous prions pour eux. Ils sont de bonne foi et dans leur religion, il
y a beaucoup de bonnes choses, comme le "commandement" d’être compatissants
et charitables , d’être bons avec le prochain. Mais c’est plûtot une religion "naturelle". Leur concept de Dieu est très limité. Prions afin qu’ils
puissent reconnaître la lumière de la pleine vérité, et l’Evangile en particulier.
Q. Pensez-vous que un vrai dialogue entre l’Eglise catholique et les
boudhistes soit possible et nécessaire?
R. Je pense que oui: un dialogue peut se faire dans l’atmosphère actuelle d’oécuménisme. Il est nécessaire de prendre en considération les autres
religions, et de ne pas s’opposer aveuglément à elles, parce que, avec certaines réserves mentales bien sûr, nous pouvons déclarer que nous sommes
d’accord avec tout ce qu’il y a de bon en elles. Nous pouvons ensuite les
aider à reconnaître la pleine vérité. Elles voient, en effet, une partie de
la vérité, mais non pas sa totalité. (apic/fides/ak)