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    L’après Tien An Men

    Chine: la situation de l’Eglise catholique (210989)

    Bruxelles, 21septembre(APIC) Il n’y a pas en Chine, d’un côté les "bons"

    catholiques - ceux qui appartiennent à l’Eglise restée fidèle à Rome -, de

    l’autre des catholiques "schismatiques", membres d’une Eglise coupée du

    Siège Apostolique; d’un côté, les résistants, victimes toutes désignées de

    la persécution (les "clandestins", l’"Eglise du Silence"), de l’autre les

    "collaborants", membres d’une Eglise "officielle" qui a fait allégeance au

    régime communiste.

    Ce schéma simplificateur est pourtant souvent repris. Présent à Bruxelles, où il était l’hôte de l’Association des journalistes d’information religieuse (AJIR), le Père I. Zuloaga, adjoint du Père Général des jésuites

    chargé de l’apostolat de la Compagnie en Chine, l’a répété: il y a en Chine

    une seule Eglise catholique, et il est erroné de parler d’une Eglise schismatique comme telle.

    Parler d’"Eglise patriotique" est en tout cas une aberration. Il y a une

    Association Patriotique des Catholiques Chinois (APCC), à laquelle les

    catholiques ont été contraints d’adhérer pour faire preuve de leur patriotisme. Etre "patriote", en Chine, c’est se démasquer du passé "impérial",

    de l’époque où les Eglises chrétiennes faisaient allégeance aux pays occidentaux "impérialistes". Adhérer à l’APCC a été pour les catholiques le

    chemin obligé pour préserver la liberté religieuse, respectée par tous les

    membres des religions qui coopèrent à "la construction du socialisme". Pour

    la plupart des catholiques qui ont choisi de devenir membres de l’APCC, il

    s’agissait de "sauver ce qui peut l’être", comme le firent en France les

    évêques "constitutionnels", au lendemain de la Révolution. Mais "patriote",

    par définition, c’est aussi suivre la ligne du Parti et se déclarer "catholique chinois indépendant de Rome". Dès 1958, l’APCC a commencé à nommer

    ses propres évêques et à les ordonner, sans concertation avec Rome.

    Seule une minorité de catholiques chinois est devenue membre de l’Association patriotique, dont la plupart n’ont jamais remis en cause leur fidélité au Saint-Siège. C’est un noyau dur, où les dirigeants laïcs figurent

    en bonne place, qui tient les rênes du pouvoir au sein de l’APCC. Et ce

    n’est plus un secret aujourd’hui que des évêques ont envoyé à Rome des messages rassurants ou fait connaître discrètement leurs sentiments à des visiteurs de confiance. Ce qui ne les empêche pas de proclamer officiellement

    leur indépendance ou, si on les y invite, d’apposer tranquillement sur les

    bâtiments de l’Eglise un écriteau à l’enseigne de l’APCC.

    Fidèles au pape

    Dès la troisième conférence de l’Association patriotique, tenue en 1980,

    on a entendu plusieurs évêques proclamer que personne ne peut être

    catholique sans reconnaître l’évêque de Rome (ce que passent sous silence

    les documents officiels), avant d’approuver un document affirmant

    l’indépendance de l’Eglise chinoise. Tout récemment, un évêque de l’APCC

    qui est revenu sur cette question de l’autonomie a suscité un tel tollé

    chez ses collègues qu’il a dû quitter la réunion.

    Cette attitude des catholiques patriotiques peut paraître ambiguë. Opportuniste? Pragmatique ou plutôt "orientale": flexible et subtile, dit le

    Père Zuloaga. Les évêques de Taiwan l’ont bien compris puisque dans une

    lettre parue fin 1986 et signée par les "évêques de la Conférence épiscopale régionale chinoise, ils écrivaient: "Dans la difficile situation actuelle en Chine continentale, les évêques tentent de protéger la vie de l’Eglise à travers le pouvoir qui leur est confié... Bien qu’il y ait trois ou

    quatre évêques qui parlent ouvertment contre le pape, la voix de ce petit

    nombre ne représente pas l’esprit de l’Eglise en Chine... Nous croyons que

    leur coeur est à l’unisson du nôtre".

    Dans un message adressé aux catholiques chinois en 1981, Jean Paul II

    écrivait pour sa part: "Durant ces longues années, vous avez sans doute vécu d’autres expériences qui sont encore inconnues, et parfois vous avez dû

    vous demander en conscience quelle était pour vous la bonne direction à

    prendre. Pour ceux qui n’ont jamais connu de telles expériences, il est

    difficile de pleinement apprécier de telles situations".

