"L’Eglise officielle est la seule voie possible"
Mais des changements pourraient intervenir dès sptembre
Shanghaï, 12juin(APIC) Une distinction claire entre l’épiscopat et l’Association patriotique des catholiques chinois pourrait être faite dès septembre en Chine, confie Mgr Aloysius Jim Luxian, évêque "officiel" de
Shanghaï depuis 1988, dans une interview accordée à Shanghaï à "Eglise
d’Asie". Mgr Luxian, qui après plusieurs années de prison, s’est rallié à
l’Eglise reconnue par le gouvernement - l’évêque légitime de Shanghaï étant
toujours le cardinal Gong Pinmei, en exil aux Etats-Unis après avoir passé
30 ans de prison en Chine - évoque la situation de l’Eglise en Chine, mais
aussi une réconciliation entre le Vatican et l’Eglise qu’il représente.
Tout en craignant les difficultés que pourraient créer "certains membres de
l’Eglise ’clandestine’". Pour lui, "l’Eglise officielle est la seule voie
possible" en Chine.
Quelle est la situation de l’Eglise aujourd’hui à Shanghaï?
Mgr Luxian: A Shanghaï, tout est normal dans l’Eglise, sauf l’évêque.
Vous savez que j’ai été élu et ordonné évêque sans l’accord de Rome. Mais
ma situation étant ce qu’elle est, l’Eglise ici fonctionne normalement.
Nous prions pour le Saint-Père et nous nous sentons en communion avec
l’Eglise universelle. Nous nous efforçons de mettre en oeuvre les décisions
et les enseignements du Concile Vatican II. Des professeurs étrangers enseignent dans notre séminaire. Le diocèse de Shanghaï correspond géographiquement à la municipalité de Shanghaï. Sur 13 millions d’habitants, il y a
145’000 catholiques, ce qui fait un peu plus de 1% de la population.
Le nombre des catholiques est-il stationnaire ou bien en progression?
Mgr Luxian: Les conversions sont nombreuses. Au cours des années, beaucoup
de valeurs traditionnelles ont disparu. Les intellectuels en particulier
cherchent du côté des religions. Malheureusement, de nombreuses vieilles
familles catholiques se tiennent à l’écart. 49 églises sont ouvertes dans
le diocèse: elles sont pleines tous les dimanches. Des païens viennent avec
leurs enfants. Nous faisons passablement de baptêmes, même d’enfants. En
fait, il a été interdit de baptiser les gens avant l’âge de 18 ans. Mais
nous avons recommencé à le faire depuis quelques années, et le gouvernement
laisse faire. Lorsqu’on nous pose des questions, nous répondons: les parents sont bien libres de faire baptiser leurs enfants. De toute façon,
ceux-ci auront toujours la possibilité de faire leur choix quand ils atteindront leur majorité.
Avez-vous des vocations sacerdotales?
Mgr Luxian: Nous avons 130 étudiants dans notre grand séminaire. Ils
viennent d’une quarantaine de diocèses. 33 appartiennent à celui de Shanghaï, mais seuls 11 d’entre eux sont originaires d’ici. Les 22 autres ont
été "empruntés" ailleurs. Notre séminaire a ceci de particulier que nous
pouvons faire venir des professeurs de l’étranger. Autrefois, il n’y avait
pas de limite. Désormais, les conditions ayant été rendues un peu plus
strictes, nous ne pouvons plus en accepter que deux à la fois. Nous avons
obtenu cette permission à force d’insister auprès des autorités gouvernementales. Un jésuite et un salésien venus de l’extérieur travaillent avec
nous en ce moment. Nous avons aussi une dame chinoise, formée autrefois au
Canada, qui enseigne l’anglais et l’Ancien Testament.
L’un de nos jeunes prêtres a fait un an et demi d’études dans un séminaire des Etats-Unis. Cinq de nos séminaristes se trouvent encore là-bas,
et un de nos diacres étudie en Australie. J’espère envoyer aussi des étudiants en France très rapidement.
Qu’en est-il des vocations religieuses?
Mgr Luxian: Nous avons encore 75 religieuses d’avant la libération. Elles appartiennent à des Congrégations différents, mais vivent en commun,
chacune s’efforçant de suivre sa propre règle sans gêner les autres. Elles
sont prises en charge par le diocèse. Il y a 7 ans, nous avons ouvert un
noviciat: 10 jeunes soeurs ont déjà prononcé leurs premiers voeux et 15 autres sont au noviciat. Nous avons aussi une vingtaine de postulantes. Quelques jeunes religieuses, qui ont terminé leur noviciat sans avoir pour
l’instant fait leurs premiers voeux, sont en stage dans les paroisses. Nous
ne leur permettons pas de prononcer leurs voeux avant l’âge de 35 ans: la
vie est dure en Chine et les tentations sont nombreuses; il faut donc donner aux soeurs l’avantage de nombreuses années de préparation.
Quel est le rôle de l’Eglise dans la Chine d’aujourd’hui? Peut-elle remplir sa vocation prophétique?
Mgr Luxian: Ce n’est pas facile. Pour le moment, c’est même impossible.
Nous sommes trop peu nombreux et trop divisés. L’Eglise catholique est déchirée. Cette division est la grande tristesse de l’Eglise de Chine.
Qu’en est-il de l’Eglise "clandestine"?
Mgr Luxian: Elle existe à Shanghaï et s’appuie surtout sur les vieilles
familles catholiques. Il y a 24 prêtres "clandestins" dans le diocèse: des
jésuites, des prêtres séculiers, des salésiens. Cependant, ils ne sont pas
très actifs, et 85% des catholiques du diocèse reconnaissent l’Eglise "officielle": celle-ci est la seule voie possible.
Peut-on espérer une réconciliation?
Mgr Luxian: A Shanghaï et dans certains diocèses de Chine, on peut constater un commencement de réconciliation. Mais ce n’est pas le cas partout,
loin de là. Si un jour les relations avec le Vatican redeviennent normales,
j’ai bien peur que les difficultés ne soient créées par certains membres de
l’Eglise "clandestine". Elle a trop d’évêques, et les prêtres sont mal formés. Il y aura alors un très grand risque de confusion.
Quelles activités prévoyez-vous pour l’Eglise catholique dans les prochains mois?
Mgr Luxian: La Conférence des évêques chinois devait se réunir à Pékin
dans le courant du mois de juin de cette année. Mais la rencontre a été repoussée, vraisemblablement jusqu’au mois de septembre. Il est question de
faire une distinction claire entre l’épiscopat et l’Association patriotique
des catholiques chinois: ce serait un énorme progrès. On peut aussi espérer
l’élection d’un président. Ce poste est resté vacant depuis la mort de mon
prédécesseur (à Shanghaï), en 1988. En même temps, il pourrait y avoir des
changements au niveau de l’Association patriotique.
Pensez-vous qu’un jour les missionnaires étrangers pourront revenir? Le
souhaitez-vous?
Mgr Luxian: Si les relations avec le Vatican se normalisent et si la situation à l’intérieur de l’Eglise de Chine se stabilise, il n’y a pas de
raison pour que des missionnaires étrangers ne puissent pas venir dans notre pays. Ils seraient bien utiles pour seconder le clergé local. Nous manquons terriblement de prêtres. Mais nous avons surtout besoin de religieuses qui feraient du travail social et enseigneraient. (apic/eda/pr)