"Il faut libérer les prisonniers politiques"
Hong Kong, 19janvier(APIC/de notre correspondant à Hong Kong) A un moment
ou la Chine joue l’ouverture dans tous les domaines de la société, et notamment en ce qui concerne les affaires religieuses, le dissident chinois,
Fang Lizhi, 52 ans, astrophysicien, souvent surnommé le "Sakharov chinois,
vient de lancer un appel au plus haut responsable du pays, Deng Xiaoping,
en faveur d’une amnestie générale pour tous les prisonniers politiques de
Chine.
Dans une lettre ouverte rendue publique il y a quelques jours, Fang Lizhi demande la libération générale de ces prisonniers pour marquer le 40e
anniversaire de la création de la République Populaire de Chine en 1949. En
l’absence de chiffres exacts sur le nombre de prisonniers politiques en
Chine, on estime à plusieurs milliers, sinon à plusieurs dizaines de milliers, les personnes emprisonnées pour des motifs politiques.
Le dissident chinois fait référence à des prisonniers politiques connus
en Chine, en particulier à Wei Jingsheng, leader du mouvement pour la
démocratie de 1978 à 1981, mais muselé par le Parti communiste. "Libérer
Wei, qui a déjà fait dix ans de prison, écrit Fang Lizhi, serait de mon
point de vue un geste humanitaire qui pourrait avoir des effets positifs
sur le moral de notre société".
Farouche partisan de la démocratie, l’auteur de la lettre déclarait il y
a quelque mois "que les ouvriers ne croyaient plus au marxisme, certains
même à l’intérieur même du parti". Aujourd’hui, affirmait-il, "on ne croit
plus en rien, c’est le vide, l’argent devient la nouvelle croyance". A
l’époque, Fang Lizhi n’avait pas manqué de faire référence à la liberté religieuse qu’il croit "aussi importante que la liberté de penser ou de s’exprimer". Mais, faisait-il encore remarquer, "le parti donne aujourd’hui
plus de liberté à la religion qu’à la presse... la religion est moins dominante ici qu’en Europe, et le parti contrôle davantage la presse que la religion en raison de son impact sur la communauté".
Selon des observateurs, des rumeurs faisant état d’un retour dans une
prison de Pékin de Wei, circulaient récemment dans la capitale chinoise.
Mais au lendemain de l’appel de Fang, un porte-parole du ministère de la
Justice déclarait que Wei, qui a déjà passé plusieurs années dans un camp
de travail, "était en bonne santé et qu’il purgeait toujours sa peine de 15
ans de prison". Il a par ailleurs souligné qu’il "n’existait pas de prisonniers politiques en Chine. Il est illégal de vouloir renverser la dictature
du prolétariat et le système socialiste". Wei n’avait pas été tendre à
l’époque avec Deng Xiaoping qui, selon lui, "se transformait en dictateur".
Avec sa persistance à critiquer le parti, Fang a symbolisé la dissidence
des années 80, comme Wei l’avait personnifiée dix ans auparavant. Fang Lizhi, dont on dit qu’il est protégé par le secrétaire général du Parti communiste, Zhao Zyiang, poursuit sa croisade pour la démocratie en écrivant des
essais à l’étranger. Dans l’un de ceux-ci, publié aux Etats-Unis, il écrit
notamment que "la démocratie n’est plus un simple slogan en Chine, elle devient une force de pression. La tendance vers la démocratie est déjà en
place et il sera difficile maintenant de faire marche arrière".
(apic/dm/pr)