    Une Eglise divisée

    Le tableau n’est donc pas noir et blanc, et il faut y apporter bien des

    nuances. Pour qui y pose un regard sans naïveté ni complaisance, force est

    de constater que des catholiques sont farouchement anti-romains et tentent

    d’imposer une Eglise soumise au pouvoir communiste, et que d’autres continuent de payer chèrement une fidélité indéfectible à Rome qu’ils n’hésitent

    pas à afficher.

    Car, comme l’a indiqué le Père Zuloaga, l’un des grands problèmes de

    l’Eglise catholique de Chine est sa division. Des catholiques fidèles à Rome, on en trouve dans l’Association patriotique, dans ce que les catholiques chinois d’outre-mer appellent l’"Eglise loyale" et, bien évidemment,

    dans l’Eglise dite "clandestine". On trouve dans l’"Eglise loyale" des

    chrétiens qui refusent d’adhérer à l’Association patriotique; ils sont

    prêts à servir leur pays, mais ils gardent jalousement leur liberté de

    conscience face à un régime athée. Nombre de catholiques "clandestins", enfin, s’abstiennent de tout contact avec les autorités communistes (passible, aux yeux de la plupart, d’excommunication). Parmi les évêques et les

    prêtres clandestins, certains agissent publiquement, d’autres sont dénoncés

    par les "faux frères" de l’APCC.

    La principale difficulté concerne les évêques. On trouve en Chine des

    évêques consacrés à Rome, ceux qui ont été ordonnés sans concertation avec

    le Saint-Siège - dont une quinzaine ont depuis été reconnus par Rome - et

    ceux qui ont été ordonnés secrètement, pour assurer la continuité de leur

    Eglise. Les critères qui ont amené Rome à reconnaître des évêques ordonnés

    sans son accord? Le fait, notamment, qu’ils sont célibataires - il y a en

    Chine une dizaine d’évêques mariés -, qu’ils sont en contact avec le peuple

    et qu’ils ont pris l’initiative de manifester leur fidélité à Rome.

    Le Père Zuloaga a évoqué une autre grave difficulté: la formation des

    candidats au sacerdoce. Pendant 30 ans (jusqu’en 1985), pas un seul prêtre

    n’a été formé en Chine. Le clergé est donc âgé. Il y a bien des séminaires,

    dont quelques-uns, bien que contrôlés par le gouvernement, sont fort bien

    dirigés. Mais la plupart des prêtres qui y enseignent basent leurs cours

    sur des notes mémorisées durant trente ou quarante année de prison!

    Chine: la situation de l’Eglise catholique (210989)

    La répression sanglante des manifestations étudiantes dont la place

    Tien An Men a été le théâtre début juin et la mise au pas de contestataires

    a fait craindre à beaucoup que la surveillance plus étroite n’affecte aussi

    l’Eglise. Il n’en a rien été. Le Père Zuloaga a énuméré quelques faits qui

    indiquent que les récents troubles n’ont pas modifié la marche de l’Eglise.

    Depuis, le Père Malatesta, un jésuite américain de 60 ans, a inauguré son

    enseignement au séminaire de Sheashan (Shangaï), d’autres prêtres sont entrés au pays pour y apporter une aide financière, d’autres sont repartis

    fin août en emportant leurs films, Un dernier, venu également de l’extérieur, a entamé début septembre un cycle de conférence sur l’Ecriture et l’oecuménisme. L’assistance à la messe n’a pas baissé, les vocations religieuses restent nombreuses.

    Le Père Zuloaga va plus loin: depuis la tragique journée du 4 juin, les

    autorités chinoises ont donné des signes de leur volonté de poursuivre le

    dialogue en vue d’une réouverture des relations diplomatiques avec le Vatican.

    Et demain? Il reste, on l’a vu, bien des difficultés à surmonter. Il y

    en a d’autres. Si les documents de Vatican II sont connus du clergé, ce

    n’est pas le cas des laïcs. L’oecuménisme n’est pas encore une préoccupation. L’inculturation est lente - la messe continue d’être dite en latin,

    selon le rite d’avant Vatican II. Mais, affirme le Père Zuloaga, faut-il

    les contraindre? "On peut dialoguer avec eux, les inspirer. Mais c’est à

    eux d’en décider".

    Les catholiques de Chine ont appris à cultiver la vertu de patience, et

    ils savent que le temps est leur plus grand atout. Ils profitent de la liberté qui leur est allouée - il n’y a plus d’évêque en prison actuellement;

    un seul reste assigné à résidence, qui jouit d’une relative liberté pour

    tout ce qui ne regarde pas le domaine religieux. L’Association patriotique?

    Beaucoup la considèrent comme une étape. Cela ne les empêche pas de prier

    pour le pape. Ils ont acquis une philosophie: "Ce qui n’est pas possible le

    sera demain". Et puis, observe en conclusion le Père Zuloaga, "c’est, pour

    la première fois, une Eglise chinoise". (apic/cip/pr)

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