Chine: l’Eglise patriotique chinoise pour le dialogue avec Rome (280788)
Rome, 28juillet(APIC) "Si je rencontre le pape, je lui dirai que l’Eglise
chinoise désire une complète et totale communion avec lui. Je lui demanderai d’avoir confiance en nous : nous sommes catholiques, vraiment catholiques, et de ne pas se laisser influencer par de mauvais conseillers" :
c’est ce que déclare Mgr Aloysius Jin Luxian, évêque de Shanghaï, dans une
interview qui sera publiée dans la prochaine édition du mensuel catholique
italien "Trenta Giorni". Agé de 72 ans, Mgr Luxian est membre de l’Eglise
patriotique chinoise, une Eglise qui a rompu dans les années 50 tout lien
avec le Vatican sous la pression du régime communiste.
Arrêté en 1955, condamné à 18 ans de prison et libéré en 1973, Mgr Jin
Luxian est d’avis qu’un seul obstacle subsiste dans les relations entre
l’Eglise patriotique chinoise et le Vatican, celui des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le gouvernement de Pékin. "Je pense, dit-il,
qu’il est possible de résoudre facilement ce problème et que le pape est
disposé à le faire. Peut-être craint-il que la rupture des relations diplomatiques avec Taïwan ne soit pas suivie d’une réponse positive de la part
du gouvernement de Pékin. Pour ma part, je suis convaincu qu’il y aura de
sa part une réponse positive".
L’évêque de Shanghaï espère que le pape ne tardera pas à interrompre ses
relations diplomatiques avec la Chine nationaliste et que le dialogue entre
le Saint-Siège et le gouvernement chinois et entre la curie romaine et
l’Eglise chinoise, pourra s’ouvrir dès que possible.
Les catholiques chinois sont restés fidèles au Saint-Siège
L’Eglise chinoise souhaite-t-elle cette normalisation ? Mgr Luxian assure que lui-même et les catholiques de son diocèse sont "absolument prêts"
et la désirent. "Et je crois aussi, ajoute-t-il, que sinon la totalité, du
moins la majorité, espère que l’on parviendra à cette normalisation, car la
plupart des catholiques sont restés fidèles au Saint-Siège". L’évêque de
Shanghaï ne se considère nullement comme un schismatique, mais comme un
catholique à part entière.
De profonds changements au sein du PC chinois
Certains soupçonnent l’évêque de Shanghaï d’être à la solde du régime de
Pékin. Il répond qu’il est évêque et qu’il a beaucoup souffert pour l’Eglise catholique, dont il désire continuer à faire partie. "Si je devenais
membre du parti communiste, dit-il, mon passé perdrait tout son sens. Le
parti n’a rien à faire d’un évêque communiste, il demande à un évêque
d’être vraiment évêque et vraiment catholique, mais en coopérant avec le
gouvernement". Un évêque qui deviendrait communiste serait du reste inutile, ajoute Mgr Jin Luxian, car les fidèles, une fois au courant, l’abandonneraient tout à fait.
Quant aux évêques restés fidèles à Rome et ordonnés en secret, Mgr Luxian espère pouvoir travailler avec eux dès qu’interviendra un accord. Une
réserve toutefois : les "évêques clandestins" n’ont pas reçu une bonne formation, dit-il, et il leur faudra suivre des cours de théologie et d’exégèse. L’évêque de Shanghaï suggère la création éventuelle, à leur intention, d’un institut spécial ou seraient invités des experts étrangers et
chinois.
Mgr Luxian fait aussi état de profonds changements au sein du PC chinois, notamment "parce que beaucoup de communistes ont souffert de la ligne
d’extrême-gauche" et ont dès lors compris la nécessité de la rectifier. Ils
ont compris en particulier "que la religion ne peut être supprimée par la
violence. C’est pourquoi ils sont partisans de la liberté religieuse et de
l’ouverture à l’Occident". Mgr Luxian espère que les "autres, en particulier les prêtres clandestins, comprendront que c’est la seule voie possible
pour obtenir une plus grande liberté pour l’Eglise". (apic/jt/be)