Chili: la résistance à la dictature de plus en plus collective (090389)
Bruxelles, 9mars(APIC/CIP) Le régime militaire est toujours bien là au
Chili, malgré le plébiscite qui a désavoué le "chef suprême du pays", le
général Pinochet. Et c’est une situation d’extrême violence qu’a décrite
mercredi 8 mars à Bruxelles le Père Réginald Dumont, un passioniste belge,
à l’invitation de Pax Christi Wallonie/Bruxelles. A l’initiative de ce mouvement, le religieux à livré son témoignage à l’occasion d’une conférence
de presse organisée au Parlement Européen.
Du Chili, il en a également été question ce même mercredi à la 45e session de la Commission des Droits de l’homme des Nations-Unies, qui se
déroule actuellement à Genève. Il en sera à nouveau question lors de la
prochaine assemblée du Parlement Européen. Face à ce "régime déshonorant",
a déclaré Jef Ulburghs, parlementaire européen, il devient de plus en plus
urgent d’apporter un appui politique à un peuple chilien résolu et conscient du rôle important qu’il a à jouer dans la libération du peuple latino-américain tout entier.
Si la situation est particulièrement pénible pour les prisonniers politiques et leurs familles, c’est désormais quiconque exprime son espoir d’un
retour rapide à la démocratie et aux libertés qui est menacé. Un espoir que
le peuple a de plus en plus de mal à cacher, ce qui explique la répression
plus généralisée de ces derniers mois, affirme le Père Dumont. Tolérée pour
la première fois au Chili, la Journée des femmes a ainsi tourné à l’émeute
par la faute des militaires, qui, en dépit de l’autorisation, ont lancé des
bombes lacrymogènes dans la salle ou se tenait le rassemblement. Présent à
Santiago ce jour là, le Père Dumont a vu comment les quelque 300.000 personnes furent poursuivies par les canons à eau et dispersées à l’aide de
bombes lacrymogènes: "J’ai vu ce que c’était un peuple qui se soulevait",
a-t-il dit. Un privilège qui lui a valu huit jours d’hôpital.
Sus au "cléricalisme"
L’Eglise est dans le collimateur des militaires, affirme le Père Dumont.
Il y a environ deux mois, le Vicariat de la Solidarité, une organisation
d’assistance juridique créée par le cardinal Silva Henriquez au lendemain
du coup d’Etat de 1973, a reçu d’un juge militaire l’ordre de remettre
l’ensemble des fiches médicales établies ces trois dernières années. Devant
le refus des responsables de l’organisation, le juge a ordonné la saisie
des dossiers. C’est finalement la menace d’un encerclement des locaux du
Vicariat par des manifestants qui a contraint les militaires à remettre à
plus tard une perquisition. "Perquisition, c’est peu dire", ajoute le Père
Dumont, qui a vu la police opérer dans de telles circonstances, brisant
portes et fenêtres à coups de crosses de fusils, dévastant tout sur leur
passage.
Le cas du Vicariat de la Solidarité est exemplaire: l’éventualité d’un
retour à la démocratie fait craindre à d’aucuns que certains dossiers
compromettants qui y sont conservés (le Vicariat est présent dans 90% des
procès relatifs à des mauvais traitements) ne soient autant d’accablantes
pièces à conviction. A travers le Vicariat de la Solidarité, c’est le symbole même de la résistance à la dictature qui est visé.
Le Père Dumont a également commenté une lettre signée il y a quelques
mois par 150 prêtres et laïcs chiliens, rejoints depuis par des milliers
d’autres: "Une véritable déclaration de guerre publique à Pinochet", dit-il
à ce propos, au point, ajoute-t-il, que le ministre de l’Intérieur n’a pas
caché son inquiétude face au rôle de plus en plus prépondérant joué par "le
cléricalisme". Cette lettre s’insurge notamment contre l’aggravation des
pauvretés, en mettant en cause un modèle néo-libéral qui concentre la richesse aux mains de quelques-uns. Le Chili a besoin d’une main-d’oeuvre bon
marché? Le régime impose un nouveau Code du travail qui nie les droits des
travailleurs et "instaure l’esclavagisme".
Le risque de la violence
Pour les signataires de la lettre, le Chili est un pays "mis à sac" pour
être "vendu au grand capital", un pays "en situation de mort". Quant à la
Constitution de 1980, née d’une réforme rendue nécessaire par une contestation grandissante, elle passera à la postérité comme le modèle même de
texte légal consacrant le caractère autoritaire d’une dictature, affirme la
lettre. Une grande espérance est en train de naître dans le peuple, conclut
le P. Dumont, en soulignant qu’au fur et à mesure que la répression se durcit, la résistance devient plus collective et populaire. S’il n’exclut pas
le recours à la violence pour restaurer la démocratie, le religieux pense
avec beaucoup de ses amis chiliens que la démocratie ne pourra se construire du jour au lendemain : encore faudra-t-il, au terme de ces dix-sept années noires, "former les consciences, et surtout redresser celles qui ont
été perverties". (apic/cip/pr)