Chine: Constitution d’une Conférence épiscopale fidèle à Rome (150390)
Hong-Kong, 15mars(APIC) Quelques évêques catholiques chinois reconnus par
le Vatican mais non par le gouvernement de Pékin ont créé leur propre Conférence épiscopale, révèle l’agence de presse catholique UcaNews à Hong
Kong. Cette décision, que l’on vient d’apprendre, a été prise sans l’approbation du Vatican en novembre dernier lorsque les évêques se rencontrèrent
en compagnie d’un groupe de prêtres et de laïcs catholiques dans un village
du centre de la Chine. Notons qu’il existe une Conférence ("patriotique")
des évêques catholiques de Chine, reconnue par le gouvernement, mais pas
par le Vatican.
Un connaisseur de l’Eglise de Chine qui vient de rentrer d’un voyage en
Chine populaire a confié à UcaNews que la rencontre avait eu lieu le 21 novembre dans l’église catholique de Zhangyi, un village du district de Sanyuan, dans la région de Gaoling. Sanyuan se trouve à quelque 40 kilomètres
au nord de Xi’an, la capitale de la province du Shaanxi, dans le nord-ouest
de la Chine. Selon le visiteur, l’assemblée a probablement discuté des
conséquences du "Document Numéro 3", publié par le Parti communiste chinois
en février 1989. Ce document donne des directives concernant les relations
entre la Chine et le Vatican, l’Eglise catholique "clandestine" et les associations catholiques approuvées par le gouvernement chinois.
La même source indique que tous les participants, parmi lesquels se
trouvaient quelques évêques, au moins quatre prêtres et plusieurs responsables laïcs, ont été arrêtés par des officiers de la sécurité chinoise et
qu’ils sont parmi les catholiques - plus de trente - qui auraient été appréhendés par les autorités depuis novembre 1989.
D’autres sources signalent que la réunion avait été convoquée pour établir des liens entre tous les évêques chinois nommés par le Vatican et pour
montrer une direction visible et unifiée à la communauté catholique de Chine. Le principal document produit à la rencontre de Zhangyi déclare : "Nous
continuons le Synode des évêques de Shanghai de 1924. Aujourd’hui nous, les
évêques de Chine, nous nous sommes réunis; une période sans une direction
unifiée de l’Eglise chinoise a pris fin. Nous considérons de notre devoir,
dans les circonstances présentes, d’unifier notre direction et de créer des
liens entre nous".
Le Synode de 1924, qui s’est déroulé tout près de Shanghai, à Sheshan,
était le premier Synode national tenu en Chine continentale. Il a eu lieu
deux ans avant que le pape Pie XI ordonne les six premiers évêques chinois
à Rome. Ce Synode, présidé par le délégué apostolique du Vatican en Chine
et qui a rassemblé 59 vicaires délégués et administrateurs apostoliques de
toutes les régions du pays, a discuté de directives concernant l’évangélisation en Chine. Les évêques réunis à Zhangyi se sont engagés à ce que leur
nouvelle Conférence "accepte pleinement les directives du pape et garde une
pleine communion avec toute l’Eglise catholique".
L’assemblée a élu membres de la nouvelle Conférence épiscopale trois
évêques nommés par Rome et qui ne participaient pas à la réunion, a-t-on
encore appris. Mgr Peter Joseph Fan Xueyan, de Baoding, âgé de 82 ans, que
l’on donne pour disparu depuis décembre dernier, a été élu président. Deux
présidents honoraires ont en outre été choisis : L’archevêque Dominic Tang
Yee-ming, de Canton (Guangzhou), 81 ans, qui vit à Hong-Kong, et Mgr Ignatius Gong Pinmei, de Shanghai, 88 ans, qui vit actuellement aux Etats-Unis.
Mgr Tang a confié à UcaNews début mars qu’il n’avait reçu aucune information concernant son élection.
Selon les documents de la réunion, les participants ont essayé de mettre
sur pied une Conférence rassemblant tous ceux qui sont fidèles à Rome, mais
qui pourrait éventuellement rassembler toute l’Eglise de Chine.
Selon UcaNews, les évêques ont basé leur décision de mettre sur pied
leur propre Conférence sur le canon 447 du Nouveau Code de droit canon, qui
dit : "La Conférence des évêques, institution à caractère permanent, est la
réunion des évêques d’une nation ou d’un territoire donné, exerçant ensemble certaines charges pastorales pour les fidèles de son territoire, afin
de mieux promouvoir le bien que l’Eglise offre aux hommes, surtout par les
formes et moyens d’apostolat adaptés de façon appropriée aux circonstances
de temps et de lieux, selon le droit".
Aucun lien avec le pape
Le Collège des évêques catholiques de Chine, reconnu par le gouvernement, fondé en 1981, ne reconnaît que les évêques qui ont reçu l’aval du
gouvernement et proclame n’avoir aucun lien avec le pape, duquel il se déclare "indépendant". Les participants à l’assemblée de Zhangyi ne se considèrent pas comme non patriotiques ou opposés au régime, mais ils réclament
le droit au respect de leur foi et la permission d’exercer des activités
religieuses, tout en respectant la loi. L’article 36 de la Constitution
chinoise garantit la liberté de croyance religieuse à tous les citoyens et
l’article 35 prévoit la liberté de réunion.
Selon UcaNews, l’assemblée de Zhangyi a essayé de faire face à la grande
insatisfaction largement répandue parmi les catholiques au sujet de la politique religieuse du gouvernement chinois, notamment son peu
d’empressement à mettre en place des procédures permettant des contacts
normaux et acceptables avec le pape. (apic/ucan/cor)