Chine: quel rôle pour le Collège épiscopal (051092)
Le nouveau président demande au Saint-Siège de prendre plus
d’initiatives en vue de renouer des relations diplomatiques avec Pékin
Pékin/Hong Kong, 5octobre(APIC) Le rôle accru donné au Collège épiscopal
chinois dans l’organigramme ecclésial est positif, estiment certains observateurs après le Congrès national des organisations catholiques "officielles" tenu à Pékin du 15 au 19 septembre. Congrès qui a permis au Collège
épiscopal de désigner un nouveau président en la personne de Mgr Joseph
Zong Huaide, évêque de Jinan et Zhoucun. Ce dernier, qui estime que les
évêques auront davantage d’autorité dans les affaires internes de l’Eglise
catholique chinoise, a demandé au Saint-Siège de prendre plus d’initiatives
dans le but de renouer des relations diplomatiques avec Pékin. Pékin qui ne
doit pas voir d’un bon oeil, si l’on en croit les résultats d’une récente
enquête, la montée de la foi religieuse sur son territoire.
Tous ne partagent cependant pas l’optimisme exprimé au terme de ce Congrès qui s’est achevé par l’adoption d’une nouvelle Constitution pour le
Collège épiscopal qui regroupe les évêques reconnus par le gouvernement
chinois, et par l’élection de Mgr Zong Huaide à la présidence de l’Association patriotique des catholiques chinois et du Collège épiscopal. Les avis
divergent en effet sur le rôle que sera appelé à jouer ce Collège ainsi que
sur la Constitution qui, tout en faisant référence à l’"indépendance" de
l’Eglise de Chine, ne mentionnerait pas "la primauté de Pierre". L’organigramme des organisations catholiques a été transformé. Et la Commission administrative de l’Eglise est désormais placée sous la direction du Collège
des évêques. Il n’y a donc plus que deux organisations catholiques "officielles": l’Association patriotique et le Collège épiscopal.
Aux dires de certains, cette restructuration permettra aux évêques de
résoudre plus facilement un certain nombre de problèmes internes de l’Eglise, tels que la nomination d’évêques et la définition d’une stratégie pour
la formation dans les séminaires. "Ses nouveaux pouvoirs donneront au Collège épiscopal davantage de possibilités de communication avec l’étranger",
estime-t-on.
Contrôle du gouvernement sur les activités de l’Eglise
D’autres observateurs expriment au contraire des inquiétudes. Ils remarquent que l’Association patriotique des catholiques chinois, affiliée au
Parti communiste, conserve toutes ses prérogatives. Selon Soeur Béatrice
Leung, de l’Université de Macau, experte en affaires chinoises, cette nouvelle organisation ecclésiale facilite en fait le contrôle du gouvernement
sur les activités de l’Eglise catholique "officielle", en faisant des évêques les interlocuteurs directs du pouvoir. Pour elle, le Parti communiste
chinois considère toujours la religion comme une force potentielle hostile
qui pourrait déstabiliser le régime. Un spécialiste du droit canon constate
pour sa part que le Collège épiscopal tel qu’il a été défini par le Congrès
national catholique ne correspond pas à la définition juridique romaine
d’une Conférence épiscopale.
L’avis du Père John Tong-hon, directeur du Centre du Saint-Esprit à Hong
Kong et spécialiste reconnu de l’Eglise de Chine, est en revanche plus nuancé. Il estime qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions. "Les changements de surface ne reflètent pas nécessairement toutes les dimensions de
la réalité. Toutes les régions de Chine sont représentées dans le nouveau
Conseil permanent du Collège épiscopal". Le Père Tong-hon fait remarquer
que huit des onze membres de ce Conseil sont directement engagés dans les
grands séminaires régionaux: "La formation du clergé semble être la priorité des priorités pour le Collège épiscopal".
Les évêques auront davantage d’autorité sur l’Eglise catholique
Pour le nouveau président de ce Collège épiscopal, Mgr Zong Huaide, les
évêques auront dorénavant davantage d’autorité dans les affaires internes
de l’Eglise catholique en Chine. Interrogé peu après son élection à propos
de l’Eglise catholique "clandestine", il rejette la responsabilité de la
division sur les ecclésiastiques "clandestins" qui refusent systématiquement, selon lui, les invitations pourtant nombreuses au dialogue. Répondant
à la question de savoir si le gouvernement n’exerce pas un contrôle abusif
sur les activités de l’Eglise catholique, Mgr Zong Huaide déclare que "ces
contrôles n’existent pas. Quelquefois, les problèmes sont de notre responsabilité; nous, hommes d’Eglise, ne faisons pas toujours beaucoup d’efforts
pour prendre nos propres affaires en main".
