met en garde contre l’Eglise "clandestine"
Shanghai, 28mars(APIC) Mgr Aloysius Jin Luxian, évêque "patriotique" de
Shanghai, a mis en garde les responsables de son diocèse contre les fidèles
de l’Eglise "clandestine" soutenue par le Vatican. Dans un discours prononcé à la fin de l’année dernière devant le chapitre de Shanghai de l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC), mais dont le contenu
vient de parvenir à Hong Kong, Mgr Jin conteste le fait que le pape maintienne une "autorité absolue sur les Eglises locales" et réaffirme l’importance de l’APCC.
Président du chapitre de Shanghai de l’APCC, Mgr Jin Luxian a demandé à
ses collaborateurs de renforcer leurs contacts avec les fidèles et a écarté
la suggestion de certains catholiques de dissoudre l’Association patriotique. Des observateurs pensent que le rôle de l’Association patriotique une organisation mise sur pied avec la bénédiction du gouvernement chinois
en 1957 quand Pékin a coupé toute relation avec le Vatican - pourrait
décliner au profit d’organismes "plus pastoraux" comme la Conférence épiscopale catholique de Chine ou la Commission administrative catholique de
Chine.
La mauvaise image de marque de l’Association patriotique
L’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC) a en effet une
très mauvaise image de marque, non seulement à l’étranger, mais également
parmi les catholiques chinois. Ainsi, l’été dernier, Mgr Ma Ji, évêque "patriotique" de Pingliang, une petite ville du nord-ouest de la Chine, dans
la province du Gansu, n’a pas hésité à claquer la porte de l’APCC en dénonçant ses tares : certains de ses dirigeants, prêtres ou évêques, sont mariés et continuent à exercer leur ministère, ce qui créé le scandale parmi
les fidèles; les hauts dirigeants de l’APCC, malgré la politique officielle
d’ouverture et les profondes réformes dans le pays, ne changent pas de
ligne et en restent aux modes de pensée des années 50.
Dans son discours au chapitre de Shanghai de l’APCC, Mgr Jin a souligné
que les organisations comme l’APCC devaient être respectées même si les relations entre la Chine et le Vatican devaient s’améliorer ou être rétablies. John Tang Guozhi, vice-président et secrétaire général du chapitre
de Shanghai de l’APCC a déclaré à l’agence catholique UcaNews de Hong Kong
que le discours de Mgr Jin n’était pas une réponse au document confidentiel
de la Secrétairerie d’Etat du Vatican et de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples sur les relations avec les catholiques chinois publié
en octobre dernier.
Un document du Vatican qui a "blessé" la sensibilité chinoise
Ce document "réservé", destiné aux évêques du monde entier, tout en conseillant d’entretenir avec l’Eglise de Chine des relations empreintes de
charité fraternelle, rappelle que le Vatican ne reconnaît pas l’APCC et
précise que "ceux qui ne professent et ne conservent pas la communion avec
le pape ne peuvent se considérer comme catholiques". Les ordinations d’évêques faites sans l’accord du pape sont qualifiées d’illicites.
John Tang Guozhi affirme que ce document a blessé la sensibilité des
catholiques chinois et représente un "recul évident". "Nous espérions auparavant que les relations sino-vaticanes seraient bientôt normalisées, relève-t-il, mais il semble qu’apparaissent de nouveaux blocages; nous croyons
que ce qui devrait être fait en ce moment est de faciliter les choses, non
de les faire régresser". Selon le discours de Mgr Jin Luxian, les activités
de l’Eglise "clandestine" sont très fortes dans certaines régions de Chine.
Ainsi, pour l’évêque "officiel" de Shanghai, si la province du Hebei (entourant Pékin) compte près d’un million de catholiques, ceux qui se réclament de l’Eglise souterraine dépassent en nombre ceux qui suivent l’Eglise
officielle.
L’Eglise clandestine est en train de s’organiser
Encourageant les responsables de l’APCC de Shanghai à être vigilants,
Mgr Jin a déclaré que le diocèse de Shanghai avait l’air calme et pacifique
en surface, mais qu’en fait, des éléments de l’Eglise souterraine étaient
en train de s’organiser. Il a affirmé que quelques prêtres de Shanghai,
âgés d’environ 80 ans, au lieu de revenir travailler pour le diocèse après
avoir été libérés des camps de travail forcé, exercent leurs activités à
l’extérieur, entre eux. "Le Vatican utilise ces forces pour s’opposer à
nous", a-t-il affirmé, en accusant Rome de jouer un double jeu en ce qui
concerne la Chine, notamment en aidant l’Eglise clandestine "par la nomination secrète de nombreux évêques clandestins et la fourniture d’importantes
sommes d’argent".
Et l’évêque officiel de Shanghai d’affirmer qu’il a connaissance de
l’existence de neuf évêques clandestins pour la province du Hebei et qu’un
autre, qui se proclame "évêque de quatre provinces" se trouve à Fuzhou,
dans la province du Fujian. Mgr Jin Luxian a encore révélé que certaines
personnes sont restées fidèles à Mgr Ignatius Gong Pinmei, l’évêque de
Shanghai nommé par le pape Pie XII et seul reconnu par le Vatican. Il est
âgé aujourd’hui de 88 ans et se trouve depuis mai dernier aux USA pour se
faire soigner, après un séjour de près de 30 ans en prison. (apic/ucan/be)