Chine: L’évêque patriotique de Shanghai (241292)
"Nous sommes une seule Eglise"
Hong Kong/Paris, 24décembre(APIC) Mgr Aloysius Jin Luxian, évêque "patriotique" de Shanghai, souhaite une réconciliation de l’Eglise catholique
"officielle" de Chine avec Rome et même avec l’Eglise catholique "clandestine" non reconnue par les autorités communistes chinoises. Mgr Jin Luxian
affirme : "Nous sommes une seule Eglise, nous n’avons pas perdu la foi et
n’avons pas renoncé à la primauté du pape".
Mgr Jin Luxian - qui passe souvent à l’étranger pour "l’éminence grise"
de l’Eglise chinoise étant donné sa maîtrise des langues et la possibilité
dont il jouit de pouvoir se rendre à l’étranger - se déclare optimiste à
propos de la normalisation des relations entre la Chine et le Saint-Siège.
Vers une normalisation des relations avec le Vatican ?
Dans une interview accordée à Hong Kong à "Eglises d’Asie" (EDA),
l’agence d’information des Missions étrangères de Paris, l’évêque officiel
de Shanghai note que la Chine a normalisé ses relations avec la Corée du
Sud et avec Israël et que des pourparlers sont en cours en vue d’une
normalisation avec l’Afrique du Sud. "En fait, souligne-t-il, les relations
du Vatican avec Taiwan ne sont pas tellement importantes et le Vatican, je
crois, est prêt à les rompre. Il est en fait le seul Etat européen qui ait
gardé des relations diplomatiques avec Taiwan".
Mgr Jin Luxian regrette que l’Eglise dite clandestine "nous considère
comme des traîtres". Il affirme que l’Eglise officielle, reconnue par le
gouvernement, veut travailler ouvertement et éviter la confrontation. Car
en Chine, rien ne reste jamais secret, la police y veille soigneusement:
"Voyez par exemple l’histoire de l’auxiliaire du cardinal Ignatius Gong
Pinmei, Mgr Joseph Fan Zhonglian: il est parti, l’année dernière, sans
avertir qui que ce soit, pas même la nièce chez qui il habitait. Et
pourtant, la police l’attendait à son arrivée à Wenzhou. On ne peut rien
faire en secret, la police sait tout!".
"La police sait tout!"
Tirant les leçons de son propre emprisonnement - Mgr Jin Luxian a passé
18 ans en prison et 9 ans en résidence surveillée - l’évêque officiel de
Shanghai pense qu’il vaut mieux agir à visage découvert, car le gouvernement surveille tout; pas seulement les religions, mais également les partis
démocratiques, et même les communistes. "En fait, relève-t-il, pour être
libre, il faut savoir être fort. En Chine, beaucoup d’évêques catholiques
sont trop faibles, malheureusement. Il faut demander; il ne faut pas affronter, mais persuader (...) Si l’on reste passif, les gens du gouvernement ne prendront jamais l’initiative de nous donner quoi que ce soit. Il
ne faut pas lutter, mais insister. Il ne faut pas faire perdre la face aux
gens. Ce que je fais, les autres aussi peuvent le faire".
Elu en octobre dernier vice-président de la Conférence épiscopale officielle (il en existe aussi une clandestine, interdite) et de l’Association
patriotique des catholiques de Chine (APCC), Mgr Jin Luxian est également
président de la Commission épiscopale pour les séminaires. Il y en a
actuellement treize en Chine, et à part son propre séminaire de Sheshan,
près de Shanghai, il relève qu’il n’y a nulle part de bibliothèque et les
professeurs manquent. Il souhaite envoyer des étudiants à l’étranger afin
qu’ils puissent revenir comme professeurs. Une femme professeur, formée aux
Etats-Unis, enseigne d’ailleurs actuellement la christologie.
Problèmes de vocations sacerdotales à Shanghai
Si le séminaire de Sheshan est, comparé aux autres, de loin le mieux
équipé et dispose de nombreuses facilités, on connaît paradoxalement des
problèmes de vocations sacerdotales à Shanghai. L’évêque l’explique notamment par la politique officielle "d’une famille, un enfant" et par le bienêtre matériel qui fait que l’on pense de plus en plus à l’argent. A Sheshan, il y a 145 séminaristes, mais seuls 7 viennent de Shanghai. "Le problème des vocations est mon grand souci", note-t-il, en relevant que c’est
la même chose pour les religieuses. Les vocations viennent des diocèses du
Nord de la Chine, qui sont beaucoup plus pauvres matériellement.
Rôle accru de la Conférence épiscopale et retrait des évêques mariés
Le rôle de l’Association patriotique (APCC) - qui contrôlait auparavant
toutes les activités de l’Eglise - a considérablement changé, affirme Mgr
Jin Luxian, et c’est désormais l’épiscopat chinois lui-même qui dirige les
affaires de l’Eglise catholique officielle. D’autre part, poursuit-il, un
changement important a été fait grâce à l’élimination des évêques mariés
des postes de responsabilités au sein du collège épiscopal ou de l’APCC.
"C’est un pas en avant; désormais aucun prêtre marié ne pourra être choisi
comme évêque".
S’il n’y a plus de prêtres mariés qui exercent leur ministère dans le
diocèse de Shanghai, en Mongolie, par exemple, 80 % des prêtres sont mariés, et leur évêque lui-même l’est. "Il fut nommé autrefois par le pape
Pie XII, et arguant de saint Paul disant qu’un évêque doit être l’homme
d’une seule femme, il a décidé que, comme évêque, il devait avoir une femme". En matière de liturgie, - en Chine, on célèbre encore en latin, le
prêtre tournant le dos aux fidèles - des changements ont été apportés et
l’on encourage désormais l’adoption de la liturgie en chinois et selon le
rite de Vatican II. Et Mgr Jin Luxian de souligner qu’il fait tous ses efforts pour appliquer les décisions du Concile Vatican II. (apic/eda/be)