Mgr Zong Huaide lance en outre un appel au Saint-Siège et lui demande de
prendre davantage d’initiatives dans le but de renouer les relations diplomatiques avec Pékin. "Plus vite cette affaire sera réglée, et mieux ce sera
pour le développement de l’Eglise. Les évêques chinois prient pour le pape
et reconnaissent son rôle spirituel".
Déclin du communisme, recrudescence du matérialisme et montée de la foi
Si le changement intervenu au sein de l’Association patriotique des
catholiques chinois est dans l’ordre des choses, celui constaté lors d’une
récente enquête menée en Chine sur la jeunesse révélant un déclin du communisme, la recrudescence du matérialisme et la montée de la foi religieuse
en Chine, ne va pas forcément dans le sens souhaité par les autorités de
Pékin. Selon le magazine de Hong Kong "Cheng Ming", qui en publie les résultats, des enquêtes faites auprès de la jeunesse urbaine de Chine montre
des signes évidents du déclin du communisme dans ce secteur clé de la population du pays. Une autre témoignerait de la prédominance du matérialisme
et d’une montée de la foi religieuse dans la jeunesse.
Les deux enquêtes ont été menées par le comité central de la Ligue des
jeunesses communistes chinoises (LJCC) et par la Fédération chinoise des
syndicats. La première a recueilli les réponses d’ouvriers et d’étudiants
vivant à Pékin, Tianjin, Shanghai et Canton au sujet de leurs idées concernant le communisme et les politiques de réformes de Deng Xiaoping. Tous
avaient au moins reçu une instruction secondaire. Un tiers d’entre eux
étaient membres du Parti communiste chinois (PCC) ou de la LJCC.
Questionnés sur ce qu’ils pensaient du communisme, 28% ont répondu ne
pas savoir ce qu’est le communisme, 56% que c’est un rêve inaccessible, et
16% que c’est le meilleur système social pour l’humanité, mais qu’il faudra
longtemps pour l’instaurer pleinement. Quant aux réformes économiques de
Deng Xiaoping, 82% sont pour, 14% émettent des réserves, et 4% sont contre.
Au sujet de la construction du socialisme en Chine, 45% se disent confiants
qu’elle pourra être faite, 32% avouent manquer d’une telle confiance, et
18% qu’ils n’ont aucune confiance dans cette entreprise ou qu’ils l’ont
perdue.
Dans la seconde enquête, 9’000 jeunes travailleurs et étudiants des six
plus grandes villes, Pékin, Shenyang, Xian, Canton et Chongking ont été interrogés sur leurs aspirations et leurs espoirs pour l’avenir. 88% des ouvriers et des étudiants disent qu’ils veulent un bon emploi avec un salaire
élevé et expriment le désir de partir à l’étranger pour atteindre leur but.
85% des ouvriers et 68% des étudiants ne sont pas intéressés par leur inscription au PCC ou à la LJCC ou n’y ont pas songé. Parmi les étudiants questionnés, 62% veulent partir à l’étranger afin de poursuivre leur formation
et gagner leur vie. 7% seulement disent qu’après l’obtention de leur diplôme, ils accepteront volontiers l’emploi assigné par le gouvernement.
La seconde enquête a comparé ensuite des jeunes appartenant soit au parti communiste soit à la LJCC avec le nombre de jeunes qui se rattachent au
protestantisme, au catholicisme ou au bouddhisme, en prenant trois grandes
villes comme champ d’investigation. Pékin, selon l’enquête, compte 16% de
croyants contre 18% de communistes; Shanghai 18% de croyants contre 16% de
communistes et Canton 20% pour seulement 11,5% de communistes.
L’enquête, qui n’a que la valeur qu’un tel travail peut offrir dans la
mesure ou un petit échantillonnage seulement est concerné, n’indique pas
l’appartenance du milieu dans lequel elle a été réalisée, pas davantage
qu’elle n’indique l’âge des "sondés". Elle ne fait en outre pas référence à
la campagne de ce pays dont la moitié de la population a moins de 26 ans.
(apic/eda/pr)